Les béatitudes (Mt 5, 1-15) - 4ème dimanche du T.A.-A

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 29 janvier 2017 (A) (12ème année)                                                                   4ème dimanche du Temps de l'Année liturgique. Vert.

     LES TEXTES DE LA MESSE

     Les béatitudes.    (Mt 5, 1-12- Evangile)

 

     C'est "le sermon sur la montagne", les neuf Béatitudes. Saint Luc (6, 24-26), plus concis, y ajoute les malédictions (Malheur à vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Malheur à vous, qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim! Malheur à vous, qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes! Malheur à vous, quand tous les hommes diront du bien de vous…).

Les pauvres, les humbles, ouverts "aux réalités d'en haut", aux biens spirituels, sont ceux que Jésus vient évangéliser. On retrouve l'expression: les pauvres sont évangélisés dans Mt 11,5 et Lc 7,22.

Lui-même est pauvre: il fut "couché dans une crèche parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie" (Lc 2, 7); humble: "car je suis doux et humble de cœur" (Mt 11, 29 + le lavement des pieds des apôtres le Jeudi-saint: Jn 13, 5); Il s'identifie aux petits comme les petits-enfants (Mt 18, 5).

Bienheureux (et non seulement heureux*) les pauvres de cœur (le royaume des cieux est à eux).

Saint François de Sales traduit joliment par: "Bienheureux les mendiants de l'esprit" (Cf note). L'esprit de pauvreté demandons-nous dans le troisième mystère joyeux (La nativité). Nous nous faisons petit et pauvres spirituellement pour demander les richesses de Sa grâce. Bienheureux les doux: la douceur va avec l'humilité (cf. Mt 11,29). C'est un fruit de l'Esprit avec la joie, la paix, la patience, la bonté, la fidélité, la tempérance (Galates 5, 22-23). Et un effet du don de Force qui nous permet de surmonter l'impatience, la colère, un exercice trop rigoureux de la justice (Saint Paul, aux Galates, ajoute la mansuétude aux fruits de l'Esprit).

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice (ils seront rassasiés). La justice, vertu morale cardinale (avec la prudence, la force et la tempérance) "consiste dans la constance et (une) ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû" (Cf Catéchisme, n°1807). La prière, par exemple, n'est pas facultative, elle est un devoir dû par notre âme à Dieu, notre créateur et sauveur (comme on doit au corps de le laver, de le vêtir, de le nourrir, de le soigner). A la samaritaine qui venait puiser de l'eau au puits, Jésus dira: Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif: elle deviendra en lui une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle (Jn 4, 14).

Ceux qui sont persécutés pour la justice (8ème béatitude) le sont pour cela: parce que des pouvoirs politiques et même religieux, impies et totalitaires, les empêchent de rendre un culte libre et public à Dieu. Quand la messe est interdite ou persécutée, c'est le culte suprême dû à Dieu qui est atteint (le Sacrifice du Fils incarné à son Père perpétué sur les autels pour les vivants et pour les morts), c'est le peuple chrétien que l'on affame et que l'on assoiffe (le fruit du Sacrifice: le sacrement de l'Eucharistie, le corps et le sang du Seigneur).

Ne cherchez donc pas ce que vous allez manger et boire; ne soyez pas anxieux. Tout cela les nations du monde le recherchent, mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît (Luc 12, 29-31).

Bienheureux les miséricordieux (ils obtiendront miséricorde). La miséricorde est l'un des fruits de la vertu théologale de Charité, avec la joie et la paix. "La charité exige la bienfaisance et la correction fraternelle; elle est bienveillance; elle suscite la réciprocité, elle demeure désintéressée et libérale; elle est amitié et communion" poursuit le Catéchisme (n° 1829). Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons (aussi a-t-on ajouté, sans que des effets spectaculaires se soient produits !) à ceux qui nous ont offensés (Mt 6, 12-Lc 11, 4) demandons-nous dans le Notre Père. La demande de pardon du Christ sur la croix à son Père pour nous est sa première parole (Luc 23, 34).

Bienheureux les cœurs purs (ils verront Dieu). Le cœur, ce n'est pas seulement le symbole de l'affectivité, mais c'est toute l'âme. Pur signifie d'abord la droiture.

Ne te dérobe pas à la crainte du Seigneur, ne viens pas à Lui avec un cœur double (Si 1, 28). Dieu fustige la duplicité de ceux qui se souviennent du Dieu Très-Haut, leur rédempteur (ceux qui ne prient ou ne vous demandent de prier que lorsque les choses vont mal pour eux ou leurs affaires, qui ne luttent pas contre le péché pour autant et qui oublient Dieu dès qu'ils n'ont plus besoin de Lui !), mais de leur bouche Le trompaient, et de leur langue Lui mentaient. Leur cœur n'était pas constant envers Lui, ils n'étaient pas fidèles à son Alliance (Psaume 77, 35-37).

