Il fait entendre les sourds et parler les muets  (Mc 7, 37) - 23ème dimanche du T.A.-B)

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 9 septembre 2018 – 14ème année                                                 

23ème dimanche du temps de l'Année liturgique (B)

 

 

LES TEXTES DE LA MESSE

 

 

            Il fait entendre les sourds et parler les muets

            (Marc 7, 37 – Evangile)

 

 

            Après la guérison de la fille de la Syrophénicienne possédée d'un esprit impur (7, 24-30), Jésus va guérir un sourd "qui avait de la difficulté à parler", c'est-à-dire bègue. Comme il le fait d'habitude, le Christ, qui n'aime pas les actions spectaculaires (et médiatiques, dirait-on aujourd'hui), l'emmène à l'écart, loin de la foule (v. 33). Il touche alors ses oreilles et sa langue avec sa salive (1), Il lève les yeux au Ciel. Saint Hilaire de Poitiers († 367) a ce commentaire: Le Seigneur regarda au ciel, pour rendre gloire à Celui de qui il venait: non pas qu'il lui fût nécessaire de regarder le Père avec ses yeux de chair, mais pour que la foule comprît de qui venait un tel pouvoir (2). Il soupire, il frémit, comme pour exprimer sa compassion, un appel à la force divine (sa nature humaine fait alors appel à sa nature divine). "Et il dit Effata ! c'est-à-dire: Ouvre-toi ! Alors ses yeux s'ouvrirent, sa langue se délia et il parlait correctement." Et toujours dans le silence, la discrétion: Jésus leur ordonna de n'en rien dire à personne (v. 36) (Ah ! Ces "témoignages" dans certaines assemblées, longs et bruyants, qui, sous prétexte de rendre gloire à Dieu exaltent plus le bénéficiaire que le Seigneur).

            Dans "le retour des exilés", le prophète Isaïe prédit que "Dieu vient lui-même et va nous sauver" et qu'alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s'ouvriront les oreilles des sourds et que la langue du muet criera de joie (Is 35, 4-6 – Ière lecture).

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles dit le Psaume (Ps 145, 8).

            Nous devons vraiment demander au Seigneur la grâce d'entendre et d'entendre Sa voix. Certains le demandent "à corps et à cri", mais ils sont tellement agités et bruyants que "Dieu ne peut pas placer un mot. Pour entendre, il faut d'abord se taire, un bon moment (3). Et puis, écouter. Longuement. Renoncer à sa volonté propre (alors que nous voudrions absolument que Dieu entre dans nos vues), accepter Sa volonté quelle qu'elle soit, avec humilité et charité.

Nous devrions absolument demander aussi au Seigneur de ne dire que ce que l'Esprit saint nous dicte (et, là-aussi, ne pas confondre l'Esprit Saint avec son esprit propre paré des apparences de la sainteté), c'est-à-dire d'écouter, d'aimer et de savoir l'exprimer dans le silence.

 

            Dans la deuxième partie de son épître (la Foi opère par la Charité), l'apôtre saint Jacques, au chapitre 2, recommande de ne faire acception de personne, de ne pas juger selon les apparences.

Et ici, au détriment des pauvres. Car, notre nature pécheresse se tourne instinctivement vers ce qui est beau, plaisant, riche selon le monde, ce qui nous flatte aussi et nous met, indirectement, en valeur. Pas uniquement matériellement, mais aussi intellectuellement, spirituellement, culturellement. Evidemment, il y a les affinités et il est bon de s'enrichir des qualités et des dons de ceux que l'on fréquente ou que l'on rencontre.

Dans les relations agréables, on se fait plaisir mutuellement et on s'enrichit peu. Dans celles qui, apparemment le seraient moins, on découvre des trésors. La relation est plus désintéressée, plus pure et Dieu a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi et les héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment (Jc 2, 5 – IIème lecture).

Le Seigneur se livre et se fait connaître souvent de ceux vers lesquels nous n'irions pas spontanément, et Il nous parle souvent par eux. C'est là qu'Il se tient, à nous attendre, à attendre un regard, un sourire, un moment de conversation et d'amitié.

Sinon, nous resterons sourds et aveugles...

 

                                                                                                      Abbé Christian LAFFARGUE.

 

(1) En Jean 9, 6 le Christ fait de la boue avec sa salive et l'étend sur les yeux d'un aveugle.

Dans "L'entrée en catéchuménat" pour "l'initiation chrétienne des enfants en âge de scolarité" se trouve "La signation" que l'on fait sur les oreilles (Soyez marqués du signe de la croix sur les oreilles pour que vous entendiez ce que dit Jésus-Christ), sur les yeux (Soyez marqués... sur les yeux, pour que vous voyiez ce que fait Jésus-Christ), sur les lèvres (...pour répondre à Jésus qui vous parle), sur la poitrine (...pour que vous sachiez accueillir Jésus-Christ dans votre cœur), sur les épaules (...pour que vous ayez en vous la force de Jésus-Christ).

(2) St Hilaire de Poitiers, sur Mt 14 (première multiplication des pains)                                                     (3) Se taire. Cf le Bulletin du 2 septembre: mettre un frein à sa langue, in "Textes de la Messe", § 3)

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