Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. (1 Cor 13, 2)

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 31 janvier 2016 Année jubilaire de la Miséricorde.

4ème dimanche du Temps de l'Année liturgique (C)

LES TEXTES DE LA MESSE

Basilique Notre-Dame de Montligeon Libératrice

Homélie de M. l'abbé Christian Laffargue,

Si je n'ai pas la charité (1), je ne suis rien.

(1 Corinthiens 13, 2 – IIème lecture)

C'est à trois reprises que saint Paul affirme le primat de l'amour de charité, la troisième vertu théologale, qui n'est pas n'importe quel amour !

Et il donne des exemples frappants, impressionnants : J'aurais beau parler toutes les langues des hommes (et des anges !), si je n'ai pas la charité, je ne suis que du vent (un cuivre qui résonne, une cymbale qui retentit). J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu (la plénitude de la Foi traduit la Bible de Jérusalem), une foi à transporter les montagnes, s'il me manque la charité, je ne suis rien. J'aurais beau distribuer toute ma fortune en aumônes, livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert à rien.

Puis il décrit cet amour spécial, surnaturel, qui va bien au-delà des forces humaines, qui est un don de Dieu : la Charité.

La charité est patiente... Elle est serviable... Elle n'est pas envieuse... Elle ne se gonfle pas d'orgueil... Elle ne fait rien d'inconvenant. Elle ne cherche point son intérêt... Elle ne s'emporte pas... Elle n'entretient pas de rancune... Elle ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais elle trouve sa joie dans la vérité. Elle supporte tout, elle fait confiance en tout, elle espère tout, elle endure tout. La charité ne passera jamais (vv. 4-7).

Quel programme ! On parle, à juste titre, de "la radicalité de l'Evangile" ! Et comme – sans méjuger de personne – nous en sommes loin !

La Foi disparaîtra: elle ne sera plus nécessaire à notre mort. Notre Foi, déjà partielle (v. 9), sera alors sans objet. Soit nous irons directement au Ciel et notre foi, notre connaissance de Dieu, sera plénière (nous aurons la vision des bienheureux: la vision béatifique "où nous le verrons face à face" (v. 12), celle des saints; soit nous serons en purgatoire pour la réparation complète de nos péchés; soit – ce que Dieu ne plaise – en enfer, dans l'opposition radicale à Celui qui voulait nous sauver, à suivre ses commandements (Cf Catéchisme, La vie éternelle, n°1023 à 1037)

L'Espérance (le désir de Dieu) aura son aboutissement : Dieu sera là.

Mais ce qui nous unira à Lui, ce qui nous sauvera, c'est l'amour de Charité pour Lui et le prochain avec le pardon de toute offense, l'amour des ennemis (cf. Lc 6, 27-35; etc.).

Saint François de Sales, qui cite souvent la Ière aux Corinthiens dans le chapitre 13 de son Traité pour l'Amour de Dieu consacre le chapitre 15 du Livre XI pour montrer combien "la Charité comprend en elle-même les dons du Saint-Esprit". (2)

"La charité – écrit-il – nous sera une autre échelle de Jacob (cf. Genèse 28, 12) composée des sept dons du Saint-Esprit comme autant d'échelons sacrés (...) pour s'aller unir (au Cœur du Christ), et, descendant du Ciel pour la terre et venir prendre la prochain par la main et le conduire au Ciel.

En montant le premier échelon, la crainte nous fait quitter le mal; au deuxième, la piété nous incite à vouloir faire le bien; au troisième, la science nous fait connaître le bien qu'il faut faire et le mal qu'il faut fuir; au quatrième, par la force nous prenons courage contre toutes les difficultés qu'il y a en notre entreprise; au cinquième, par le conseil, nous choisissons les moyens propres à cela; au sixième, nous unissons notre entendement (le don d'intelligence*) à Dieu pour voir et pénétrer les traits de son infinie beauté; et au septième, nous joignons notre volonté à Dieu pour savourer et expérimenter les douceurs de son incompréhensible (ou incomparable*) bonté (le don de sagesse*); car, sur le sommet de cette échelle, Dieu étant penché devers nous, il nous donne le baiser d'amour, et nous fait téter les sacrées mamelles de sa suavité, meilleures que le vin (Cantique des cantiques 1, 1)."

(- *) : c'est nous qui avons ajouté.

Certes, nous ne sommes plus comme de petits enfants qui parlions, pensions et raisonnions en enfant (1 Co 13, 11), mais pourtant, un enfant est souvent capable de mieux recevoir qu'un adulte, soumis à tant de résistances intérieures. Il n'en a pas la science, les capacités intellectuelles développées, mais une vraie et, souvent, une très fine intelligence du cœur, une pureté d'âme qui n'a pas encore été avilie par le péché, laquelle lui fait saisir Dieu et L'aimer de façon beaucoup plus profonde que les adultes ou qui pensent l'être. On ne les nourrit pas à la mesure qu'ils pourraient atteindre...

