Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur (A)

Publié le par Abbé C. Laffargue

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Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur(A)

 

 Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ selon Saint Matthieu(26, 14-74; 27, 1-66)

    (Le Vendredi-saint, nous méditerons la Passion selon Saint Jean) 

 

 

            Judas vendit, trahit, Jésus pour de l'argent, le prix à verser pour la mort d'un esclave (Cf Ex 21, 32) (Mt 26, 14-15). Judas volait dans la bourse commune. Nul ne peut servir Dieu et l'argent (Mt 6, 24). Au soir du Jeudi-saint, à la sainte Cène, Jésus annonça que l'un d'eux allait le livrer (v. 21).

 

 Serait-ce moi, Seigneur ?Jésus acquiesça (v. 25). Judas ne voulut pas croiser le regard de Celui qui S'offrait en sacrifice pour le sauver, il ne voulut pas se laisser regarder par Lui, il résista à la grâce.

Au jardin des oliviers, après le repas pascal, il signalera aux soldats et aux gardes du Temple quel est l'homme à abattre par un baiser (le baiser du traître, le baiser de Judas)

Mon ami, que fais-tu là ? (49-50). Jésus ne le repousse pas, ne le condamne pas, Il lui offre secrètement son pardon, que Judas refusera. Il comprit intellectuellement son péché, il rendit les trente pièces d'argent, il confessa aux grands prêtres l'innocence de Jésus, il se fit rabrouer; mais il refusa de demander pardon, de se mettre à genoux, de renaître à une vie nouvelle en pleurant ses péchés et il alla se pendre (27, 3-5).

Péché mortel contre la vertu d'Espérance, volontaire et délibéré. Le Fils de l'homme s'en va selon de qui est écrit de lui, mais malheur à cet homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il aurait mieux valu pour lui qu'il ne soit pas né ! affirme Jésus (26, 24).

Pierre, le chef des apôtres, le futur chef de l'Eglise, le futur Pape, trahit aussi, et par trois fois, après avoir juré de ne jamais le faire, par présomption: Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais (v. 33)Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas ! (v. 35).

Hélas ! Mais, de façon réitérée, reconnu par une servante comme compagnon du condamné, il le nia farouchement, et même, avec serment (v. 72). Jésus l'avait prédit (Cette nuit même, avant que le coq ne chante, tu m'auras renié trois fois, v. 34).C'est Saint Luc qui précise cette brève scène émouvante, alors que Pierre reniait Jésus pour la troisième fois, un coq chanta, et, se retournant, le Seigneur posa son regard sur Pierre... (Lc 22, 61Il se souvint alors de l'avertissement du Seigneur et sortant dehors, il pleura amèrement (Mt 26, 75). Bouleversé par la prédiction réalisée et le regard douloureux et aimant de Jésus qu'il avait accepté de croiser, il pleura son péché. Contrition parfaite...

 

   Ceci est mon corps... Ceci est mon sang...(Mt 26, 26-28)L'institution de la sainte Eucharistie.

Faites ceci en mémoire de moi... précisera Saint Paul (1 Cor 11, 24-25): institution du sacrement de l'Ordre. Il confie son sacerdoce pour perpétuer son Sacrifice et en donner le fruit: l'Eucharistie, aux prêtres de la nouvelle Alliance...

 

   Mon âme est triste à en mourir (Cf Ps 42, 6; Si 51,6). Nuit, du corps (maladie, tentations), amertume de l'âme; tristesse et accablement, pensées mortifères.Restez-ici et veillez avec moi (Mt 26, 38)

Restez, ne partez pas, ni de corps ni d'âme, restez fidèles au sacrement de mariage, au sacrement de l'ordre, à vos vœux, à vos amitiés, à vos engagements pastoraux, sociaux, publics...

 

Restez, mais veillez et priez pour ne pas entrer (succomber) en tentation; car l'esprit est ardent, mais la chair est faible. (v. 41)Sans la prière, durable, les meilleures résolutions tombent; car c'est la grâce de Dieu, et elle seule, obtenue et entretenue par la prière, vocale et, mieux, mentale (silencieuse) qui nous permet de résister et de vaincre les tentations de l'esprit et de la chair.

   ... tous ceux qui prennent l'épée (le glaive) périront par l'épée. (v. 52). Répondre au mal par le mal, c'est augmenter et faire triompher le mal. Pardonner, du fond du cœur, oublier l'offense au nom du pardon du Christ mort sur la croix en pardonnant à ses bourreaux et en demandant au Père de le faire, c'est la grande victoire contre Satan. Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs; mais non, mon royaume n'est pas d'ici (Passion, en St Jean; 18, 36).

 

   Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c'est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ?(Mt 26, 63)

C'est la seule question qui vailled'être posée: Jésus de Nazareth, qu'on appelle Christ, est-il le fils de Dieu, est-il Dieu ? Ses paroles, sa Parole, est-elle la Parole de Dieu, donc à croire et à suivre ? L'Eglise dite "catholique" est-elle l'Eglise du Christ, son Eglise, fondée sur l'apôtre Pierre et ses successeurs (Mt 16, 18) ? Les sept sacrements ont-ils été institués par le Christ Lui-même ? L'hostie consacrée par le prêtre au cours de la messe, est-elle le corps et le sang du Christ ? Oui, ou non ?

