Messe d'adieux à Notre-Dame de Montligeon Libératrice - 27 août 2017

Publié le par Abbé C. Laffargue

Basilique Notre-Dame de Montligeon Libératrice

Dimanche 27 août 2017 (21ème du T.A.-A)

Homélie de M. l'abbé Laffargue,

Pour sa messe d'adieux au Sanctuaire après quatre ans de ministère.

 

 

     Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (Mt 16, 18 – Evangile)

 

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit; ainsi soit-il.

 

(Le début de l'homélie a été pris dans "Les textes de la Messe" de mon Bulletin dominical de ce jour – ci-après -, en améliorant la rédaction et jusqu'à la citation de Romains 11; 33;36 de la IIème lecture)

 

            Que dites-vous que je suis ? Qui suis-je ? avait demandé Jésus à ses disciples (v. 15). C'est l'apôtre Simon-Pierre qui prit la parole pour affirmer: Tu es le Christ (1), le Fils du Dieu vivant ! (v 16)

Aussitôt, Jésus donne la cause de cette affirmation, qui n'est pas, comme la foi, seulement une certitude intellectuelle, mais une révélation surnaturelle. C'est un don de Dieu (auquel l'âme se dispose): Ce n'est pas la chair et le sang (les capacités humaines) qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux (v. 17). C'est après cette profession de foi que le Christ va confier la primauté à l'apôtre:

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de la Mort (de l'Hadès) ne prévaudront pas contre elle (v. 18) (2). Je te donnerai les clés du royaume des Cieux: tout ce que tu lieras sur la terre demeurera lié dans les Cieux; tout ce que tu délieras sur la terre demeurera lié dans les cieux (v. 19).

 

C'est "le pouvoir des clés" et l'iconographie représente toujours saint Pierre avec des clés dans les mains. C'est le pouvoir accordé aux apôtres, aux évêques leurs successeurs, et aux prêtres par délégation (d'où la juridiction: le prêtre ne peut pas, par sa seule qualité de ministre ordonné, lier et délier dans les sacrements de mariage et de pénitence/réconciliation, il faut qu'il en ait reçu le pouvoir de l'évêque). (3). Cette autorité, qui n'est ici que promise au chef des Apôtres, le Christ la confiera solennellement après sa résurrection en liant la foi à la charité: Pierre, m'aimes-tu ? Par trois fois (lui permettant ainsi de réparer son triple reniement: Jn 18, 15-27). Et Jésus, à chaque fois, réitèrera son ordre (avec les pouvoirs qui y sont associés): Pais mes brebis (Jn 21, 15-17).

Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David: s'il ouvre, personne ne la fermera; s'il ferme, personne n'ouvrira (Isaïe 22, 22 – Ière lecture).

 

            Nous recevons cet enseignement bi-millénaire dans la foi. La foi qui dépasse les capacités de notre intelligence d'êtres créés. Et c'est toujours un mystère (Il est grand le mystère de la foi ! nous exclamons-nous après la consécration, à la messe, à propos de la sainte Eucharistie).

A la fin de la première partie (dogmatique) de l'épître aux chrétiens de Rome, saint Paul élève une hymne à la Sagesse qui nous invite à l'émerveillement, à l'adoration (Rm 11; 33, 36 – IIème lecture):

Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables ! Car tout est de Lui, et par Lui, et pour Lui. A Lui la gloire dans tous les siècles !

 

(1) Nous avons le même récit en saint Marc (8, 27-29) jusqu'à Tu es le Christ.

(2) Pierre, c'est-à-dire rocher, en araméen Képhas, que le Sauveur avait promis à Simon, fils de Jean, la première fois qu'il le rencontrera (Jn 1, 42). Les portes: image de la puissance; chez les anciens Orientaux, c'est aux portes des villes que les autorités du pays rendaient la justice. L'Hadès, en grec; Shéol en hébreu; manière grecque de désigner le séjour des morts (...). Ces portes symbolisent les puissances du Mal. Il s'agit des puissances de péché et des puissances de mort. Ainsi, aucune des puissances hostiles à l'Eglise, ni le royaume de la mort, ni celui de Satan, ne prévaudra contre elle. (Notes Osty et Crampon, NT, 2004)

(3) Lier et délier. Cf le Catéchisme de l'Eglise Catholique, nn. 1444-1445 et 1462-1463. En cas de danger de mort, tout prêtre, même "défroqué" peut donner l'absolution des péchés. Mais on ne peut pas étendre cette faculté par sa propre autorité en prétextant "la crise de l'Eglise" par exemple. Le Pape, successeur de Pierre, qui a une juridiction propre et immédiate sur toutes les brebis de troupeau, peut la concéder à ceux qui ne la possèdent pas de Droit (de jure), pour des motifs pastoraux par exemple. Note non citée dans le sermon.

 

J'ai ajouté :

   Nous devons aimer l'Eglise dont nous sommes membres par le baptême.

Nous devons aimer son chef, le Pape, comme successeur de Pierre, qui est assisté par le Saint-Esprit pour ne pas errer en matière de Foi et de Morale.

