La participation à la messe

Publié le par Abbé C. Laffargue

La participation intérieure à l'action de la Messe
(La vie intérieure dans la liturgie de la Messe)
Conférence prononcée par M. l'abbé Christian Laffargue, curé de Tossiat (Ain)
à Villars-les-Dombes pour le 20ème anniversaire de l'Association Pro liturgia, le 5 juillet 2008.

Le Concile Vatican II avait recommandé la participation active des fidèles à la liturgie (Constitution sur la Sainte Liturgie, n°30 et 48).
Que ce soit pour le prêtre ou pour les fidèles, s'il n'y a pas de vie intérieure, il y a, certes, validité mais peu de fruits.
Rm 8 (IIème lecture de la Messe de ce 14ème dimanche du T.A. –A-):
Les œuvres de la chair opposées aux œuvres de l'esprit: C'est l'Esprit d'adoption des enfants par lequel nous crions "Abba" (Père) par des gémissements ineffables… Héritiers de Dieu… Cohéritiers du Christ… pourvu, cependant, que nous souffrions avec Lui afin d'être glorifiés avec Lui (vv. 15,23,26).

Pour la Messe, nous disposons notre âme, par la vie intérieure (prière privée) pour entrer dans la prière publique de l'Eglise, le grande prière du Christ à Dieu son Père, Sa prière sacrificielle, Son sacrifice eucharistique, pour l'expiation des péchés du monde et la gloire de Dieu.
C'est l'opposé de l'activisme qui saisit souvent ceux qui "animent" la messe sans la vivre intérieurement.

Il y a une préparation lointaine de la Messe: la veille, en préparant la Messe dominicale, en lisant les textes.
Une préparation prochaine: le jour même, en y allant et avant la Messe (ce qui nécessite d'arriver à l'avance).
La tenue vestimentaire qu'on se choisit est importante:
"La pudeur préserve l’intimité de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce qui doit être caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes à la dignité des personnes.
La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. (…) La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle se fait discrétion." (Catéchisme de l'Eglise Catholique, n°2521-2522)
"Pour communier, il faut (…) observer (…) l'attitude corporelle requise: gestes, vêtements qui traduira le respect, la solennité, la joie de ce moment où le Christ devient notre hôte" (C.E.C., n°1387).

Prier l'Esprit-saint: Brûle, Seigneur, avec le feu du Saint-Esprit, tout ce qu'il y a de mauvais dans mon cœur, pour que je te serve avec un corps pur et te plaise par la pureté de mon cœur ("La Messe avant, pendant et après" du Père José Manglano Castellary, éd. Le Laurier, 2008, p.16).
Prier la Bse Vierge Marie: elle seule a compris et vécu pleinement la Messe, de l'Incarnation à la Pentecôte.
Prier Saint Joseph, qui a été le saint le plus proche de l'Hostie jusqu'à sa propre mort.
Prier les saints qui ont fait de leur vie une Messe (cf. la belle prière de Saint Ambroise).

On se prépare aussi à la sainte Communion; à la Communion spirituelle de désir pour ceux qui ne peuvent pas communier (Cf. annexe)

Il faut savoir aussi, en tant que fidèle Catholique, ce qu'est la Messe: sacrement et sacrifice.
L'Institution, le Jeudi-saint: "Ceci est mon corps – Ceci est mon sang – Faites ceci en mémoire de moi"
(Lc 22, 7-20 – Mt 26,26-28 – Mc 14, 22-23 – 1 Cor 11, 26-29 – Concile de Trente contre Luther) annoncé en Jean 6.

Respectons le silence sacré dans l'église, avant la Messe: Dès avant la célébration elle-même, il est bon de garder le silence dans l'église, à la sacristie et dans les lieux avoisinants, pour que tous se disposent à célébrer les saints mystères religieusement et selon les rites. (P.G.M.R., 2002, n°45)

Le déroulement de la Messe.
A l'entrée du célébrant dans l'église, tous se lèvent. C'est une politesse naturelle (on se lève, quand arrive dans une pièce le maître des lieux ou une personne à qui on doit le respect) et une politesse surnaturelle: le prêtre représente le Christ.

