La patience.

Publié le par Abbé C. Laffargue

La patience
C'est une vertu annexe de la Vertu morale cardinale* de Force avec la magnanimité, la magnificence et la persévérance. D'après l'Initiation à la théologie de Saint Thomas, du Père Raphaël Sineux, o.p. (éd. Téqui)
(*Les Vertus morales cardinales sont au nombre de quatre; la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance.)

Patience a pour racine pâtir, synonyme de souffrir; patience, c'est accepter de souffrir de quelque chose qu'on ne peut, provisoirement ou non, empêcher de nous nuire, en notre âme ou dans notre corps.
Souffrir d'une situation ou de quelqu'un avec égalité d'âme: Vous serez haïs de tous à cause de mon nom… Par votre constance (votre patience) vous sauverez vos âmes (Luc 21; 17, 19).
Ne voyez qu'un sujet de pure joie, mes frères, dans les épreuves de toutes sortes que vous pouvez subir, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. Mais que la patience soit accompagnée d'œuvres parfaites… (Jacques 1, 2-4) ("Patience" est aussi traduite pas "constance")

"La patience qui permet de supporter sans maugréer les peines de cette vie est le fruit d'une Foi vive et d'une Espérance invincible. La patience dans les rapports avec autrui, le support imperturbable de ses défauts ou d'actes hostiles, sont l'expression d'une Charité vraie: La charité est patiente, elle est bienveillante (…), elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal (…), elle excuse tout…, elle supporte tout (1 Cor 13, 4-7).

La vertu de patience a aussi un rôle de préservation des autres vertus morales: elle empêche bien des fautes, refoule les passions mauvaises comme la colère et ses succédanés (l'impatience, l'agacement, la mauvaise humeur) qui génèrent rivalités, jalousies, haines, injustices.
On ne peut cependant pas la confondre avec l'indifférence et l'insensibilité à tout, au bien comme au mal; et pas non plus avec le défi présomptueux des stoïciens: Douleur, tu n'es qu'un mot !

Ce n'est pas le fait de supporter les maux qui constitue la patience, mais l'intention. Celle de vouloir sauvegarder, protéger, les biens spirituels reçus ou acquis contre les attaques du mal, avec le désir premier de la vie éternelle."
On voit que ceux qui n'ont qu'un idéal terrestre, égoïste et matérialiste, les ambitieux, les amoureux des biens matériels et de l'argent, arrivent à supporter beaucoup de choses, beaucoup de sacrifices, pour arriver à leurs fins. Ils savent être "patients", mais cette faculté qui n'est pas vertu morale n'a pas de fin surnaturelle. Ils souffrent des oppositions et des inconvénients pour l'ambition qui les dévore et sous-tend toutes leurs intentions et leurs actions. Leur patience est un subterfuge, qui cède bien vite devant des oppositions imprévisibles ou plus fortes que prévues, un pur vernis, une apparence trompeuse.

"La conformité à la volonté de Dieu est la source et le caractère de la vraie patience qui accepte les difficultés ou les oppositions comme permises ou voulues par Dieu, sans se rebeller.
Que rien ne te trouble, Que rien ne t'effraie; Tout passe Dieu ne change pas,
La patience obtient tout; Celui qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul s
uffit.

(Sainte Thérèse d'Avila)


Saint Jean Chrysostome l'appelle la reine des vertus: Car elle est le fondement qui soutient nos bonnes actions, un port tranquille contre les tempêtes, la paix au milieu de la guerre, un principe de sécurité dans les embûches. Elle rend l'âme plus forte que le diamant; elle lui procure un assurance imperturbable devant tous les dangers.

Saint François de Sales traite de la patience dans le chapitre III de la troisième Partie de l'Introduction à la vie dévote. Tout le chapitre est à lire et à méditer après ces premières lignes: "Vous avez besoin de patience, afin que faisant la volonté de Dieu, vous en rapportiez la promesse, dit l'Apôtre (Hébreux 10, 36). Oui; car, comme avait prononcé le Sauveur, en votre patience vous posséderez vos âmes (Luc 21, 19). C'est le grand bonheur de l'homme que de posséder son âme; et à mesure que la patience est plus parfaite, nous possédons plus parfaitement nos âmes. Ressouvenez-vous souvent que Notre-Seigneur nous a sauvés en souffrant et endurant, et que de même, nous devons faire notre salut par les souffrances et afflictions, endurant les injures, contradictions et déplaisirs avec le plus de douceur qu'il nous sera possible."
Nous en faisons la lecture à table dans les Exercices spirituels de Saint Ignace en cinq jours.

