Messe: "la réforme de la réforme" (Cardinal Sarah)

Publié le par Abbé C. Laffargue

"La réforme de la réforme"

Le cardinal Sarah l'évoquait dans son livre La force du silence (oct. 2016) au n° 257.

Cette expression, écrit-il dans l'article ci-dessous publié par La Nef, "est devenue pour certains synonyme de domination d'un clan sur l'autre. Elle risque alors de devenir inopportune. Je préfère donc de parler, de réconciliation liturgique." (p. 20, 1ère col.)

 

"Pour une réconciliation liturgique" (par le Cardinal Robert Sarah) (extraits)

(7 juillet: 10ème anniversaire du Motu proprio Summorum pontificum du pape Benoît XVI)

 

Le véritable renouveau de la liturgie est la condition fondamentale pour le renouveau de l'Eglise (Benoît XVI, préface à la version russe de ses "Œuvres complètes sur la liturgie", 11 juillet 2015).

Les deux formes d'usage du Rite romain ("ordinaire" et "extraordinaire") peuvent s'enrichir réciproquement  en donnant des exemples: l'insertion des nouveaux saints dans l'ancien Missel, des nouvelles préfaces...; et dans le nouveau: manifester de façon plus forte que cela ne l'a été cette sacralité qui attitre de nombreuses personnes vers le rite ancien (Lettre aux évêques accompagnant le Motu Proprio)

 

Le cardinal Sarah s'adresse à ceux qui pratiquent la forme extraordinaire (qui fut longtemps appelée "Messe de Saint Pie V", pape qui codifia et unifia le rite latin romain en 1570) par ces recommandations en citant la constitution Sacrosanctum concilium du Concile Vatican II:

   "La proclamation des lectures doit pouvoir être comprise par le peuple" (S.C., 36). De même, les fidèles doivent pouvoir répondre au célébrant et ne pas se contenter d'être des spectateurs étrangers et muets (S.C. 48). Enfin, le Concile appelle à une noble simplicité du cérémonial, sans répétitions inutiles (S.C. 50)." (On pense au double Confiteor du début de la messe: celui du prêtre, puis celui des fidèles; repris avant la communion avec le misereatur et l'indulgentiam donnés par le célébrant tourné vers eux. Ndlr)

"On peut souhaiter, là où c'est possible, si des communautés en font la demande, une harmonisation des calendriers liturgiques. On doit étudier les voies vers une convergence des lectionnaires."

Le Cardinal cite longuement le Pape émérite Benoît XVI sur "la mauvaise interprétation de la réforme liturgique qui a conduit à mettre à la première place l'aspect de l'instruction (le verbiage, les improvisations personnelles, les sermons – souvent interminables - qui n'expliquent pas et ne transmettent pas l'enseignement du Christ et de l'Eglise à partir des textes de la messe du jour. Ndlr), et celui de notre propre activité et créativité. Le faire de l'homme a quasiment provoqué l'oubli de la présence de Dieu." (11 VII 2015)

 

Le préfet de la Congrégation du Culte divin et de la discipline des sacrements ajoute:

  "Permettez-moi d'exprimer humblement ma crainte: la liturgie de la forme ordinaire pourrait nous faire courir le risque de nous détourner de Dieu du fait de la présence massive et centrale du prêtre. Celui-ci est constamment devant son micro, et a sans cesse le regard et l'attention tournés vers le peuple. Il est comme un écran opaque entre Dieu et l'homme." (...)

 

De l'importance des gestes:

"Je suis persuadé que la liturgie peut s'enrichir de ces attitudes sacrées qui caractérisent la forme extraordinaire, tous ces gestes qui manifestent notre adoration de la Sainte Eucharistie: garder les doigts joints après la consécration, faire la génuflexion avant l'élévation, ou après le Per ipsum, communier à genoux, recevoir la communion sur les lèvres (sur la langue, plutôt, sinon l'hostie, comme on le voit, tombera. Ndlr) en se laissant nourrir comme un enfant... (...)

 

- La célébration "dos au peuple" (à partir de l'offertoire dans le rite réformé), "vers Dieu":

" La célébration ad orientem en fait partie. Elle est un des trésors du peuple chrétien qui nous permet de conserver l'esprit de la liturgie. La célébration orientée ne doit pas devenir l'expression d'une attitude partisane et polémique. Elle doit rester au contraire l'expression du mouvement le plus intime et le plus essentiel de la liturgie: nous tourner vers le Seigneur qui vient."

 

- L'importance du silence :

Le cardinal Sarah cite le cardinal Ratzinger dans L'esprit de la liturgie: "Quiconque a fait l'expérience d'une communauté unie dans la prière silencieuse du Canon sait ce que représente un silence véritable. Là, le silence est à la fois un cri puissant, pénétrant, lancé vers Dieu, et une communion de prière remplie de l'Esprit." En son temps – poursuit le Cardinal – il avait affirmé avec force que la récitation à haute voix de l'intégralité de la Prière eucharistique n'était pas l'unique moyen pour obtenir la participation de tous. Nous devons travailler à une solution équilibrée et rouvrir des espaces de silence en ce domaine. J'appelle de tout mon cœur à mettre en œuvre la réconciliation liturgique enseignée par le pape Benoît, dans l'esprit pastoral de pape François ! Jamais la liturgie ne doit devenir l'étendard d'un parti." (...)

Eclairés par l'enseignement du Motu proprio de Benoît XVI, confortés par l'audace du pape François, il est temps d'aller au bout de cette réconciliation de la liturgie avec elle-même."

 

Le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements propose, "dans une prochaine édition du Missel romain réformé, insérer en annexe les prières au bas de l'autel de la forme extraordinaire, peut-être dans une version simplifiée et adaptée, et les prières de l'offertoire qui contiennent une si belle épiclèse qui vient compléter le Canon romain."

 

A la fin de l'article, le cardinal Sarah, cite le Pape François, qui, pour la Pentecôte (2017) disait :

 

"Il convient d'éviter deux tentations récurrentes. La première, celle de chercher la diversité sans l'unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s'enferme dans des particularismes, jugeant peut-être qu'on est meilleur et qu'on a toujours raison. (...) La tentation opposée consiste à chercher l'unité sans la diversité. L'unité devient ainsi uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon l'unité finit par être homologation et il n'y a plus de liberté. Or, dit saint Paul, là où l'Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté."

 

(Mensuel La Nef de juillet-août 2017, pp. 16 à 20)

 

Ab. L.

(C'est nous qui avons souligné)

(Bulletin dominical du 16 juillet 2017)

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