+ Rite d'ouverture: on se reconnaît pécheur en pensée, en paroles, par action et par omission. On se frappe la poitrine: mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa (et non la traduction réductrice française. Cf Aillet, p.69).
Mgr Marc Aillet, dans son livre Un événement liturgique ou le sens d'un Motu proprio (Ed. Tempora, nov. 2007)
parlait de Crainte révérencieuse (p. 84):
"Si Dieu est présent dans l'Eucharistie, alors nous devons être envahis d'abord par un sentiment de crainte: Dieu seul peut prendre l'initiative de se rendre proche, jusqu'à nous inviter à entrer dans son intimité" (p. 85).

Seigneur, prends pitié… Kyrie eleison… Ô Christ, prends pitié… Christe eleison…

Nous demandons pardon à Dieu sous et dans Sa gloire: Gloria in excelsis Deo…
Agneau de Dieu, Fils du Père… Toi qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous…, reçois notre prière…
Dans le Gloria sont exprimées les quatre fins du Sacrifice eucharistique: ADORER - REMERCIER (Nous te rendons grâces) - DEMANDER PARDON – DEMANDER DES GRÂCES (et demander la grâce d'entrer dans ce mystère).
Les gestes du prêtre (surtout dans la forme extraordinaire du rite romain) l'expriment et les fidèles s'y associent intérieurement. Adorer: le prêtre élève les bras; il incline la tête à l'adoremus Te, en remerciant: gratias agimus Tibi, au Suscipe deprecationem nostram.

Puis il dit la Collecte (il est bien dommage que le terme ne soit pas repris dans certains missels) prononcée sur le peuple rassemblé (ad collectam), pour résumer, rassembler les intentions des fidèles (colligere). La Collecte est le résumé des textes de la Messe et on peut, en la préparant, la lire en premier.

+ La liturgie de la PAROLE:

Ière lecture (Ancien Testament) – IIème lecture (Nouveau Testament) – L'Evangile (avec les trois années).
Avant la lecture de l'Evangile, le célébrant, incliné profondément dit, à voix basse, dans la traduction actuelle:
Purifie mon cœur et mes lèvres, Dieu très saint, pour que je fasse entendre à mes frères la Bonne Nouvelle.
Traduit en bon français: Daignez, Dieu Tout-Puissant, par votre miséricordieuse bonté, me purifier, pour que je sois capable de proclamer dignement votre saint Evangile.
Pendant la lecture, on se tourne respectueusement vers le lectionnaire, debout.
L'HOMELIE ou sermon qu'on entend (plus qu'on n'écoute) avec le désir d'apprendre, de connaître Notre-Seigneur, de L'aimer davantage et plus que tout, d'autant plus qu'on a préparé les lectures de la Messe, avant.
Comme dans toute écoute intérieure, on fait faire silence à son corps (les pieds à plat sur le sol – on ne croise pas les jambes, on n'est pas dans un salon, et encore! – et non sur les agenouilloirs qui sont pour les genoux, sans tourner les pages de son missel ou en parcourant la feuille paroissiale!) et on fait faire silence à son âme (sans se préoccuper de ce qu'on va faire après la Messe ou de minuter le sermon du prêtre!).

Le CREDO. Symbole des apôtres ou de Nicée (325)-Constantinople (381).
Nous proclamons notre Foi catholique, apostolique et romaine.
On s'incline profondément aux paroles: Par l'Esprit-Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et S'est fait homme (on s'agenouillera pour la Nativité et l'Annonciation; à chaque fois dans la forme extraordinaire).
Nous ne sommes pas (seulement) une religion du Livre, mais de l'Incarnation.

La Prière universelle. Cf 1 Tm 2, 1-2: J'insiste pour qu'on fasse des prières de demande, d'intercession et d'action de grâces, pour tous les hommes, pour les chefs d'Etat et tous ceux qui ont des responsabilités.