Saint Jean de la Croix traite de la colère (vice opposé à la patience) dans le chapitre 5 du Livre I de La nuit obscure de l'âme. Notamment de la colère spirituelle "qui est de se fâcher contre les vices d'autrui, avec un certain zèle inquiet, blâmant les autres; et, parfois, il leur vient des impétuosités de les reprendre aigrement, et parfois même ils le font, se faisant maîtres de la vertu – et tout cela est contre la mansuétude spirituelle (la compassion, la miséricorde. Ndlr).
Il y en a d'autres qui se fâchent contre eux-mêmes, d'une impatience non humble, quand ils se voient imparfaits; d'où vient qu'ils sont si impatients qu'ils voudraient être saints en un jour. (…) Comme ils ne sont point humbles et se confient en eux-mêmes, tant plus ils font de propos, tant plus ils tombent et tant plus ils se fâchent, n'ayant pas de patience pour attendre ce que Dieu leur donne quand il lui plaira ce qu'ils désirent."

La patience de Dieu (Pape François)
(Dimanche de la Miséricorde, 7 avril 2013, lors de la prise de possession de son siège en la basilique Saint Jean de Latran à Rome, sa cathédrale)
(…) "Devant l'incrédulité de saint Thomas, Jésus attend et garde patience" a souligné le Pape. "L'apôtre se laisse envelopper par la miséricorde divine, il la voit en face, dans les plaies des mains et des pieds, dans le côté ouvert, et il retrouve la confiance : il est un homme nouveau, non plus incrédule, mais croyant."
"Dieu n’est pas impatient comme nous, nous qui voulons souvent tout et tout de suite, même avec les personnes. Dieu est patient avec nous car il nous aime", a poursuivi le Pape François, qui une nouvelle fois a parlé à la première personne : "relire la parabole du Père miséricordieux me fait toujours grande impression, cela me fait impression parce qu’elle me donne toujours une grande espérance" a t-il souligné.
"Dieu nous attend toujours, il ne se fatigue pas. Jésus nous manifeste cette patience miséricordieuse de Dieu pour que nous retrouvions confiance, espérance, toujours !" Le Pape a invité à ne pas avoir peur de nos péchés et revenir à Dieu, malgré nos erreurs.
"Chers frères et sœurs, laissons-nous envelopper par la miséricorde de Dieu ; comptons sur sa patience qui nous donne toujours du temps ; ayons le courage de retourner dans sa maison, de demeurer dans les blessures de son amour, en nous laissant aimer par lui, de rencontrer sa miséricorde dans les Sacrements". a t-il conclu.
Acclamé par la foule, c'est un pape très souriant qui s'est présenté devant les fidèles. "Je vous demande de prier pour moi. Allons de l'avant, tous ensemble, peuple et évêque, dans la joie de la Résurrection du Christ" a t-il dit. (Le Vatican, News va)

Quelques autres citations de l'Ecriture:
- "Dieu a supporté avec longanimité des vases de colère" (Romains 9, 22) – "Par sa miséricorde envers moi, le Christ montre sa patience" (1 Timothée 1, 15-16) – "Le fruit de l'Esprit est la patience (avec la charité, la joie, la paix, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur et la tempérance)" (Galates 5, 22) – "Comme des élus de Dieu, soyez patients" (Colossiens 3, 12) – "Soyez patients envers tous" ( 1 Thessaloniciens 5, 14) – "Le serviteur de Dieu doit être patient dans l'épreuve" (2 Timothée 2, 24) – "Que tout homme soit lent à la colère" (Jacques 1, 19) – Etc.

Abbé Christian LAFFARGUE.

(Publié dans le Bulletin paroissial de Tossiat des 14 et 21 avril 2013)

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