Nous n'avons pas écouté tes commandements. 26ème dim-C

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 25 septembre 2016 (12ème année) Année jubilaire de la Miséricorde

26ème dimanche du Temps de l'Année liturgique (C)

LES TEXTES DE LA MESSE

Nous n'avons pas écouté tes commandements.

(Daniel 3, 29 – Introït)

Ainsi, "Dieu nous a traités en toute justice". Mais "pour l'honneur de Son Nom" nous Lui demandons, avant même que la messe ne commence (l'Introït, lu dans les messes basses, chanté en grégorien dans les messes chantées, mais remplacé systématiquement, hélas, par un cantique qui correspond rarement aux textes de la messe), de nous "traiter selon la richesse (l'abondance) de Sa miséricorde". Souvent, là, et dans la Collecte qui suit, tout le sens des textes de la messe est donné.

Ceux de la messe de ce dimanche sont à la fois un avertissement (Ière lecture et Evangile) et un encouragement à mener le bon combat (IIème lecture).

L'avertissement. Le péché obscurcit l'intelligence, endort la vigilance. On est dans l'illusion ("non, çà n'arrivera pas; non, çà ne m'arrivera pas...!"). Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, à ceux qui se croient en sécurité... (Amos* 6, 1 – Ière lecture). "On profite de la vie" (1): Couchés sur des lits d'ivoire, vautrés sur leurs divans, mangeant les mets les plus fins au son de la harpe, buvant les vins dans de larges coupes, s'ondoyant d'huiles de qualité (2) sans se préoccuper de la ruine d'Israël (vv. 4-6). Le châtiment viendra et viendra vite: Vous serez les premiers des déportés; et la bande des vautrés n'existera plus (v. 7).

On peut lire la suite : ville livrée au pillage avec tout ce qu'elle contient, mort des habitants (8-11).

Dans la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare (Luc 16, 19-31), l'homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin faisait chaque jour des festins somptueux. Mais un pauvre nommé Lazare, couvert d'ulcères se tenait à sa porte. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, des miettes, mais personne ne lui en donnait (on pense au "fils prodigue" en Lc 15, 16) (3). Il mourut et fut sauvé: les anges l'emportèrent dans le sein d'Abraham. Mais tout le monde meurt, le riche aussi mourut et on l'enterra (Lc 16, 22). Au séjour des morts (l'Hadès) (4), il était en proie à la torture et il souffrait terriblement dans cette fournaise. Il supplia Abraham d'envoyer Lazare tremper le bout de son doigt dans l'eau pour lui rafraîchir la langue (vv. 23-24). Mais..., chacun son tour ! Le riche a reçu le bonheur pendant sa vie (terrestre) et le pauvre le malheur pendant la sienne. Maintenant, dans la vie éternelle, le premier connaît la souffrance, et le second la consolation (v. 25) (5). Une fois qu'on est mort, on ne peut changer le cours du temps car il n'y a plus de temps. C'est trop tard. On a eu tout le temps avant, un temps employé à tant de choses inutiles, périssables, fugitives et même mauvaises ! Un grand abîme a été établi entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous (v. 26). L'enfer est éternel (6).

Celui qui est perdu à jamais voudrait au moins que ses frères, sur la terre, ne connaissent pas le même sort ! Mais ils sont déjà avertis : Ils ont Moïse et les Prophètes: qu'ils les écoutent ! (vv. 27-29). On pourrait dire aujourd'hui: vous avez des prêtres, le Catéchisme, les encycliques des Papes, les écrits des saints... Mais ceux qui veulent "profiter de la vie" en mettant de côté les commandements et l'amour de Dieu avant tout autre amour, et du prochain incluant le pardon, ceux-là iront rejoindre les damnés. Car s'ils n'écoutent "ni Moïse ni les Prophètes" quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts, ils ne seront pas convaincus (v. 31). On ne peut forcer quelqu'un qui, même ayant la foi, se préfère à Dieu. Non, on ne peut obliger quelqu'un à être sauvé, à éviter l'enfer.