 

Mais dans l'histoire, ce mystère s'est souvent assombri, s'est souvent voilé, à cause des péchés des hommes. Le Pape, les évêques, les prêtres, sont des membres pécheurs de l'Eglise du Christ.

Parfois, leurs faiblesses, leurs infidélités, ont masqué à nos yeux la réalité de ce qu'ils incarnent. Mais à travers tel Pape, tel évêque, tel prêtre, c'est toujours Pierre, les apôtres, les ministres ordonnés qui sont en eux.

Et même, pourrait-on dire, à leur insu... Là est le mystère.

 

Nous nous attachons trop souvent aux personnes – et c'est bien humain -, nous faisons passer la sensibilité, l'affectivité, l'émotion, avant la Foi.

Ce n'est pas la chair et le sang qui peuvent nous conduire et nous aider dans la Foi, c'est la grâce de Dieu.

Nous devons, là encore, "faire abstraction des sens", passer et aller au-delà.

Alors, à travers les apparences sensibles (qui ne sont pas à négliger cependant), nous saisirons et nous aimerons le mystère auquel nous sommes conduits par la Foi.

 

La Foi n'est pas sensible. On ne voit rien, on ne sent rien, nos efforts sont vains en ces chemins.

On ne voit pas toujours Pierre dans le Pape; les Apôtres dans les évêques; le Christ dans les prêtres et les diacres.

Mais ils sont là.

Même dans les papes prévaricateurs de le Renaissance, dans les évêques félons, dans les prêtres indignes: la Primauté, l'Episcopat, le sacerdoce étaient présents.

Sacerdos in aeternum... Prêtres pour l'éternité...

Pour les fidèles aussi. Le baptême est inamissible par le sceau, le caractère, qui marque l'âme éternellement.

 

Pierre, le premier pape, a trahi trois fois le Christ; les apôtres eux-mêmes n'ont pas été plus brillants au moment de la Passion !

Mais le Christ ne les a pas rejetés, Il ne les a pas condamnés, Il leur a offert la rémission et après la Pentecôte, ils sont morts martyrs !

 

Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Eglise, même si, en certaines contrées, elle peut se réduire comme peau de chagrin et même disparaître !

 

Malgré ses rides, malgré ses péchés, elle est toujours l'Eglise et tant que nous restons dans la barque de Pierre – bien que nous pouvons être quelquefois tentés de la quitter ou d'en fonder une autre: plus pure, plus fidèle... – les flots ravageurs ne pourront pas nous engloutir !

Tenir..., tenir..., tenir...

 

Car c'est la Croix acceptée et offerte – et elle seule – qui est l'instrument, unique, de notre Rédemption.

Dans la nuit de la trahison, la seule lumière – défigurée, cachée aux yeux humains – c'était le Christ. Et c'est toujours et ce sera toujours le Christ en Son corps qui est l'Eglise.

 

La nuit conduit à la Lumière...

La mort, à la Vie...

Les portes de l'enfer ne prévaudront pas... Et Je serai avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde nous a promis le Christ Jésus.

 

Demandons à la Très Sainte Vierge Marie, mère de l'Eglise, qui n'a jamais douté – alors que tous doutaient -, qui n'a jamais cessé d'aimer – alors que l'amour semblait s'être retiré de l'âme des apôtres et des disciples -,

de nous aider à continuer, quoiqu'il arrive;

de nous aider

à CROIRE..., à ESPERER..., et à AIMER !

 

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit;

Ainsi soit-il.

 

Ab. L.

 

- A la fin de la Messe, avant la bénédiction finale, j'adressais ainsi mes remerciements :

 

  "A Notre-Dame de Montligeon Libératrice et à l'œuvre de l'abbé Buguet si heureusement continuée par les prêtres attachés à ce sanctuaire à eux confié par l'évêque de Séez;

  aux prêtres mes confrères dans le sacerdoce. Aux recteurs que j'ai connus: Mgr Le Gall – qui m'a invité à venir (en 2013) -, Don Jacques Vautherin;

  aux Sœurs de la Nouvelle Alliance (mention spéciale pour les sacristines)

  aux membres du personnel et à la nuée des bénévoles;

  aux fidèles des messes de semaine et à ceux du dimanche;

à ceux que j'ai connus, à ceux que je n'ai pas connus, à ceux que je n'ai pas su connaître;

  aux petits, aux discrets, aux humbles;

aux anges et aux saints...

  Je me recommande à vos prières."

 

- Avant le chant final, Don Jacques, le recteur, qui concélébrait avec moi, a adressé ses vœux et ses remerciements en mettant en avant "mon amour de l'Eglise" (en insistant et en faisant allusion au sermon), ma disponibilité, et ma probité.*

 

- Sur la parvis était offert un apéritif, une remise de cadeaux...

 

* Probité: "Qualité de quelqu'un qui observe parfaitement les règles morales, qui respecte scrupuleusement ses devoirs, les règlements, etc." (Dictionnaire Larousse)
 

 

 

 

 

 

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