La quête: Elle est votre participation matérielle au saint Sacrifice. C'est d'abord un devoir de justice: chacun participe aux frais de lumière (électricité, cierges…) et de chauffage l'hiver, d'entretien des objets qui servent au culte. Et un devoir de charité: on donne aussi pour l'Eglise, pour son Eglise. Beaucoup de quêtes sont "impérées" (leur produit est intégralement versé à une destination fixée par chaque diocèse). Il faut être généreux. Il n'est pas normal de trouver des centimes d'euros dans les corbeilles et de donner moins que la valeur du pain au repas qui suivra et bien moins que celle du vin de la table (sans parler du gâteau!). La procession des fidèles pour la quête des messes en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris du temps de Mgr Charles, son recteur, dans les années 1970, était vraiment une bonne formule qui ne "parasitait" pas la belle prière de l'Offertoire !

+ La liturgie EUCHARISTIQUE ("le Sacrifice"):

1- La préparation des dons ou "offertoire".
Nous nous offrons sur la patène, nous nous offrons dans le calice. Les prières de l'ancien Missel sont particulièrement belles.
"La goutte d'eau": Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l'Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.
Nous pouvons aussi nous unir à la belle prière que le prêtre, incliné, dit après: Humbles et pauvres, nous Te supplions, Seigneur, accueille-nous: que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant Toi.
A la fin de l'Offertoire, tourné vers le peuple, étendant, puis joignant les mains (l'Orate fratres), le prêtre dit: Prions ensemble au moment d'offrir le sacrifice de toute l'Eglise, ce qui est une "traduction" singulièrement amputée. En suivant le texte latin original, il devrait dire: Priez, mes frères, pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre, puisse être agréé par Dieu le Père Tout-Puissant. On vous fait répondre: Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Alors qu'on devrait entendre: Que le Seigneur reçoive de vos mains le sacrifice, à la louange et à la gloire de son Nom, et aussi pou notre bien et celui de toute la sainte Eglise. (cf. Aillet, op. cit. pp. 69 et 70)
Le texte de l'Orate fratres est le même dans les deux formes du rite romain.

2- La Prière eucharistique (I ou Canon romain, II, III ou IV, etc.)
On entre dans le saint des saints…. Le Christ, au Mont des oliviers, s'écarte d'un jet de pierre… Le Christ seul, et en Lui et avec Lui, le prêtre, peut offrir Son Sacrifice…
Sur le Canon en silence (dans la forme extraordinaire) le Cardinal Ratzinger écrivait en 1978: Qu'il n'y a rien d'obligatoire à réciter le Canon en entier à haute voix. Après mûres réflexions, je maintiens ce point de vue et reprend cette thèse dans l'espoir que, vingt ans après, elle sera peut-être mieux comprise.
("L'esprit de la liturgie", éd. Ad solem, Genève, 2001, p. 169).
Il écrivait déjà dans "Un chant nouveau pour le Seigneur" (éd. Desclée-Mame, Paris, 1995): Depuis l'époque carolingienne au moins, peut-être plus tôt même, le prêtre "entre silencieusement dans le Canon". Le Canon est le temps du pur silence, comme préparation à l'approche de Dieu. (p. 188).
Même si nous ne voulons pas rétablir cette situation, elle peut toutefois nous ouvrir des perspectives: cela ne nous fait-il pas du bien, avant l'entrée au cœur du mystère, de recevoir une vague de silence plénier, où le chœur nous recueille intérieurement, introduisant chacun des participants dans la prière silencieuse, portant ainsi à une unification qui ne peut se faire qu'intérieurement ?
Ne faut-il pas réapprendre précisément cette prière silencieuse intérieure, les uns avec les autres et avec les anges et les saints, les vivants et les morts, avec le Christ lui-même, pour que les mots du Canon ne deviennent pas des formules usées, que nous essaierions ensuite de remplacer par une phraséologie toujours nouvelle qui nous servirait seulement à masquer l'absence du véritable événement intérieur de la liturgie, dont la parole humaine doit nous permettre de nous laisser toucher par l'Eternel ? (p. 189).

