"Tu l'as dit: Je suis Roi" (Jésus à Pilate) Jn 18, 36

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 22 novembre 2015 Mois des âmes du Purgatoire

Fête du Christ roi de l'univers, solennité.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi de l'univers

Dernier dimanche de l'Année liturgique (B)

Basilique Notre-Dame de Montligeon, dimanche 22 novembre 2015

Homélie de M. l'abbé Christian LAFFARGUE, chapelain

"Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur. A Lui, gloire et puissance dans les siècles des siècles." (Apocalypse 5,12 - 1,6)

Introït de la Messe.

"Toute l'année liturgique est un hommage rendu à la royauté du Christ. En instituant une fête spéciale du Christ-Roi (le 25 décembre 1925, encyclique Quas primas), le Pape PIE XI voulut réaffirmer, à l'encontre du laïcisme, le droit du Christ de régner non seulement sur les individus et sur les familles, mais encore sur les sociétés civiles et sur les nations. (...). "Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix – se répandraient infailliblement sur la société tout entière (...).

Dans l'élaboration et l'application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine !"

(Introduction à la Messe du Christ-Roi, Missel quotidien complet, édité par l'abbaye sainte Madeleine, F-83 Le Barroux, 2013, pp. 1957-58).

Nous sommes au début de la semaine qui clôt l'Année liturgique. Dans cinq semaines, nous contemplerons l'Enfant dans l'étable, couché dans la crèche, la mangeoire, que les Rois d'Orient reconnaîtront comme leur Roi en lui offrant l'or, et comme leur Dieu en lui offrant l'encens que nous utilisons au cours de cette solennité.

"Où est le Roi des juifs qui vient de naître ?" demanderont-ils à Hérode. (Mt 2, 2)

Hérode voudra faire mourir l'enfant parce qu'il craindra un concurrent qui menacerait son trône terrestre, et aussi, au fond, parce qu'il ne voulait pas Le reconnaître comme le Messie, annoncé pourtant par les prophètes et dont le lieu: Bethléem, la maison du pain, était aussi clairement attesté par ses scribes, ses exégètes.

"Cet homme se prétend le Christ-Roi !" vocifèreront les pharisiens (Lc 23,2) et Pilate n'aura de cesse de demander : "Es-tu le Roi des Juifs?" (Mt 27, Mc 15, Lc 23 + Jn18) - "Tu l'as dit: Je le suis" répondra Jésus mais en ayant pris soin de préciser: "Mon Royaume n'est pas de ce monde, sinon mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs; non, mon royaume n'est pas d'ici" (Jean 18, 36)

Ce Royaume que désirait tant, au fond de lui, le bon larron sur la croix auprès de Jésus et qu'il a soudain reconnu par grâce, pendant que son comparse, lui, le refusait : "Jésus, souviens-toi de moi, quand tu seras dans ton Royaume!" (Luc 23, 42).

Et sur le haut de la Croix, était inscrit en grec, en latin et en hébreu : "Jésus de Nazareth, roi des Juifs" (Jean 19, 19).

C'est là, à travers les textes de l'Ecriture que se dessine cette Royauté du Christ.

Et s'Il est né, c'est pour mourir, pour racheter Ses brebis dont Il est le Bon Pasteur par Sa croix. C'est parce qu'Il est l'Agneau et l'Agneau immolé, qu'Il a été digne de recevoir puissance, divinité, sagesse, force et honneur et qu'il a gloire et puissance dans les siècles des siècles" (Introït).

C'est la réponse claire du Christ à Pilate, le Vendredi-saint, lors de l'entretien de Jésus avec le procurateur romain Ponce Pilate, qui se conclura par sa condamnation à mort, à la demande du sanhédrin.

Il ne s'agit pas de pouvoir temporel (Mon royaume n'est pas de ce monde, v.36) – ce qu'attendaient les Juifs, malgré l'affirmation claire des prophètes qui annonçaient le messie souffrant – mais spirituel, de Celui qui allait racheter les âmes par sa croix.

L'admirable Préface de la Messe du Christ roi de l'univers parle de règne de vie et de vérité, de grâce et de sainteté, de justice, d'amour et de paix. Jésus-Christ règne parce qu'il a vaincu Satan par sa croix.

Sa couronne est d'épines, son sceptre un roseau, son trône le bois de la croix, son manteau royal la pourpre de son sang. Le roi est le prêtre éternel et roi de l'univers, offert lui-même sur l'autel de la croix en victime pure et pacifique pour accomplir le mystère de notre rédemption, ayant soumis à son pouvoir d'amour, de liberté ("toute la création libérée de la servitude", Collecte) de paix toutes les créatures remettant à la souveraine puissance du Père un règne sans limite et sans fin.

