PÂQUES, dimanche de la RESURRECTION

Publié le par Abbé C. Laffargue

PÂQUES, dimanche de la RESURRECTION

Homélie de M. l'abbé Laffargue, chapelain,                                                                                en la basilique Notre-Dame de Montligeon-Libératrice,                                                            le 16 avril 2017.

     Je suis ressuscité, et je me retrouve avec Toi... (2ème Introït)

     Vous êtes ressuscités avec le Christ.     (Colossiens 3, 1 – IIème lecture)

 

     Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; ainsi soit-il.

     Au terme des quarante jours de Carême - où nous avons cherché, par la prière, la pénitence et le partage, à mourir au monde et à nous-mêmes -, au terme de la Semaine sainte et surtout du triduum pascal, nous sommes ressuscités, libérés, rendus à la vie, la vie de l'âme, l'union à Dieu, gage de la Vie éternelle...

Dans les églises où l'on fait l'aspersion avant la Messe, le Vidi aquam* remplace l'Asperges me jusqu'à la Pentecôte – avec l'eau bénite la veille. *Je vis une eau jaillir du côté droit du temple, alleluia ! Et tous ceux que cette eau atteignit furent sauvés...

Elle nous rappelle notre baptême et celui qu'ont reçu les catéchumènes en la nuit pascale. Elle nous rappelle l'eau de la grâce reçue dans la confession pascale (Cf Faire ses pâques) où nos péchés ont été pardonnés "par les mérites de la Passion de notre Sauveur Jésus-Christ".

Lors de l'office de la Vigile pascale, le célébrant a béni ainsi l'eau baptismale : (...) Que l'Esprit-Saint donne, par cette eau, la grâce du Christ, afin que l'homme créé à Sa ressemblance y soit lavé par le baptême des souillures qui déforment cette image, renaisse de l'eau et de l'Esprit pour la vie nouvelle d'enfant de Dieu (...) et que tout baptisé, enseveli dans la mort avec le Christ, ressuscite avec lui pour la vie.

A l'eau – de la grâce – s'ajoute la Lumière qui chasse la nuit :

Le jeudi dans l'octave de Pâques, à l'Office des lectures, nous lirons ce texte d'une catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés :

Celui qui est dans la nuit ne voit plus rien, tandis que celui qui est dans le jour vit dans la lumière. C'est ainsi qu'en étant plongés comme dans la nuit vous ne voyiez rien; mais en sortant de l'eau vous vous retrouviez comme dans le jour. Dans un même moment vous mouriez et vous naissiez. Cette eau de salut est devenue à la fois votre sépulture et votre mère.

Aujourd'hui, Dieu notre Père, tu nous ouvres la vie éternelle par la victoire de ton Fils sur la mort, et nous fêtons sa résurrection. Que ton Esprit fasse de nous des hommes nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie. Par Jésus-Christ... (Collecte)

 

Lumière et chaleur, chaleur d'amour dira Saint Jean de la Croix :

"Dieu est lumière infinie et feu divin infini, de là vient que chacun de ces innombrables attributs resplendit et donne chaleur, et chacun d'eux est un flambeau qui éclaire l'âme et lui donne chaleur d'amour." (Vive flamme d'amour, str. III, vers 1: Ô flambeaux de feu)

Cette lumière de la foi est douce. Elle n'est pas aveuglante. Elle n'est pas péremptoire.               Au centurion Corneille, Pierre dira que "Celui qu'ils ont fait mourir en le suspendant au bois du supplice, Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins qu'Il avait choisis (...) et qui ont été chargés de L'annoncer à tous et de témoigner que Lui-même l'a établi Juge des vivants et des morts."                                               (Actes des apôtres 10; 40, 42 – Ière lecture).

Il laisse la liberté de voir, de toucher, d'entendre spirituellement ceux qui veulent bien Le chercher, Le connaître, L'aimer et Le suivre.

 

Lumière et douce brûlure de la sainte Eucharistie dont nous avons fêté l'institution le Jeudi-saint... Croix glorieuse, Lumen gloriae, Lumière de gloire aimait à célébrer sainte Elisabeth de la Trinité.

L'hostie que le prêtre présentera à votre adoration après la consécration, celle que vous recevrez peut-être, c'est le corps glorieux de Celui qui S'est offert en sacrifice sur la Croix, pour que nous ne mourions pas de nos péchés !

C'est le Sang précieux qui a coulé sur vos âmes lorsque vous avez reçu le sacrement de pénitence et de réconciliation dans votre confession pascale. Mort et résurrection. Le prêtre, bon pasteur, s'offre d'abord en sacrifice comme son maître; il marche en tête vers la tête du Corps: le Christ, et qui est aussi l'Eglise; il conduit le troupeau des brebis qui lui ont été confiées ou qui l'ont reconnu comme le bon pasteur, celui qui aime ses brebis pour les mener, au milieu des attaques et des périls, vers le Ciel, vers le Père...