Dieu punira Israël, peuple devenu riche et prospère, mais qui, rendant un culte aux faux dieux, avait le cœur partagé (Osée 10, 2). Le cœur pur c'est l'âme pure qui est toute à Dieu, dans l'humilité et la charité.

Bienheureux les artisans de paix (ils seront appelés fils de Dieu): la paix et la joie sont des fruits de la présence de Dieu. La paix soit avec vous dira deux fois Jésus ressuscité aux apôtres le soir de Pâques (Jn 20; 19, 21). La paix intérieure est un don de Dieu: Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix dira Jésus aux mêmes avant de mourir; je ne vous la donne pas à la manière du monde (Jn 14, 27). Don de l'union de l'âme avec Dieu, à chaque instant et qu'on ne peut que transmettre. Car c'est Satan qui divise, qui trouble (le diabolos, le diable), qui inquiète.

Même ceux qui sont persécutés pour la justice, qui sont insultés, persécutés, accusés à tort de toute sorte de mal à cause de moi dit Jésus (neuvième béatitude) se réjouiront et seront dans l'allégresse, car leur récompense sera grande dans les cieux (Mt 5, 11-12). C'est toujours l'union à Dieu et Sa présence dans nos âmes qui permet à notre faible nature de tout supporter, de tout pardonner et, surtout, d'aimer!

Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse répond le Seigneur à saint Paul qui le suppliait de le délivrer d'une écharde dans sa chair, un envoyé de Satan. Offrant et reconnaissant ses faiblesses, l'apôtre des nations pourra écrire aux chrétiens de Corinthe : J'accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. (2 Co 12; 7, 9-10)

      Concluons avec ces paroles réconfortantes du Christ, avant de quitter ses apôtres: Je vous ai parlé ainsi, afin qu'en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! J'ai vaincu le monde. (Jean 16, 33)

                                                                                                     Abbé Christian LAFFARGUE.

 

*Bienheureux: "Béatitudes, Bienheureux. On a généralement pris le parti de traduire simplement: Heureux. C'est une laïcisation discutable. Heureux appartient en effet au vocabulaire profane, signifiant soit "favorisé par le hasard, le destin ou la nature", soit "qui se trouve en état de bonheur au sens le plus banal et terrestre. Il existe un mot propre: Béatitude, dont le sens premier est religieux ou mystique: "Félicité éternelle que goûte l'homme jouissant de la vision de Dieu" (…) ("Bible chrétienne", 3ème éd., Ed. Anne Sigier, Canada, 1990, vol. II, p. 214).

De même pour l'imprécatoire Malheur à vous en saint Luc (traduit ainsi par les Bibles Osty, de Jérusalem, Crampon…), remplacé, dilué par la traduction Malheureux êtes-vous, et, suprême coquetterie dans la nouvelle traduction liturgique de 2013: Quel malheur pour vous…Ab. L.

Bienheureux les pauvres en esprit.

Saint François de Sales: "Quelles sont les conditions qu'il faut avoir pour bien faire l'oraison ?

La première est qu'il faut être petit en humilité. La seconde, qu'il faut être grand en espérance et la troisième qu'il faut être appuyé sur Jésus-Christ crucifié.

L'humilité n'est autre chose qu'une mendicité spirituelle, de laquelle parlant Notre-Seigneur à ses apôtres, il dit: Bienheureux les mendiants de l'esprit, car le royaume des cieux est à eux (Mt 5, 3). Je sais bien que la plupart des Pères qui interprètent ces paroles disent: "Bienheureux sont les pauvres d' (en) esprit. Mais ces deux interprétations ne sont pas contraires, car tous les pauvres sont mendiants, s'ils ne sont pas glorieux, et tous les mendiants sont pauvres, s'ils ne sont (pas) avaricieux.

Il faut donc, pour bien faire l'oraison, que nous reconnaissions que nous sommes pauvres et que nous nous humilions grandement. (…) Si nous voulons que notre prière aille jusques au ciel, il faut que nous nous approfondissions grandement par la connaissance de notre néant. (…) (Sermon sur l'oraison)

Comment l'oraison peut-elle monter vers le ciel ? On doit répondre qu'elle y monte par la descente de l'humilité. (…)

On trouve un bref et excellent commentaire des béatitudes, sous forme de questions-réponses dans le Catéchisme du cardinal Gasparri, édité par les Coopérateurs Paroissiaux du Christ Roi (C. P. C. R.) à Chabeuil (Drôme), en 1959 (épuisé), aux questions 549 à 557.

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