Les crèches de Noël dans les lieux publics en France ou la laïcité mal tempérée

Publié le par Abbé C. Laffargue

Les crèches de Noël dans les lieux publics en France ou la laïcité mal tempérée :

Commentaire de Jean-Marie Guénois dans "Le Figaro" du 23 novembre (p. 25). Extrait :

(...) "Nul ne se plaindra que l'on appelle les responsables communaux à la vigilance et au respect de la laïcité mais on aimerait davantage de courage intellectuel de la part de ces penseurs laïcs qui mettent ici toutes les religions dans le même sac pour ne pas avoir d'ennuis. Ce qui provoque un second amalgame, encore plus injustifié, touchant cette fois l'Eglise catholique qui n'a pourtant rien à se reprocher mais qui paye là la facture de (du ?Ndlr) durcissement laïque. Ainsi de cette proposition d'interdire les crèches de Noël dans les lieux publics. Il est stupéfiant dans le contexte de cette phase d'ultraviolence de vouloir gommer le symbole de la crèche, un bébé dans une mangeoire, qui se veut être par excellence le signe de l'amour de Dieu. Et donc la contradiction, la plus inoffensive et pacifique qui soit, de la violence perpétrée au nom de... Dieu.

Cette chasse pointilleuse au symbole religieux chrétien devrait aussi, pour être vraiment cohérente, requérir l'interdiction de tous les sapins de Noël ! Car, on l'a oublié, mais les sapins de Noël sont le symbole – et plus ancien encore que les crèches – d'un christianisme triomphant : ces sapins de Noël à l'origine chargés de pommes figurent le nouvel Adam, c'est-à-dire le Christ, considéré comme l'arbre de vie qui donne son fruit au pire de l'hiver le plus sec.

Mais c'est peut-être ce monde sec, purifié de tout symbole religieux dont rêvent certains. Dans un monde déjà glaçant, ils préfèrent, à la poésie de Noël, un univers glacial."

- Pour Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) et membre du « Groupe laïcité » de l'Association des maires de France* (AMF), le vade-mecum sur la laïcité présenté par celle-ci mercredi 18 novembre fait preuve d'un laïcisme forcené, susceptible d'attiser les tensions au sein de la société.

* L'AMF est présidée par le sénateur et maire de Troyes François Baroin (Les Républicains") (Ndlr)

Comment ce vade-mecum a-t-il été élaboré ?

"Il y a deux manières de voir la laïcité. Elle peut être soit unilatérale, si l'on considère que c'est l'État qui impose sa vision aux religions, soit bilatérale s'il s'agit d'un dialogue, dans lequel les religions ont aussi l'occasion de s'exprimer sur leur vision de cette notion. En l'occurrence, c'est clairement la première solution qui a présidé à la rédaction de ce vade-mecum.

Pour éclairer ses réflexions, l’AMF a d’abord écouté les interventions de Jean-Louis Bianco de l’Observatoire de la Laïcité (1), de Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France, et de Gérard Delfau (2). Ce sont ces discours qui ont orienté le travail. Les représentants des religions chrétiennes, juive et musulmane n'ont été entendus qu'en toute fin de parcours, alors que nous étions déjà en phase de pré-rédaction. Très marqué idéologiquement, le document final tient en suspicion les religions et fait de la laïcité un ensemble normatif contraignant qui oblige les consciences sur des sujets sensibles. Ne pas y adhérer, c'est déjà ne plus être laïc ni même républicain !"

Y a-t-il eu des débats autour de cette conception de la laïcité ?

"Oui, il y a eu des oppositions très fortes de ma part et de la part d’élus, y compris de gauche, de villes comparables à la mienne, c'est-à-dire avec une importante population musulmane. Nous avons dit que cette relégation de la religion dans la sphère exclusivement privée risquait de créer une grande frustration dans cette population, et de finir par exploser.

Mais beaucoup de nos confrères ont découvert cet aspect du problème en nous entendant. Quand j'ai expliqué les ressorts des comportements et des réactions de croyants, j'ai senti une grande méconnaissance du sujet. Le manque de culture religieuse de beaucoup ne leur permet pas de comprendre ces enjeux. Ils se contentent de cette attitude éradicatrice envers les religions, sans comprendre que la réaction de certains croyants face à cette conception de la laïcité sera nécessairement un non possumus.

Si on impose toujours plus aux musulmans de séparer foi et loi, ce qui est en partie impossible pour eux, ils vont, pour se protéger, adopter des attitudes et des modes de vie toujours plus en décalage avec le reste de la société, ce qui va créer des écarts intenables et des tensions importantes. En continuant à pousser dans ce sens, l'AMF organise les divisions de la population. On voudrait créer des conflits, on ne s'y prendrait pas autrement…"

(in news letter – pour parler français, notre langue fait quand même partie de notre identité chrétienne ! – de "Famille chrétienne" du 25 novembre)

(1) J.-L. Bianco: ancien ministre, membre du Bureau national du Parti socialiste.

(2) G. Delfau : Radical de gauche, ancien vice-président du Sénat, membre de la loge maçonnique Fidélité et travail de Montpellier (Hérault), affiliée au Grand Orient de France.

Ab. L.

Les réactions ont quand même été nombreuses. Les députés de la Drôme Hervé Mariton et celui de la Manche Philippe Gosselin (LR) ont lancé une pétition qui avait déjà été signée le 25 nov. au soir par 43 parlementaires et qui "appelait l'Association des Maires de France à retirer son vade-mecum de la laïcité et toutes les communes à en refuser toute transposition".

Autres réactions de députés : Xavier Bertrand (LR, Aisne): "Je n'appliquerai pas ces recommandations... Nous n'avons pas à nous excuser de ce que nous sommes... N'oublions pas que la France est un pays laïc de tradition chrétienne". Bernard Accoyer (ancien président de l'Assemblée nationale, LR): "La laïcité ne doit pas être dogmatique... C'est une valeur de la République qui doit être appliquée avec raison et mesure." Valérie Pécresse (LR, Yvelines): "Les crèches de Noël font partie de notre histoire et de notre culture; laissons les maires libres de leurs choix !" Christian Estrosi (LR, Nice): "(...) Cette tradition, comme tant d'autres, est immémoriale et appartient au patrimoine des Français, quelle que soit leur confession." Trois maires (FN) dont celui de Fréjus ont démissionné de l'Association.

(Bulletin dominical du 29 novembre 2015)

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