Le sel - L'eau bénite.

Publié le par Abbé Laffargue

Les petits moyens de la Grâce: Le Sel

"Nous nous rappelons que « la sainte Mère Eglise a institué des sacramentaux qui sont des signes sacrés par lesquels des effets spirituels sont obtenus par la prière de l’Eglise. Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l’effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées. » Codex Iuris Canonici 1166. On comprend l’intérêt de l’usage des sacramentaux, mais encore faut-il en comprendre les signes, pour en user avec intelligence.

Le sel occupe une place fondamentale dans la création, puisqu’il se rattache aux quatre éléments : la terre (de par sa nature cristalline), l’eau (la mer), l’air (qualités vivifiantes de l’air marin), et le feu (c’est le feu du soleil qui permet, par évaporation, de recueillir le sel).

Le sel, par sa nature même, préserve de la corruption. Dans l’Ancien Testament, on le trouve en usage pour les sacrifices. Le sel « de l’alliance de Dieu » purifie oblations et prémices(Lévitique 2, 13 ; Nombres 18, 19 ) ou assaini les eaux (II Rois 2 21). Le sel est détersif, absorbe les taches, et figure en cela le pardon des péchés. C’est un remède. Il figure aussi l’amertume de la pénitence. Exorcisé, il entre dans la composition de l’eau grégorienne qui sert à la consécration des églises et des autels (eau, sel, cendres et vin) de sorte que « tout ce qui en aura été touché ou recouvert soit préservé de toute souillure et de toute attaque de l’esprit malin »

La forme traditionnelle du baptême fait usage du sel bénit (sal sapientiae) sur le catéchumène, avant le rite du baptême lui-même : ses effets spirituels figurent et préparent l’efficacité et la plénitude des grâces que ce sacrement confère.

Il signifie la pureté communiquée à l’âme. Conservateur, il évoque l’idée de durée, d’éternité. Préservant le cœur de l’homme des séductions du monde corrompu et de Satan il le garde pour la vie éternelle.

Le sel donne la saveur aux aliments, le goût : il figure ainsi la sagesse, qui est le goût des choses de Dieu. Déposé sur les lèvres du catéchumène, il le met en appétit de la Nourriture Eucharistique. Saint Isidore de Séville, par allusion à la femme de Loth, voit aussi dans le sel baptismal un avertissement pour le catéchumène à ne pas retourner en arrière.

Utilisé dans la bénédiction de l’eau, il marque la présence vivifiante de l’Esprit de Sagesse. Comme le sel disparaît dans la nourriture qui l’incorpore, la Sagesse pénètre l’âme du fidèle.

Comme le sel est une denrée nécessaire à l’homme pour sa vie naturelle (de là le mot salaire -sal, sel en latin- : ce dont l’homme a besoin pour vivre), son usage sacré met l’accent sur ses besoins spirituels de pardon et de purification de ses péchés, de préservation du mal, d’initiations aux choses de Dieu.

« Chez les fidèles bien disposés, presque tous les événements de la vie sont sanctifiés par la grâce divine qui découle du mystère pascal de la Passion, de la mort et de la Résurrection du Christ, car c’est de Lui que tous les sacrements et sacramentaux tirent leur vertu. » Vatican II, Sacrosanctum concilium 61. (B. O.) "

(Bulletin des Saints Anges de la Société Henri-Marie Boudon, n°26, automne 2011, p.20)

Dans l'ancien rituel de la bénédiction de l'eau ("l'eau bénite"), le prêtre fait l'exorcisme du sel en ces termes:

Je t'exorcise, sel créé par Dieu + par le Dieu vivant, par le Dieu + véritable, par le Dieu + saint, par le Dieu qui commanda au prophète Elisée de te jeter dans l'eau pour en guérir la stérilité; afin que le malin se retire de toi, et que tu serves au salut des fidèles; afin que tous ceux qui te recevront possèdent la santé de l'âme et du corps; afin que s'enfuie loin du lieu où l'on te répandra toute illusion diabolique, toute malice ou astuce du Malin, et que tout esprit impur soit conjuré par celui qui viendra juger les vivants et les morts, et détruire le monde par le feu. Ainsi soit-il. Prions: Nous supplions humblement votre immense bonté, Dieu tout-puissant et éternel, veuillez + bénir et + sanctifier cette créature, le sel, que vous avez destiné à l'usage du genre humain; afin que tous ceux qui la recevront possèdent le salut de l'esprit et du corps, et que les objets touchés ou aspergés soient libérés de toute impureté et de toute attaque de l'esprit malin. Par Notre-Seigneur… Ainsi soit-il.. Puis le prêtre exorcise l'eau, etc.

Le sel et les exorcismes ont été supprimés dans le nouveau rituel.

Voilà ce qu'écrit Sainte Thérèse d'Avila - que nous fêtons le 15 octobre -sur l'eau bénite: J'ai fait souvent l'expérience que seule l'eau bénite met les démons en fuite. pour ne jamais revenir. Ils fuient aussi la croix, mais ils reviennent. La vertu de l'eau bénite doit être bien grande. Quant à moi, la consolation que ressent mon âme quand je m'en sers est particulière et notoire. J'éprouve vraiment, d'ordinaire, un délassement que je ne saurais exprimer, comme une délectation intérieure qui réconforte qui réconforte mon âme tout entière. Ce n'est pas une idée que je me fais, cet effet ne s'est pas produit une seule fois, il est fréquent, et j'y prête grande attention. (…) Quant à moi, je considère que tout ce qu'ordonne l'Eglise est grand, c'est un régal de voir que les paroles qu'on prononce sur l'eau ont une telle force et que la différence avec celle qui n'est pas bénite est si grande. (Autobiographie, chap. 31, n°4)

Abbé Christian Laffargue

(Bulletin paroissial de Tossiat du 16 octobre 2011)

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