Le cœur de la Prière eucharistique, le cœur de la Messe, c'est la consécration.
La clochette (cf. Présentation Générale du Missel Romain, P.G.M.R., 2002, n°150) sonne pour nous avertir de l'imminence de l'événement. On se met alors à genoux (P.G.M.R., n°43, §3). Au Hanc igitur: Voici l'offrande que nous présentons devant Toi… dans la forme extraordinaire, au Quam oblationem: Sanctifie pleinement cette offrande… dans la forme ordinaire.
Le prêtre – depuis le XIVème ou XVème siècle – impose les mains à l'hostie et au calice comme les prêtres de l'Ancienne Loi imposaient les mains sur la tête des victimes (animaux) pour manifester qu'on les chargeait des péchés des offrants (Cf. Ex 29,10; Lv 1,4).
Citons ici Saint Paul aux chrétiens de Rome: Je vous exhorte, mes frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre. (Rm 12,1)
C'est l'épiclèse: "L'Eglise implore la puissance de l'Esprit Saint pour que les dons soient consacrés" (P.G.M.R. n°79, c)
Après la consécration (où on peut se lever), le prêtre proclame: Mysterium fidei! (mots simplement insérés dans le texte de la consécration du vin, dans la forme extraordinaire du rite). Les fidèles répondent: Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.
Il faut noter que le Missel romain ne prévoit pas d'autres formules (qui ont fleuri dans l'édition française en vigueur)
Les paroles qui suivent expriment bien la foi de l'Eglise: En faisant mémoire de la Passion bienheureuse de Ton Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, de sa Résurrection du séjour des morts, de sa glorieuse Ascension dans le Ciel…, nous présentons intérieurement avec le prêtre au Dieu de gloire et de majesté, le sacrifice pur et saint, le sacrifice parfait, pain de la vie éternelle et coupe (de l'éternel) salut.
"Hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam…l'hostie pure, l'hostie sainte, l'hostie immaculée, pain de la vie éternelle" écrit le texte latin.
Toujours dans la première Prière eucharistique, le prêtre, en s'inclinant, supplie Dieu que cette offrande (que cette hostie) soit portée par son saint ange sur Son autel céleste.
Après avoir prié au début, pour les vivants, nous prions pour les morts afin qu'ils entrent dans la joie, la paix et la lumière puisque le sacrifice eucharistique est offert "pour les vivants et pour les morts".
Toujours avec la même humilité nous battons notre coulpe en union avec le célébrant: Et nous, pécheurs, qui mettons notre espérance en ta miséricorde inépuisable pour être admis dans la compagnie des apôtres, des martyrs et des saints.
A la fin de la Prière eucharistique, nous regardons l'hostie élevée au-dessus du calice, hostie glorieuse, fruit du saint Sacrifice, transformés nous-mêmes, de la mort à nos péchés, de nos souffrances offertes, à la joie de la rédemption: Par Lui, avec Lui et en Lui…

3- Rite de la Communion.
Tous se lèvent (P.G.M.R., n°43). Le Pater, le Notre Père, la prière enseignée par le Seigneur, la prière dominicale. Sur sa traduction, qui nous fait souffrir depuis si longtemps, puisque j'ai déjà cité le cher Mgr Aillet ici présent, lisez la page 70 de son livre déjà cité…
Avant de communier, rappelons-nous les paroles de Jésus: Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère, et alors, tu viendras présenter ton offrande (Mt 5, 23) et de Saint Paul aux Romains: Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres (14,13).
Et qu'après avoir enseigné à prier son Père, Il avait ajouté: En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne les pardonnez pas, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. (6,14 – Trad. Osty).
Le rite du "Baiser de paix" aurait dû aider à cette démarche de pardon. L'Eglise d'Orient l'a maintenu de belle façon. Prenant la paix sur l'autel, représentant le Christ, que le prêtre baise, il la transmet à des ministres, mains jointes, qui la portent aux premiers des fidèles de chaque rang, qui, à leur tour, la transmette à leur voisin, après l'avoir salué en inclinant la tête.
D'une part, la réforme liturgique de l'Eglise latine après Vatican II n'a pas repris ce rite tel quel – alors qu'il demeure dans la tradition orientale – et en a fait, par des recommandations vagues, un geste brouillon (et souvent bruyant !) de fraternité, qui enlève tout aussitôt le recueillement mystique établi par la Prière eucharistique et la consécration. Le Pape Benoît XVI s'en est plaint lui-même en songeant à le changer de place !
Il semble, en l'état, souvent incontournable et est imposé aux fidèles alors qu'il n'est nullement obligatoire.
(Cf P.G.M. R., n° 154 – Instr. Redemptionis sacramentum du Culte divin, 2004, nn. 71-72)

"Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix…": Ce n'est pas celle des plaisirs satisfaits, de l'instauration de relations consensuelles "et apaisées", comme on dit dans la société civile (ce qu'elle doit rechercher, bien sûr, entre différentes tendances et opinions), c'est la paix de Dieu, la paix surnaturelle.
Le Jeudi-saint, au dernier repas, le Seigneur avait dit: Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne (Jean 14,27). Elle naît de la présence de Dieu en nous, fruit de nos vendredis-saints (de la souffrance et du pardon offerts) et du Christ ressuscité, cru et vécu dans nos âmes rachetées. Ce sont les premiers mots du Christ apparaissant aux apôtres au soir de Pâques: La paix soit avec vous (Jn 20,19).

Approchant de la sainte communion – au moins spirituelle (Cf. annexe) - nous devrions intensifier notre recueillement.
Dans L'esprit de la liturgie (op. cit. p. 168), le futur pape Benoît XVI disait à propos des deux prières (trois, dans l'ancien Missel) que le prêtre dit à voix basse (secreto dit la rubrique) comme préparation à la communion (et que les fidèles peuvent lire aussi): Deux prières très belles et très profondes précèdent la communion du prêtre. Elles sont laissées aujourd'hui au choix, sans doute pour éviter un trop long silence. Peut-être trouvera-t-on un jour le temps de les réciter toutes les deux. Puisque le prêtre n'en prie plus qu'une seule, il devrait le faire avec d'autant plus de ferveur, dans un silence concentré (le traducteur aurait pu écrire: recueilli ou intérieur, ndlr), se préparant à recevoir le Seigneur d'une manière qui amènera chaque participant à s'avancer silencieusement vers la présence sacrée, empêchant ainsi que le chemin de la communion ne se dégrade en une pure démarche extérieure. Et il poursuit, à propos du "baiser de paix" dont nous venons de parler: Une telle concentration (même remarque, ndlr)est d'autant plus nécessaire que l'échange du signe de paix génère une certaine agitation parmi les fidèles, après laquelle, l'invitation à tourner notre attention vers l'Agneau de Dieu se fait parfois sans transition, un peu brusquement.

L'Agnus Dei: Introduit par Heureux les invités au repas* du Seigneur qui traduit: Beati qui ad cenam Agni vocati sunt qui pourraient devenir: Heureux les invités au festin de noces de l'Agneau. L'Eglise a repris les paroles de Saint Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, en désignant Jésus (Jn 1,29): Voici l'Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. Les fidèles répondent comme le centurion (Mt 8,8) – dont la foi avait rempli Jésus d'admiration (v.10) – Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir; mais dis seulement une parole et je ("mon âme" dit l'ancien Missel) serai guéri.
* "C'est minimiser la nature sacrificielle du banquet eucharistique; il s'agit bien de communier à l'Agneau immolé."
(Aillet, op. cit., p.71).

La communion: Elle ne doit pas être un automatisme, ni un droit ou même un devoir écrivait le Pape Benoît XVI dans l'Exhortation apostolique Sacramentum caritatis du 22 février 2007 qui recommandait, quand on ne peut communier sacramentellement, la communion spirituelle recommandée par la Pape Jean-Paul II dans l'encyclique Ecclesia de Eucharistia du 17 avril 2003 (n°34). Le Pape citait Saint Thomas d'Aquin, Ste Thérèse d'Avila et le Concile de Trente. On peut ajouter le Pape Pie XII (Mediator Dei), St Jean-Marie Vianney, le saint curé d'Ars, l'Imitation de Jésus-Christ (L. IV, ch. 10, n°6). Cf. notre étude en annexe.
Sur la façon de communier, Mgr Albert Malcolm Ranjith, secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, a eu le courage de mettre en cause "la communion dans la main". Il a rappelé qu'elle n'était pas une règle post-conciliaire obligatoire – comme on l'a imposé aux fidèles – mais une concession contre laquelle s'était élevé le Pape Paul VI. L'Instruction Memoriale Domini de la Congrégation pour le Culte divin du 29 mai 1969, approuvée par le Pape Paul VI, avait statué que cette façon de distribuer la sainte Communion ("où le ministre lui-même dépose le pain consacré sur la langue du communiant" cf. n°7) doit être conservée, non seulement parce qu'elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu'elle exprime la révérence des fidèles envers l'Eucharistie. (n°8).
Nous savons, qu'après Jean-Paul II, le Pape Benoît XVI a tout récemment demandé à ne donner lui-même la sainte communion qu'à genoux et sur la langue.

