Une seule chose est nécessaire… (Lc 10, 42) - 16ème dim du T.A.-C

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 17 juillet 2016 Année jubilaire de la Miséricorde

16ème dimanche du temps de l'Année liturgique – C –

LES TEXTES DE LA MESSE

Une seule chose est nécessaire

(Luc 10, 42 – Evangile)

...répond Notre-Seigneur Jésus-Christ à Marthe de Béthanie irritée contre sa sœur Marie, qui au lieu de l'aider aux multiples occupations du service, se tenait assise aux pieds de Jésus et écoutait sa parole (v. 39).

Saint François de Sales, dans le Traité de l'Amour de Dieu (Livre VI, chap. 8*) fait un beau commentaire de cette scène: Voyez-la, je vous prie: elle est assise en une profonde tranquillité, elle ne dit mot, elle ne pleure point, elle ne sanglote point, elle ne soupire point, elle ne bouge point, elle ne prie point. Marthe, tout empressée, passe et repasse dans la petite salle; Marie n'y pense point. Et que fait-elle donc ? Elle ne fait rien, elle écoute. Et qu'est-ce à dire, elle écoute ? C'est-à-dire, elle est là comme un vaisseau d'honneur, à recevoir goutte à goutte la myrrhe de suavité que les lèvres de son Bien-aimé distillaient (cf. Cant. 5, 13) dans son cœur (…). "Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée" (Lc 10, 42). Et quelle fut la partie ou la portion de Marie ? De demeurer en paix, en repos, en quiétude auprès de son doux Jésus.

Le Seigneur n'a pas méprisé la fidélité au devoir d'état de Marthe et son dévouement; il en a condamné l'agitation, l'activisme, qui la rendait impatiente et critique envers sa sœur. En sa sœur Marie, le Seigneur n'a pas encouragé l'indolence, la paresse, le choix de la facilité ou de l'inclination facile aux choses spirituelles; il l'a louée parce qu'elle avait choisi l'essentiel: être et rester d'abord et en priorité auprès du Seigneur qui était là, présent; et parce qu'elle l'avait choisi par amour.

C'est une leçon de silence. Toutes les âmes d'oraison aiment le silence car Dieu ne se trouve et ne se révèle personnellement à notre âme que dans le silence. L'oraison, c'est se tenir en silence auprès de Dieu présent en Jésus-Christ appréhendé par la Foi et l'amour de Charité.

La Vierge Marie est l'exemple même de l'amour actif et silencieux, elle qui gardait toutes choses en son cœur (cf. Lc 2, 51). Saint Joseph, que Sainte Thérèse d'Avila avait pris pour maître d'oraison et le recommandait (Autob., chap. VI, n°8) est le modèle de l'obéissance courageuse, héroïque, à la volonté de Dieu. Le Bx Jean-Paul II avait commenté le silence de Joseph. Silence imprégné de la contemplation du mystère de Dieu, de disponibilité totale à la volonté divine (1).

Comment peut-on se recueillir, se reposer, se recréer dans le bruit continuel, y compris souvent dans les églises, bruit causé par ceux qui devraient montrer l'exemple de la Foi en la présence réelle et substantielle, silencieuse, du Christ dans les hosties du tabernacle (la sainte Eucharistie). Qui devraient manifester de la vénération, de la reconnaissance, de la compassion, de l'amour de Dieu que cette sainte Présence inspire, sacrement fruit du Sacrifice suprême. Et on s'agite, et on s'active, et on discute, et on se met en scène surtout: le micro, le chœur, l'autel, le chant, les lectures… Epuisant, incorrect, inutile. Ces gens (des dames, en majorité) n'ont pas la foi, même si c'est en son nom qu'ils et qu'elles prétendent se mouvoir. Ils ne saluent, ni ne respectent, ni n'honorent Celui qui est là et qu'ils prétendent servir. Marthe… Marthe…

Le Christ est au milieu de nous… Dieu a bien voulu (nous) faire connaître la gloire sans prix de ce mystère ! écrit Saint Paul aux chrétiens de Colosses vers l'an 62 (Col. 1, 26 – IIème lecture).

La clé de ce qui précède, du silence, de l'oraison et de la foi, c'est la souffrance. C'est la Croix. C'est l'Agneau de Dieu: Je trouve la joie dans les souffrances que j'endure pour vous et ce qui reste à souffrir des souffrances du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair pour son corps qui est l'Eglise (v. 24).

C'est la meilleure part qui ne nous sera pas enlevée…

Abbé Christian LAFFARGUE.

*Titre de ce chapitre 8: Du repos de l'âme recueillie en son bien-aimé.

(1) Cité par Benoît XVI le 21 déc. 2005 en commentant l'exhortation apostolique du Pape Jean-Paul II Redemptoris custos (Le gardien du Rédempteur) "sur la figure et la mission de Saint Joseph dans la vie du Christ" (15 août 1989).

(Bulletin paroissial du 21 juillet 2013)

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