Tu l'as dit toi-même. Je vous le déclare: désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant (c'est-à-dire de rang divin, l'égal de Dieu lui-même. Note Crampon)et venir sur les nuées du ciel(v. 64). C'est pour cela qu'il a été condamné à mort, qu'il est condamné à mort aujourd'hui en Lui-même (cf le blasphème, revendiqué par les médias comme "un droit sacré"!)et dans ses membres, les baptisés. Il mérite la mort ! (v. 66). Et quand Pilate, persuadé de son innocence, cherchait à le relâcher: Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ?Ils répondirent tous: Qu'il soit crucifié ! Mais quel mal a-t-il donc fait ? Et eux, criaient (on ne parle pas, on ne raisonne pas; on vocifère, on crie; on moque, on menace le bon peuple impressionné comme les juifs menacés par leurs chefs s'ils ne votaient pas la mort de Jésus lors du référendum organisé par Pilate: Mt 27, 20encore plus fort: Qu'il soit crucifié (v. 23).

Je suis innocent du sang de cet homme... (v. 24)La lâcheté de celui qui a le pouvoir et qui a eu peur de l'exercer pour sauver un innocent, pour sa carrière, pour contenter la foule (Marc 15, 15), par lâcheté.

 

   Ils lui enlevèrent ses vêtements (Mt 27, 28). "Jésus est dépouillé de ses vêtements" (Chemin de la Croix, 10èmestation). Dépouillons-nous des nôtres. Ceux dont nous nous habillons à nos propres yeux et aux yeux des autres pour avoir un aspect plus présentable. Comme un maquillage... Livrons-nous à la lumière de la vérité pour préparer une bonne confession pascale.

Ils le couvrirent d'un manteau écarlate (La chlamyde ample des soldats romains)Rouge de son sang. 

 

C'est son manteau royal. Vexilla regis prodeunt... Les étendards du Roi s'avancent, mystère éclatant de la croix ! (Hymne des vêpres du dimanche des Rameaux, VIème s.)

 

Ils tressèrent une couronne d'épines et la posèrent sur sa tête. C'est sa couronne, pour expier nos péchés d'orgueil (fruit du 3èmemystère douloureux du Rosaire)

Ils lui mirent un roseau dans la main droite. C'est son sceptre. Et pour se moquer, ils s'agenouillaient devant lui par dérision. Pensons-y, réparons, quand nous faisons la génuflexion (avec un genou à terre)devant le Saint Sacrement des tabernacles, ou en restant à genoux lorsqu'Il est exposé...

Après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau et ils le frappaient à la tête... (vv. 29-30)

Crucifié, les passants l'injuriaient: ... sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix !

De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les Anciens... S'il est roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime ! 

Les brigands crucifiés avec lui l'insultaient de la même façon (vv. 39-44. C'est saint Luc, chap. 23, 39-43, qui relate l'émouvante conversion de l'un des deux, que l'on nommera: "le bon larron")

 

    De midi (la sixième heure)jusqu'à quinze heures (la neuvième)l'obscurité se fit sur toute la terre. Ce jour-là – oracle du Seigneur Dieu – je ferai disparaître le soleil en plein midi, en plein jour, j'obscurcirai la lumière sur la terre prophétisait Amos (8, 9).

Et, librement, le Christ entra, en son humanité, dans la nuit de l'âme, se privant des consolations de sa divinité, de celles de son Père: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ? (v. 46)

    Jésus, poussant un grand cri, rendit l'esprit (v. 50).

 

Quand je devrai partir, ne m'abandonne pas; quand je devrai mourir, viens à mon aide ! Quand la plus grande détresse assaillira mon cœur, ta peur et ta souffrance m'arracheront à mon effroi 

(J.-S. Bach, "La Passion selon Saint Matthieu", n°62, Choral, après la mort du Christ)

A rapprocher de : Voyez, Jésus nous a tendu la main. Venez ! Où ? Dans les bras de Jésus chercher pitié et délivrance. Venez ! Où ? Dans les bras de Jésus. Vivez, mourez, reposez ici, oisillons abandonnés, restez ! Où ? Dans les bras de Jésus. 

(n°60, aria et chœur).

     Que nos cœurs s'adoucissent et s'ouvrent à la grâce du pardon et de la paix, comme le bois de la croix sous la plume du poète (Venance Fortunat, VIème siècle)Fléchis tes branches, grand arbre, relâche le corps tendu; assouplis la dureté reçue de la nature; aux membres du Roi des cieux offre un appui plus doux.

(Hymne des Laudes)

 

   Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas (v. 51).

"La mort expiatrice de Jésus, grand Prêtre éternel, ouvre à tous l'entrée du sanctuaire": Hébreux 9, 1-12; 10, 20;note de la synopse Osty/Trinquet. Crampon ajoute: "La mort salvatrice du Christ permet non seulement l'accès des païens au vrai Dieu, mais l'accès de toute l'humanité à l'intimité du Cœur de Dieu": He 10, 19-20.

   Les tombeaux s'ouvrirent... A la vue du tremblement de terre et de tout ce qui s'était passé, le centurion (qui commandait l'exécution) et ceux qui gardaient Jésus avec lui, furent saisis d'une grande crainte et dirent : Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !(v. 54)

 

   Alors qu'Il était innocent, il a voulu souffrir pour les coupables, et, sans avoir commis le mal, Il s'est laissé juger comme un criminel; en mourant, il a détruit notre péché; en ressuscitant, il nous fait vivre et nous sanctifie... 

(Préface de la Messe des Rameaux)

 

   (Dieu votre Père)vous a donné de vivre en Jésus qui a subi la mort pour vous sauver d'une mort éternelle: qu'il vous fasse don de sa vie.

   Après l'avoir suivi dans les épreuves, puissiez-vous entrer avec lui dans sa gloire de Ressuscité.

 (Bénédiction solennelle, 2 et 3)

 

                                                                                                      Abbé Christian Laffargue.

                                                                                                                                                                   

Publié dans Bulletin dominical

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