Après l'avertissement, l'encouragement à mener le bon combat (Saint Paul à Timothée, IIème lecture) :

Toi, homme de Dieu, fuis ces désirs (les versets précédents les énumèrent en insistant sur l'amour de l'argent, racine de tous les maux. Pour s'y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligés à eux-mêmes des tourments sans nombre, 1 Tm 6, 10 et 17-19), recherche la justice (et, d'abord, "rendre à Dieu le culte qui Lui est dû"), la piété (7), la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé...! (v. 11). Tant de personnes et tant de chrétiens mènent de faux combats ! Soit parfaitement secondaires et inutiles, soit néfastes, soit excellents mais qui sont désordonnés (trop de temps utilisé et gaspillé, entraînant passions et péchés comme la colère, le mépris et le jugement téméraire envers autrui, et même la haine...). Le démon "mène par le bout du nez" bien des gens et surtout "sous apparence de bien" (Cf Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, Discernement des esprits, nn. 329-336) (8).

C'est dans ce bon combat que doit être notre belle profession de foi devant un grand nombre de témoins devant Dieu et devant le Christ Jésus en gardant l'ensemble des préceptes chrétiens (le Commandement du Seigneur) et en demeurant sans tache, irréprochable jusqu'à la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ,

seul Souverain, Roi des rois et Seigneur des seigneurs (...) à qui appartiennent l'honneur et la puissance éternelle ! (1 Tm 6; 12, 14-16).

Seigneur, ouvrez les yeux des aveugles (Psaume 145, 3ème strophe).

Jésus-Christ s'est fait pauvre, Lui qui était riche, pour qu'en sa pauvreté vous trouviez la richesse. (2 Cor 8, 9 – verset de l'Alleluia) (9)

Abbé Christian LAFFARGUE.

* Amos: Prophète issu d'un petit village non loin de Bethléem. Il écrit vers le fin du VIIIème siècle avant le Christ alors que le royaume d'Israël semble prospère mais avec de fortes inégalités sociales.

(1) "On profite de la vie". Cf Bulletins du 31 juillet (18ème dimanche-C): Vanité des vanités et du 21 août (21ème dimanche): La porte étroite.

(2) Traduction: Bible des peuples.

(3) Cf Bulletin du 24ème dimanche, 11 septembre.

(4) Au séjour des morts, litt. l'Hadès, transposition grecque du shéol biblique: séjour des morts sans autre précision. La Vulgate a christianisé et durci le texte en lisant: il fut enseveli en enfer (Note de la Bible Crampon)

(5) Que sert à l'homme de gagner le monde entier s'il se perd ou se ruine lui-même (s'il perd son âme) ? (Lc 9, 25) à la suite de Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et me suive.

(6) Cf le Catéchisme de l'Eglise Catholique: "L'Enseignement de l'Eglise affirme l'existence de l'enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel vont immédiatement après la mort où elles souffrent des peines de l'enfer (...) Ignorant du jour et de l'heure..." (nn. 1033- 1037, dont le n° 1035)

(7) Pour mémoire, le don de piété "nous aide à rendre à Dieu, aux Saints et aux hommes qui tiennent auprès de nous la place de Dieu – cf la piété filiale envers ses parents par exemple, mais aussi envers ses maîtres temporels et spirituels. Ndlr – le culte et les devoirs qui leur sont dus; et à secourir les malheureux pour l'amour de Dieu." Catéchisme du cardinal Gasparri, question 546: "Quel secours nous procurent les dons du Saint-Esprit ?"

(8) Discernement des esprits: J'en donne les règles en trois leçons dans les retraites en cinq jours.

(9): dernière note ! C'est l'ancienne traduction liturgique, meilleure et plus belle à mon goût que l'actuelle.

Ab. L.

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