Comment notre monde a cessé d'être chrétien, Anatomie d'un grand effondrement, de Guillaume Cuchet (Ed. du Seuil, février 2018) après le Concile Vatican II.

Publié le par Abbé C. Laffargue

Vient de paraître: Comment notre monde a cessé d'être chrétien, Anatomie d'un grand effondrement, de Guillaume Cuchet (Ed. du Seuil, février 2018) après le Concile Vatican II.

La Lettre de Paix liturgique (N°632 du 20 Février 2018)* en donne "les bonnes feuilles" (dont je tire les extraits suivants) et en fait un bref commentaire. Il est assez courageux de la part de l'auteur (et de l'éditeur !) de briser ce sujet tabou dans les milieux ecclésiastiques notamment, tenus par une "loi du silence" qu'ils se laissent encore imposer par les auteurs de cette révolution doctrinale et leurs successeurs qui a perverti la réforme de l'Eglise voulue par le dernier concile (1962-1965).

 

"Les normes gênantes sont désormais passées sous silence dans l'enseignement, la principale en l'espèce étant l'obligation faite par le commandement de l'Église d'assister à la messe le dimanche, sous peine de péché grave. C'est le clergé lui-même qui a « désinstallé » les règles qu'il avait tant œuvré à faire respecter depuis le Concile de Trente. Du coup, le milieu pratiquant, qui se « reproduisait » en transmettant de génération en génération ce catalyseur de l'être catholique (voir saint Justin, au IIe siècle, expliquant que les chrétiens se distinguent en pratiquant leur culte le jour de la semaine où le Seigneur est ressuscité), a cessé de transmettre cette pratique fondamentale et tout ce qui allait avec. 

En 1952, 51% des adultes baptisés déclaraient se confesser une fois par an. En 1974, ils sont 29%, presque la moitié en moins. Quant au groupe des pénitents fréquents (une fois par mois), il s'est évaporé entre 1952 et 1974. Le décrochage, ici aussi, a eu lieu à la fin du Concile. 

Ceci s'est conjugué avec un silence sur les fins dernières 
(c'est nous qui soulignons): « Le clergé a cessé assez brutalement de parler de tous ces sujets délicats, comme s'il avait arrêté d'y croire lui-même, en même temps que triomphait dans le discours une nouvelle vision de Dieu, de type plus ou moins rousseauiste : le "Dieu Amour" (et non plus seulement "d'amour") des années 1960-1970 » (p. 216). On a assisté à une entreprise de démythologisation de l'ancien catéchisme, « dont le jugement, l'enfer, le péché mortel, Satan ont plus ou moins fait les frais » (p. 265). Et cela au moment où le Concile s'achevait (cf. Yves Lambert, dans Dieu change en Bretagne, Cerf, 1985). 

 

« Dans le domaine de la piété, écrit l'auteur p. 134, des aspects de la réforme liturgique qui pouvaient paraître secondaires, mais qui ne l'étaient pas du tout sur le plan psychologique et anthropologique, comme l'abandon du latin, le tutoiement de Dieu, la communion dans la main, la relativisation des anciennes obligations ont joué un rôle important. » Au total, c'est un monde qui a disparu presque d'un coup. Sonnés par des modifications à jet continu dans la messe dominicale, désarçonnés par l'abandon de la soutane par le clergé, dont une partie va même abandonner le sacerdoce, dégoûtés par une prédication politique socialisante, les paroissiens ne s'y retrouvaient plus et quittaient leur vieille maison familiale sur la pointe de pieds. "

 

* Je peux vous l'envoyer sur demande mais vous pouvez aussi le retrouver sur le site de Paixliturgique.

 

Courriel:

"Un grand merci mon Père pour ce dernier courriel et ces éclairages sur Vatican II (il s'agit non du concile en soi, mais de l'interprétation des textes – "l'herméneutique de la rupture et de la discontinuité et celle de la réforme" clairement analysées par le Pape Benoît XVI le 22 déc. 2005 dans ses vœux de Noël à la curie romaine – et des réformes qui ont suivi. Ab. L.)

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