Cette charité, cet amour de Charité de Dieu a préexisté à notre entrée dans l'existence terrestre: Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais déclare Dieu au prophète Jérémie (1, 5 – Ière lecture) et Il le prédestine à la mission d'être prophète des nations.

Cette mission est assurée de la protection de Dieu pour qu'il ne tremble pas pour condamner les royaumes qui ont abandonné le culte du vrai Dieu pour celui des dieux étrangers (v. 16).

Ce n'est pas sans mal que Jésus, au début de sa vie publique, après la tentation au désert, à la synagogue de Nazareth, où il avait été élevé (Luc 4, 16 – Evangile), après avoir lu un passage du prophète Isaïe (61, 1-2 + 58, 6), a voulu faire accepter par ses auditeurs l'actualité des prophéties, leur réalisation.

Ils ne veulent pas reconnaître qu'Il est consacré par l'onction, qu'Il est envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, qu'Il délivrera les captifs de leurs péchés, de leurs esclavages ("les addictions" d'aujourd'hui !), qu'Il rendra la vue aux aveugles car Il est La Lumière (de l'intelligence et du cœur) et qu'Il aura l'autorité de proclamer une année de grâce du Seigneur (Lc 4, 18-19 citant Isaïe 61, 1-2). Si l'on parcourt la suite d'Isaïe (cité par Jésus dans la relation que saint Luc fait de cette scène), on en est très réconforté, car l'envoyé de Dieu a aussi pour mission de consoler les affligés, de leur donner l'huile de joie à la place du vêtement de deuil, la louange au lieu du désespoir. (vv. 2-3).

Et cela, cette Lumière, cette délivrance, cette joie, cette vie nouvelle, la synagogue ne le supporte pas (Lc 4, 28). D'autant que les guérisons et les miracles ne sont pas réservés au Peuple élu – Israël – mais à toutes les âmes de bonne volonté, comme la veuve de Sarepta ou Naaman le syrien (cf. vv. 26-27).

A nous de demander, en premier lieu, d'aimer le Seigneur, source de tout Amour, "de tout notre cœur, de tout notre esprit et notre prochain" dans cet amour même. (Acte de charité)

A nous de demander que notre Foi soit irriguée de la Présence de Celui en qui nous croyons;

que notre Espérance s'élève comme l'encens vers Celui que nous adorons et que nous désirons de tout l'élan de notre âme;

que notre Charité scelle nos engagements comme baptisés, comme confirmés, comme époux et épouses, comme consacrés, comme marqués du sceau !

Heureux ceux qui ont une âme de pauvre (3), le royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux, ils obtiendront la Terre promise !

(Mt 5, 3-4 – Prière avant la communion)

Ab. L.

Notes pour l'édition électronique :

(1) Dans la première traduction pour la liturgie des années 1970, qui a suivi le concile Vatican II (1962-1965), le mot Charité, troisième vertu théologale quand même, avait disparu (!) pour être systématiquement remplacé par le mot séculier amour, qui pouvait signifier le meilleur et le pire.

En 2001, la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements mandatée par le Pape Jean-Paul II, demanda une autre traduction avec des indications complètes et précises pour qu'elle soit fidèle au texte original et à la foi de l'Eglise (elle donnait six ans pour recevoir le travail effectué). Il y eut de nombreuses tractations et pressions... Le mot charité – entre autres – fut l'objet de litiges. Les francophones, occidentaux en particulier, se battirent pour amour au détriment de charité. Rome finit pas exiger, qu'au moins, le mot "charité" traduise systématiquement le caritas latin lorsque les deux autres vertus théologales étaient citées (la Foi et l'Espérance). C'est ce que nous avons dans la nouvelle traduction liturgique de 2013. Et il y eut bien d'autres litiges...* C'est pour cela que je compare les traductions avec d'autres pour donner à mes lecteurs la fidélité au... Saint Esprit et non à celui du monde, des exégètes et des savants qui croient pouvoir tout réécrire et tout réinventer...

* N.B.: Le mot âme remplacé par le mot esprit; miracle remplacé par signe (or, si les miracles sont des "signes" de la divinité du Christ, tous les signes ne sont pas des miracles), éternel remplacé par sans fin (ou simplement supprimé dans la première Prière eucharistique après enfer alors que le texte latin le précise); etc.

(2) Saint François de Sales (Traité de l'amour de Dieu). Autres passages où il cite le chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens : ... je ne suis rien au Livre VII, chapitre V et au L. XI, chap. 3; ... espère tout, endure tout aux chap. 4 et 8; Quand j'étais un enfant... au L. X, chap. 2; ... nous Le verrons face à face aux chap. 3 et 10.

(3) Ame de pauvre : c'est la traduction d'Osty/Trinquet. Généralement, on traduisait par : les pauvres en esprit; maintenant, il est "de mode" de traduire pauvres de cœur, mais le cœur est cité dans la sixième béatitude: Heureux ceux qui ont le cœur pur..., ce que j'ai fait déjà remarquer dans une autre chronique.

Ab. L.

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