Aimez les prêtres ! Non de façon mondaine; mais parce que, quels qu'ils soient, ils sont configurés au Christ qui les a appelés; parce qu'ils sont le Christ dans leur pauvre humanité.

 

     Parmi les témoins de la Résurrection, après la très Sainte Vierge Marie, sa mère, il y a celle qui avait accepté de mourir à ses péchés, de changer de vie et de Le suivre jusqu'à sa mort: Marie de Magdala, Marie-Madeleine. L'Evangile d'aujourd'hui relate en saint Jean (20, 1-9) la découverte qu'elle fit de grand matin du tombeau vide. Elle ne restera pas (mais elle reviendra, car son cœur aime, et nous aurons le récit de la rencontre mardi en Jean 20, 11-18), mais courra aussitôt vers l'Eglise, vers Simon-Pierre, qui, pourtant, n'avait pas été au pied de la croix, et vers l'autre disciple, celui que Jésus aimait...

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple – Jean lui-même – courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau... mais il n'entra pas. Il laisse la primauté à Pierre et attend qu'il arrive à son tour. Quand Jean entre après lui, il vit et il crut. Mais n'en dit rien. Ni après, ni au cénacle toute la journée quand défilent tous ceux auxquels le Ressuscité est apparu, jusqu'au soir. Il attend humblement, souffrant de l'incrédulité et de la confusion dans lesquelles restent Pierre et les autres apôtres. Il ne dit rien, car le Saint-Esprit – comme Marie envers Joseph au retour de chez sa cousine Elisabeth – ne l'a pas poussé à parler.

L'heure n'est pas encore venue. Ce n'est pas la sienne, c'est l'heure de Dieu qui dispose, en Sa providence, du moment et des circonstances. Laissant la lumière chasser peu à peu les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur dans les âmes...

     Dis-nous, Marie-Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?                                                                           J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Ressuscité.                                                            J'ai vu les anges ses témoins, le suaire et ses vêtements.

     Le Christ, mon espérance, est ressuscité !

    Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Ô Roi victorieux, prends-nous en pitié. Amen. Alleluia !                                                                                                                                       (Séquence Victimae paschali laudes, XIème s.)

    Saint Grégoire le Grand a ce beau commentaire sur Marie-Madeleine et la Foi :

   "Il faut mesurer avec quelle force l'amour avait embrasé l'âme de cette femme qui ne s'éloignait pas du tombeau du Seigneur, même lorsque les disciples l'avaient quitté. Elle recherchait celui qu'elle ne trouvait pas, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu'elle croyait enlevé. C'est pour cela qu'elle a été la seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher, car l'efficacité d'une œuvre bonne tient à la persévérance, et la Vérité dit cette parole: Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.                                 (Mt 10, 22; 24, 13; Mc 13, 13. Ndlr)

   Elle a donc commencé par chercher, et elle n'a rien trouvé; elle a persévéré dans sa recherche, et c'est pourquoi elle devait trouver; ce qui s'est produit, c'est que ses désirs ont grandi à cause de son attente, et en grandissant ils ont pu saisir ce qu'ils avaient trouvé. Car l'attente fait grandir les saints désirs. Si l'attente les fait tomber, ce n'était pas de vrais désirs. (...) Appelée par son nom, Marie reconnaît donc son créateur et elle l'appelle aussitôt Rabboni, c'est-à-dire maître, parce que celui qu'elle cherchait extérieurement était celui-là même qui lui enseignait intérieurement à le chercher."

 

   Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d'en haut: c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez aux réalités d'en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu écrira Saint Paul aux chrétiens de Colosses (3, 1-3).

   L'Eglise, dans la bénédiction solennelle de la fin de cette messe, comme à celle de la vigile de Pâques, nous dira :

Que demeure en vous la grâce de Dieu, la grâce pascale qu'Il vous offre aujourd'hui: qu'elle vous protège de l'oubli et du doute...

Par la résurrection de son Fils, Il vous a déjà fait renaître: qu'Il vous (r) appelle toujours (à) cette joie, que rien, pas même la mort, ne pourra vous ravir...

Ils sont finis, les jours de la Passion, suivez maintenant les pas du Ressuscité; suivez-le désormais jusqu'à son royaume où vous posséderez enfin la joie parfaite.

   Et le Christ ressuscité dans le prêtre, vous bénira, en vous envoyant être tous les jours, en tout temps et dans les circonstances des rencontres qu'Il aura préparées, être les témoins de la mort et de la résurrection de Jésus, le Christ, notre Seigneur et notre Sauveur,

au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit

Amen, Alleluia !

                                                                                                                     Abbé Christian LAFFARGUE.

Publié dans Bulletin dominical

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