L'action de grâces (on est assis ou à genoux). Les fidèles peuvent s'unir à la prière que le prêtre fait en silence en purifiant le calice et la patène: Puissions-nous accueillir d'un cœur pur, Seigneur, ce que notre bouche a reçu, et trouver dans cette communion d'ici-bas la guérison pour la vie éternelle.
Un temps de silence est prévu pour la faire dans le Missel actuel. Et peu semblent en profiter. En fermant les yeux, en s'abstenant de "faire quelque chose" d'autre, en "regardant ce qui se passe", oublieux de la présence de Dieu qui est entré chez nous pour dîner avec nous, Lui près de nous, nous près de Lui (Ap. 3,20).
Ne soyons pas de ceux dont l'apôtre bien-aimé a pu dire: Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu (Jn 1,11).
La prière après la Communion est l'ultime prière que nous adressons à Dieu pour Lui demander ce dont nous avons besoin "pour la route", dans notre vie, un instant suspendue entre ciel et terre.

L'envoi ou le renvoi, l'Ite missa est.
Le prêtre bénit l'Assemblée. Les gestes prévus par l'ancien Missel sont fort beaux: le prêtre baise d'abord l'autel qui représente le Christ, il élève les bras vers le Ciel pour recueillir de Dieu – vers lequel il est tourné - la bénédiction qu'il donne ensuite aux fidèles vers lesquels il se tourne: Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. (On se signe en silence et il est bon de garder l'ancienne règle de s'agenouiller ou de s'incliner profondément en recevant la bénédiction du Dieu trois fois saint).
Allez dans la paix du Christ, "formule - écrit Mgr Aillet (op. cit. p. 71) - qui ne rend pas assez bien le caractère d'envoi en mission que comporte l'expression missa de la traduction liturgique (il cite Sacramentum caritatis au§51).

Les gestes d'amitié fraternelle, dans la joie profonde d'avoir participé au divin sacrifice, abusivement introduits dans le rite de la Messe avant la communion, ont, à la sortie, toute leur place. Nous souvenant des paroles de Saint Paul: Portez les fardeaux les uns des autres et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (aux Galates 6,2) et de Saint Pierre: Vous avez sanctifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères (1 P. 2,22).
Laissons l'église, lieu sacré, dans le silence où nous avons du la trouver (Cf. P.G.M.R., 2002, n°45). Comme il est douloureux, après la célébration de saints mystères, après que les fidèles aient reçu le Seigneur, de les voir bavarder à voix haute, indifférents au lieu où ils se trouvent et à ceux qui veulent prolonger leur cœur à cœur avec le Seigneur ! Tout à coup, l'église est transformée en un hall de gare bruyant sillonné, chœur compris, d'animateurs en tous genres !
La prière de St François d'Assise (+ 1226) suivante convient bien à ce que le Seigneur nous demande après nous avoir tant et tout donné:

"Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.
Là où est la haine, que je mette l'amour. Là où est l'offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l'union. Là où est l'erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l'espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie.
Ô Seigneur, que je ne m'efforce pas tant d'être consolé que de consoler, d'être compris que de comprendre, d'être aimé que d'aimer.
Car c'est en donnant que l'on reçoit, c'est en s'oubliant soi-même que l'on se retrouve soi-même.
C'est en pardonnant que l'on obtient le pardon, c'est en mourant que l'on ressuscite à la vie éterne
lle."

abbé Christian LAFFARGUE.

