DIES IRAE (Le) - Hymne pour la Messe des morts

Publié le par Abbé C. Laffargue

 Le DIES IRAE

En célébrant pour une âme pieuse la Messe quotidienne des défunts dans l’ancien rite et utilisant le « Missel quotidien des fidèles » du Père Feder s. j., 1958 (qui n’est pas le meilleur et qui déjà prépare, en 1957, sous Pie XII, les bouleversements à venir, dont des traductions  et des commentaires tendancieux, le tutoiement habilement distillé dans les textes de la Messe, etc.) pour les lectures en français, j’ai retrouvé le poème latin Dies irae (XIème-XIIème siècles) tiré des psaumes et du Livre de Sophonie (1, 14-18) devenu Séquence de la Messe des morts ou de Requiem.

Le Dies irae fait partie intégrale de beaucoup de requiems, dont ceux de Mozart et de Verdi.

Il a disparu dans le rite réformé de 1969. La séquence figure toujours dans la version originale (latine) et sous forme d’hymne à l’Office des lectures, aux Laudes et aux Vêpres de la 34e semaine du Temps “per annum”(dit « ordinaire »).*

La Fontaine (Jean de, 1621-1695) en a tiré un poème écrit et lu pour la réception de La Bruyère à l’Académie en 1693 et qui fut publié après sa mort.  Ab. L.

Voici ce beau texte en vers publié dans le « Feder » :

 

Jour de fureur, jour d’épouvante ;

Fin du monde en cendres fumantes !

Témoin David et la Voyante.

            Quelle frayeur pour le pécheur

            Quand surviendra notre Seigneur

            Pour tout scruter avec rigueur !

Du cor dernier l’étrange voix

Par les grands champs plantés de croix

Nous poussera devant le Roi.

            La Mort surprise et la Nature

            Verront s’ouvrir les sépultures

            Pour la suprême procédure.

Le Livre alors sera cité,

Où faits et gestes sont notés

Dont répondra l’humanité.

            Le Juge assis pour l’audience

           Explorera les consciences :

          Et rien n’échappe à sa sentence.

Hélas ! quelle excuse alléguer ?

Pour moi, quel patron invoquer

Quand les plus saints devront trembler ?

            Juge effrayant, Maître absolu,

            Salut gratuit de tes élus,

            Source d’amour, sois mon salut !

Ô bon Jésus, tu t’en souviens,

Pour moi tu t’es mis en chemin :

En ce jour-là garde-moi bien !

            Me poursuivant à perdre haleine,

            Tu dus t’asseoir. Que tant de peine,

            Que ta Passion ne soient pas vaines !

Juste Seigneur de la vengeance,

Témoigne-moi ton indulgence

Avant le jour de l’Audience !

            Je suis coupable et je gémis ;

            De mes péchés mon front rougit :

            Ô Dieu, pardonne, entends mon cri !

La Madeleine et le Larron

Ont obtenu ton saint pardon :

J’espère aussi l’absolution.

            Si ma prière est bien mauvaise,

            Pourtant, Jésus, à toi ne plaise

            Que ma consume la fournaise !

Mets-moi au nombre des brebis,

Sépare-moi des boucs maudits,

Qu’à ta main droite je sois mis !

            Quand les damnés tout déconfits

            A l’âcre feu seront réduits,

            Appelle-moi au Paradis !

Je me prosterne, suppliant,

Le cœur en cendres, repentant :

Prends soin de mon dernier moment !

            Jour formidable où l’homme, en deuil,

            Se lèvera de son cercueil

            Pour le procès de son orgueil.

Mon Dieu, pardon pour les pécheurs,

Ô bon Jésus, notre Seigneur,

Ton grand Repos accorde-leur !

            Amen !

Le Dies irae n’est pas chanté le dimanche du Christ-Roi, mais du lundi au samedi de la XXXIV° semaine “per annum” (entre le Christ-Roi et l’Avent). L’hymne (il faut l’appeler ainsi, et non plus “séquence”) est partagée en trois parties : les six premières strophes sont chantées à l’Office des lectures, suivies de la doxologie O tu, Deus maiestatis ; les six strophes suivantes (Quid sum miser tunc dicturus, etc.) sont chantées aux Laudes, avec la même doxologie ; les six dernières strophes (Peccatricem qui solvisti etc.), toujours avec la même doxologie, sont chantées aux Vêpres.

Le “bréviaire” français, une fois de plus, s’éloigne gravement du bréviaire officiel en latin.

Abbé Olivier Günst Horn.

Publié dans Liturgie

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