Jésus-Christ est roi parce qu'Il est Dieu. Venu pour rendre témoignage à la vérité (Jn 18,37), Lui qui avait dit: Je suis la voie, la vérité et la vie; nul ne va au Père que par moi (Jean 14, 6). Quiconque est de la vérité écoute ma voix (18,37).

A la suite des derniers dimanches, notamment le dernier sur l'annonce de la fin du monde (Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire, Mc 13,26), saint Jean annonce: Voici qu'il vient parmi les nuées, et tous les hommes le verront, même ceux qui l'ont transpercé. Lui, l'alpha et l'oméga, Celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-puissant (Apoc 1,7-8 – IIème lecture).

Avec saint André de Crète (v. 660 à Damas-740 dans l'île grecque de Lesbos) méditons "la venue, humble et glorieuse de notre Roi", dans son homélie pour le dimanche des Rameaux :

"Disons au Christ, nous aussi, Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël (Jn 12, 13). Adressons-lui, en guise de palmes, les paroles d'adieu destinées à la croix. Célébrons-le, non pas avec des rameaux d'olivier, mais avec les triomphes de nos pardons réciproques.

Etendons à ses pieds, comme des vêtements, les désirs de notre cœur, afin qu'il fasse en nous son entrée, qu'il soit totalement en nous, qu'il nous établisse tout entiers en lui, et lui tout entier en nous.

Disons à Sion cette parole du prophète : Confiance, fille de Sion, n'aie aucune crainte. Voici ton roi qui vient vers toi, humble et monté sur le petit d'une ânesse (Zacharie 9, 9 in Jean 12, 14-15)

(...) La gloire du Seigneur s'est levée sur toi (Isaïe 60, 1).

Quelle est cette gloire ? demande saint André de Crète :

Eh bien, c'est la croix, sur laquelle le Christ a été glorifié. C'est la lumière éclatante de la gloire du Père, comme Lui-même l'a dit, la veille de sa Passion : Maintenant le Fils de l'homme vient d'être glorifié, et Dieu a été glorifié en lui; et bientôt il le glorifiera (Jn 13, 31-32 – la Passion, le jeudi-saint).

Ce qu'Il appelle alors Sa gloire, c'est son élévation sur la croix. Car la croix du Christ est sa gloire et son élévation. Il a dit en effet : Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes(Jn 12,32)

(Office des lectures du mardi de la 33ème semaine du Temps de l'Année liturgique, le 16 novembre 2015)

Dans l'Office des lectures de ce matin nous avons lu sous la plume d'Origène (Alexandrie, 185-Tyr, 253), au début du IIIème siècle, ces lignes :

"A propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : comme il n'y a pas d'union entre la justice et l'impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, portons les fruits de l'Esprit."

Nous devons nous demander aujourd'hui et tous les jours : qui va régner aujourd'hui et encore demain dans ma vie, dans celle de ma famille, dans ma communauté ? A quelle autorité, à quelle (s) force (s) vais-je soumettre mon jugement, mes actes, mon avenir ? A quelle (s) vérité (s), à quelle (s) influence (s) ?

Quand nous disons, à chaque Notre Père : ...que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite; est-ce que nous le pensons vraiment ? Est-ce que nous le voulons vraiment ?

Qui règne dans notre vie personnelle ? Est-ce la Foi catholique, l'amour de charité qui inclut le pardon des offenses, ou le tumulte des médias, l'esclavage d'internet, la confusion des idées fruit du déferlement des passions ? Est-ce notre volonté propre, égoïste, étroite, au service de nos idées et du pouvoir, aussi petit soit-il, que nous voulons exercer sur notre pré carré ?

Est-ce la dureté ou la douceur ? Est-ce l'orgueil – parfois si secret et si habilement habillé !- ou l'humilité, le renoncement, le pardon, la générosité, la reconnaissance et la réparation des offenses faites à Dieu et à notre prochain ? Qui règne, qui va régner, qui risque de régner encore ?

Demandons à la sainte Vierge Marie qui, dès l'origine, a soumis entièrement sa volonté à la Volonté de Dieu, à la volonté aimante et crucifiante de Dieu : Fiat... Qu'il me soit fait selon ta parole..., pour le salut des âmes, de nous aider à soumettre notre corps et notre âme, nos biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de nos bonnes actions passées, présentes et futures, lui laissant un entier et plein droit de disposer de nous et de tout ce qui nous appartient, sans exception, selon son bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l'éternité, selon la formule de consécration de Saint Louis Marie Grignion de Montfort.

Et faisons nôtre la prière après la communion de cette messe de la solennité de la fête du Christ roi de l'univers : Après avoir partagé le pain de l'immortalité, nous Te supplions, Seigneur : nous mettons notre gloire à obéir au Christ, roi de l'univers, fais que nous puissions vivre avec lui, éternellement, dans la demeure du ciel. Lui qui règne avec Toi pour les siècles des siècles.

Amen.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Abbé Christian LAFFARGUE.

Publié dans Bulletin dominical

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