Annexe :
La Communion spirituelle (quand on ne peut pas communier sacramentellement)

Un certain nombre de fidèles ne peuvent communier s'ils ne sont pas en état de grâce.
L'Eglise l'a toujours affirmé: Celui qui est conscient d'un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d'accéder à la communion (Catéchisme de l'Eglise Catholique, n°1385). Dans son encyclique sur l'Eucharistie ("l'Eglise vit de l'Eucharistie" du Jeudi-saint 2003) le Pape JEAN-PAUL II le rappelle solennellement: Je désire donc redire que demeure et demeurera toujours valable dans l'Eglise la norme par laquelle le Concile de Trente a appliqué concrètement la sévère admonition de l'Apôtre Paul ("Si quelqu'un mange de ce pain et boit de cette coupe sans discernement, il mange et boit sa propre condamnation" 1 Cor. 11, 28) , en affirmant que, pour une digne réception de l'Eucharistie, "si quelqu'un est conscient d'être en état de péché mortel, il doit, auparavant, confesser ses péchés" (n°36). "Eucharistie et Pénitence sont deux sacrements intimement liés" (n°37). Le Saint Père cite St Jean Chrysostome: une telle attitude en effet ne s'appellera jamais communion, même si nous recevions mille fois le corps du Seigneur, mais plutôt condamnation, tourment et accroissement des châtiments.
C'est un devoir grave pour chacun d'éclairer sa conscience et de ne pas la laisser volontairement dans l'ignorance. On ne doit pas communier, par exemple, si on n'est pas baptisé ou si on refuse de croire à la présence substantielle du Christ dans la sainte Eucharistie (n°38) ou encore si on n'est pas en communion avec le Pape ou avec l'évêque qui est en communion avec lui (n°39).
"Quand il arrive que les fidèles s'approchent de la sainte table en grand nombre et sans le discernement nécessaire; il est du devoir des pasteurs de corriger un tel abus avec prudence et fermeté"
(Congrég. du Culte divin, Instr. Redemptionis sacramentum du 25 mars 2004, n°83).

Ne pas assister à la Messe dominicale et les jours de fête d'obligation par sa faute ou pour des raisons superficielles (préparer un repas par exemple) est un péché grave (L. apostol. Le jour du Seigneur, Jean-Paul II, 31 mai 1998, n°47 et 79). Regarder la Messe à la télévision ou l'entendre à la radio sans raison grave "ne permet évidemment pas de satisfaire au précepte dominical" (n°54). Il faut donc aller s'en confesser avant d'aller communier le dimanche suivant!
Sinon, 1° on reçoit certes le sacrement de l'Eucharistie mais sans ses effets (c'est comme si on verse un liquide dans un tuyau percé ou si on gonfle un pneu de voiture crevé!), 2° on offense Dieu gravement ("communion sacrilège") et l'état de l'âme est pire qu'auparavant.
Les absolutions collectives, également, n'ont aucune valeur, sauf cas très rares (en cas de danger imminent de mort) Lettre apost. Misericordia Dei, Jean-Paul. II, 7 avril 2002, n°4.

Certaines personnes sont dans l'impossibilité actuelle de communier et ne peuvent se confesser: comme les divorcés remariés vivant maritalement par exemple ou ceux qui ne peuvent encore résoudre des situations de péché (concubinage, adultère, etc…). Mais, s'ils sont de bonne volonté et souffrent de cet état de fait, ils peuvent recourir à la Communion spirituelle.

