"Ma grâce te suffit" (2 Co 12, 9) - 14ème dimanche du T.A.-B

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 8 juillet 2018 – 13ème année                                             

14ème dimanche du temps de l'Année liturgique (B)

 

LES TEXTES DE LA MESSE

 

 

            Ma grâce te suffit...

            (2 Cor 12, 9 – IIème lecture)

 

            ... je me fortifierai dans ta faiblesse (mot à mot: ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse).

C'est ce que le Seigneur répond à saint Paul qui souffrait d'une écharde dans la chair (1) et qui Lui demandait de l'en délivrer, avec insistance: par trois fois. Il faut toujours prier sans jamais se lasser (Luc 18, 1). Au début du chapitre, l'apôtre des nations évoque, avec humilité, les grâces exceptionnelles qu'il a reçues: visions, révélations, ravissement... Il fait la différence d'ailleurs entre l'homme "pris par Dieu", transfiguré par Lui (cet homme-là) et l'homme ordinaire (pour moi...)

qui ne se glorifie que dans ses faiblesses (vv. 1-5).

Dieu n'exauce pas son apôtre dans sa demande légitime faite pourtant avec foi et humilité, car cette souffrance qu'il supporte dans sa chair a une grande valeur pour son âme et pour le salut des âmes qu'il rencontre. D'autre part, elle est une leçon pour lui et pour nous. Dieu ne "nous fait pas souffrir" pour rien ou par plaisir, nous abandonnant "à notre triste sort"; pas du tout.

Il vient en nous – si nous Lui laissons la place – pour lutter en nous contre la souffrance du mal physique ou moral. Il se fortifie alors dans notre faiblesse, il fait de notre faiblesse une force efficace contre le mal. L'apôtre saint Jacques rappelle cette parole des Proverbes (3, 34 gr.): Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles (Jc 4, 6). C'est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure (2 Cor 12, 9).

            Nous sommes souvent comme les Israélites auxquels Ezéchiel fut envoyé. Ils se sont rebellés contre moi... Ils ont le visage dur et le cœur obstiné (la tête dure et le cœur endurci traduit la Bible de Jérusalem) (Ez 2, 3-4 – Ière lecture). Nous aussi, nous résistons à la grâce et cette grâce nous manque alors dans les épreuves physiques et morales.

            A nous de reconnaître que Jésus de Nazareth est vraiment Dieu. Dans son pays, les gens s'étonnaient de cette sagesse qui lui était donnée, de ces grands miracles qui se font pas ses mains, alors qu'il n'était que le fils du charpentier (2) et que sa famille habitait là (ses frères et sœurs, v. 3) (3).

Ils s'en tenaient à l'humain, aux apparences et résistaient à la grâce (car la grâce engage; elle implique la conversion, de l'esprit, du cœur, des mœurs). Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison dit Jésus (Marc 6, 4 – Evangile). Nul n'est prophète en son pays dit l'adage.

A cause de cette attitude, de cette opposition, Jésus ne put faire aucun miracle; il guérit seulement quelques malades (il ne punit pas les innocents. Les autres se sont soustraits librement à sa grâce de conversion et de guérison) et il s'étonna de leur manque de foi (vv. 5-6).

 

            C'est dans l'attitude du roi David, de l'esclave vers son maître (bien que nous soyons maintenant des fils, et c'est encore plus exigeant !) que nous devons faire monter nos prières vers le Ciel: Vers toi j'ai les yeux levés, vers toi qui es au ciel, comme les yeux de l'esclave vers la main de son maître. (Psaume 122, 1-2)

   Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur, heureux qui trouve en lui son refuge.

   Venez à moi, vous qui peinez et qui êtes accablés, dit le Seigneur, et je referai mes forces.

   (Prières avant la communion)

 

                                                                                                       Abbé Christian LAFFARGUE.

 

 

(1) Une écharde: un éclat de bois (cf Nb 33, 55), une épine: figure de quelque souffrance corporelle, voire une maladie (trachome, paludisme) que l'on considérait souvent à l'époque comme une conséquence du péché ou de l'action des démons, d'où la suite du verset. (Note Crampon, N.T.)

Nous ne savons pas de quelle nature était cette souffrance qui tourmentait saint Paul; certains Père de l'Eglise y ont vu une tentation de la chair.

(2) Charpentier: terme générique désignant en réalité le constructeur, le bâtisseur, ouvrier sur bois et maçon. (Note de la bible Osty-Trinquet)

(3) Frères et sœurs: au sens de proches parents (Cf Gn 13, 8 et Lev. 10, 4). Ces "frères" de Jésus seraient en effet des cousins. Et la note de la même bible (d, de la synopse, Mame, 1965, p. 127) identifie avec détails et citations Jacques et Joseph, Jude, Simon et leur mère, etc. Cf aussi le Jésus de l'histoire (non de la foi) par l'historien Jean-Christian Petitfils, qui traite de la question. (Ed. Fayard, 2011)

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