Bénédictions/Malédictions (Luc 6, 20-26) - 6ème dimanche du T.A.-C

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 17 février 2019 – 14ème année

6èmedimanche du Temps de l'Année liturgique (C)

 

LES TEXTES DE LA MESSE

 

            Bénédictions/Malédictions.

            (Luc 6, 20-26 – Evangile)

 

            On retrouve le texte des "bénédictions" (les Béatitudes)en saint Matthieu, plus complet (Mt 5, 3-11),mais sans les "malédictions" qui sont propres à saint Luc. Au sujet des traductions – et je l'ai déjà noté dans ce Bulletin (1) – toutes les anciennes traductions (Bible de Jérusalem, Osty, Crampon...) traduisaient par la formule imprécatoire: Malheur à vous... Puis vint l'attiédissement: Malheureux êtes-vous...(Traduction liturgique de 1980), légèrement rectifiée dans l'actuelle (2013)Quel malheur pour vous... (2).

Devant une grande foule venue de toutes parts (la Judée, Jérusalem, le littoral de Tyr et de Sidon), Jésus délivre "le sermon sur la montagne": Heureux les pauvres (les pauvres de cœur ou, littéralement, les pauvres en esprit en Mt 5, 3) que saint François de Sales traduira par Bienheureux les mendiants de l'esprit (3)le royaume de Dieu est à vous. A l'opposé de l'arrogance et des prétentions actuelles !

Pour cela il faut avoir faim, non seulement pour le corps mais pour son âme. Beaucoup ont éteint toute faim spirituelle en la masquant par l'activité humaine (le travail, l'argent, les biens matériels) et ils ne sont pas rassasiés (Lc 6, 21). Loin de là ! Et quand arrive l'épreuve, tout s'effondre ! 

Que ceux qui pleurent maintenant trouvent leur réconfort en Dieu Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation (2 Cor 1, 3 > 7). Jésus annonce déjà les haines, les exclusions, les outrages, les infamies dont les disciples du Christ auront à souffrir (Lc 6, 22) à cause de son Nom (Lc 21, 17)Mais celui qui persévèrera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé ajoute saint Matthieu (10, 22)

Soyez alors dans la joie, tressaillez de joie, car voici que votre récompense est grande dans le ciel (Lc 6, 23).

            Par contre, malheur à vous, les riches: vous avez ici-basvotre consolation (matérielle) (v. 24).

Non pas que la richesse soit, en soi, mauvaise, mais son usage, sa finalité. Malheur à vous qui êtes repus maintenant, car dans l'autre monde vous aurez faim et vous ne pourrez plus être rassasiés car Il est écrit: l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4, 4: Jésus en réponse au diable qui le poussait à changer les pierres du désert en pains)

On pense aussi à l'exclamation désolée de saint Paul: Leur fin, c'est la perdition. Leur Dieu c'est leur ventre et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, n'ayant de goût que pour les choses de la terre (Ph 3, 19).

Malheur à vous lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! (Lc 6, 26). Le succès que l'on recherche pour lui-même, l'amour du monde. Le monde les a pris en haine, parce qu'ils n'appartiennent pas au monde, comme moi-même je n'appartiens pas au monde (Jean 17, 14).

On peut lire le ou les versets suivants de l'Evangile d'aujourd'hui: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient (Lc 6, 27-28).

 

            Béni soit l'homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. (...) Les années de sécheresse il est sans inquiétude: il ne manque pas de porter du fruit (Jérémie 17, 7-8 – Ière lecture)

 

            Vous nous avez donné, Seigneur, de goûter aux joies du ciel: faites que nous ayons toujours soif des sources de la vraie vie; par Jésus, notre Seigneur...

            (Prière après la communion)

 

                                                                                   Abbé Christian LAFFARGUE.

 

(1) Cf Bulletin du 29 janvier 2017 où l'on peut lire un commentaire plus développé des Béatitudes.

(2) C'est comme la traduction du Pater, le Notre Pèrene nous laisse pas succomber à la tentation, devenue ne nous soumets pas (!), rectifiée en ne nous laisse pas entrer...(on peut "entrer en tentation" sans y succomber !). Dans quarante ans (mais d'ici-là...) on reviendra à "Ne nous laissez pas succomber..." !

(3) Bienheureux les pauvres en esprit

St François de Sales: "Quelles sont les conditions qu'il faut avoir pour bien faire l'oraison ?

La première est qu'il faut être petit en humilité. La seconde, qu'il faut être grand en espéranceet la troisième qu'il faut être appuyé sur Jésus-Christ crucifié.

L'humilitén'est autre chose qu'une mendicité spirituelle, de laquelle parlant Notre-Seigneur à ses apôtres, il dit: Bienheureux les mendiants de l'esprit, car le royaume des cieux est à eux (Mt 5, 3). Je sais bien que la plupart des Pères qui interprètent ces paroles disent: "Bienheureux sont les pauvres d' (en) esprit. Mais ces deux interprétations ne sont pas contraires, car tous les pauvres sont mendiants, s'ils ne sont pas glorieux, et tous les mendiants sont pauvres, s'ils ne sont (pas) avaricieux.

Il faut donc, pour bien faire l'oraison, que nous reconnaissions que nous sommes pauvres et que nous nous humilions grandement. (…) Si nous voulons que notre prière aille jusques au ciel, il faut que nous nous approfondissions grandement par la connaissance de notre néant. (…)  Comment l'oraison peut-elle monter vers le ciel ? On doit répondre qu'elle y monte par la descente de l'humilité." (…) (Sermon pour le 4èmedimanche de Carême, 29 mars 1615)

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