Selon saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, III, q.80, a.1) il y a deux manières de recevoir l'Eucharistie: l'une sacramentelle par laquelle on reçoit le sacrement et ses effets (si on est en état de les recevoir: en état de grâce), et l'autre spirituelle par laquelle on reçoit l'effet du sacrement qui consiste à être spirituellement uni au Christ. Dans ce dernier cas, c'est le désir de recevoir les fruits de ce sacrement par un amour ardent, une foi vive, un esprit d'humilité (la conscience de ses fautes qui nous ont mis dans cette nécessité) et d'Espérance, qui nous unit spirituellement au Christ présent dans la sainte Eucharistie.
C'est bien ce qui se passe dans le baptême de désir d'une personne suffisamment consciente qui donne les fruits du baptême sans recevoir le sacrement (Catéchisme de l'Eglise Catholique, n°1258). Le désir de ces sacrements - précise St Thomas d'Aquin- "vient de la foi qui opère par l'amour, et par cette foi, Dieu, dont la puissance n'est pas liée aux sacrements visibles, sanctifie l'homme intérieurement" (III, q.68, a.2).
Bien-sûr, cela n'est possible que si l'on est vraiment empêché ou retardé pour recevoir ces sacrements. Pour le sacrement de l'Eucharistie, quand on n'a pu se confesser à temps d'un péché grave ou qu'on ne peut le faire sans changer de vie pour l'instant; quand on ne réalise pas les conditions réclamées par l'Eglise (le jeûne eucharistique d'une heure par exemple) ou encore quand on est dans l'impossibilité matérielle de participer à la sainte Messe.
La communion spirituelle ne se réalise que si l'on a l'ardent désir de recevoir réellement le sacrement et d'être uni au Corps mystique du Christ qui est l'Eglise.
"Ceux qui ne reçoivent la sainte Eucharistie que spirituellement mangent en désir le pain céleste qui leur est offert avec cette foi vive qui opère par la charité; ils en ressentent (alors) le fruit et l'utilité" dit le Concile de Trente(décret sur la Ste Eucharistie, F.C. n°743).
On y ajoutera ce que disent sur la communion spirituelle le Pape saint Pie X dans son Catéchisme (III, ch.5 §2), le Pape Pie XII dans l'encyclique sur la liturgie Mediator Dei (2ème partie, III) et le Pape Jean-Paul II dans son encyclique sur l'Eucharistie (n°34).
Sainte Thérèse d'Avila la recommande dans Le chemin de la Perfection (ch.37): "vous imprimerez ainsi en vous un amour profond pour notre Seigneur" et saint Jean-Marie Vianney, le curé d'Ars: "Si nous sommes privés de la communion sacramentelle, remplaçons-la, au moins autant qu'il se peut, par la communion spirituelle. C'est celle que nous pouvons faire à chaque instant; car nous devons toujours être dans un désir brûlant de recevoir la Bon Dieu. La communion spirituelle fait à l'âme comme un coup de soufflet au feu qui commence à s'éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise: on souffle et le brasier se rallume. " (sermons)
L'Imitation de Jésus-Christ (L.IV, ch.10, n°6) affirme aussi que "tout fidèle peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit. Il se nourrit invisiblement de Jésus-Christ celui qui médite avec piété les mystères de l'Incarnation et de la Passion et qu'il s'enflamme en son amour"
"Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour…!" (S. Luc 11,3)

abbé Christian LAFFARGUE.

(d'après l'article de Louis Sahuc in "Sedes Sapientiae" n°88, été 2004, pour la deuxième partie de ce texte)

Dans son Petit catéchisme sur la Messe, le Cardinal Journet distingue "trois manières de communier": la communion spirituelle et sacramentelle (spirituelle: par la foi et l'amour; sacramentelle: par la consommation de la victime), la communion seulement spirituelle par le désir et la communion seulement sacramentelle (celle du pécheur qui en recevant indignement le corps et le sang du Christ "mange et boit sa propre condamnation" 1 Cor. 11, 29). Chap. VI.

Dans l'Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis du 22 février 2007, le Pape BENOÎT XVIdemande de veiller à ce que l' affirmation, que la pleine participation à l'Eucharistie se réalise quand on s'approche de l'autel pour recevoir la Communion, n'introduise pas parmi les fidèles un certain automatisme, comme si par le seul fait de se trouver dans une église durant la liturgie donnait le droit ou peut-être même le devoir de s'approcher de la Table eucharistique.

Il précise ensuite: "Quand il n'est pas possible de s'approcher de la communion sacramentelle, la participation à la Messe demeure cependant nécessaire, valable, significative et fructueuse. Dans ces circonstances, il est bon de cultiver le désir de la pleine union avec le Christ, par exemple par la pratique de la communion spirituelle, rappelée par Jean-Paul II (enc. Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n°34) et recommandée par de Saints maîtres de vie spirituelle. Le Pape cite Saint Thomas d'Aquin, Sainte Thérèse de Jésus ("d'Avila") – déjà cités - et le Concile de Trente (sess. XIII, chap. 8)."
ab. L.

Recommandons enfin l'excellent petit traité sur "La communion de désir" de Michel Martin-Prével,
88 pages, éd. des Béatitudes, 2007.

Le texte de cette conférence, ainsi que celle de Mgr Aillet, ont été publiées dans le Bulletin de l'association Pro liturgia (9 c, avenue G. Clémenceau - 67560 Rosheim - www.proliturgia.org) de septembre 2008.

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