La vertu morale de Tempérance

Publié le par Abbé C. Laffargue

I - La vertu morale de Tempérance.

La tempérance est la vertu morale qui modère l'attrait des plaisirs et procure l'équilibre dans l'usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l'honnêteté (C.E.C. n°1809).

Concernant les appétits sensibles inhérents à la nature humaine (conservation de la vie physique/- de l'espèce), la Tempérance "entend modérer les délectations inhérentes à l'absorption de la nourriture nécessaire pour l'entretien de sa vie et, d'autre part, aux relations sexuelles nécessaires pour la propagation du genre humain." (Sineux, p. 421)

On est dans un siècle de sensualité prégnante (cf annonces: "Pour votre confort...") sensible et religieuse.

Le vice opposé: l'intempérance (dans le boire et le manger, par exemple) mais aussi l'excès contraire: le refus de tout bien sensible ("l'insensibilité").

- L'insensibilité (intempérance par défaut): c'est le refus, et même la condamnation, de tout plaisir attaché aux sens, considéré comme coupable.

C'est une interprétation rigoriste du: Je châtie (Je traite durement in ntl) mon corps, je le réduis en servitude (j'en fais mon esclave in ntl) pour éviter.... d'être moi-même disqualifié (1 Co 9, 27)

"Mortifier sa chair" ce n'est pas se suicider, tomber dans des excès dangereux mentalement et physiquement.

Cf l'anorexie dans ce cas-là, négliger sa santé, s'imposer des pénitences hors de l'obéissance, ne pas se soigner.

Qui fait l'ange, fait la bête (Pascal, Pensées)

- L'intempérance (intempérance par excès): Elle consiste à jouir du plaisir sensible plus que de raison (le sensible devient sensuel).

II- Les parties de la Tempérance.

- Parties intégrantes : la Réserve et l'honnêteté.

La Réserve est causée par la crainte de perdre sa dignité (ou sa réputation) dans une action infâmante

L' Honnêteté est le sentiment de l'honneur au regard de sa propre conscience.

- Parties subjectives : l'abstinence et la sobriété par rapport à la nutrition.

L'abstinence (se priver volontairement de biens sensibles, comme la nourriture, en tout ou en partie, en quantité ou en qualité) dont l'acte propre est le jeûne et la sobriété (elle concerne les boissons liquides notamment alcoolisées). Leurs contraires: la gourmandise et l'ébriété.

Ne vous enivrez pas de vin, car il porte à l'inconduite; soyez plutôt remplis de l'Esprit Saint (Ephésiens 5, 18)

Soyons vigilants et restons sobres. Les gens qui dorment, c'est la nuit qu'ils dorment; ceux qui s'enivrent, c'est la nuit qu'ils sont ivres (1 Th 5, 6-7). Dans le choix des ministres de l'Eglise, saint Paul énumère les qualités qui doivent être les leurs (1 Tm 3), notamment la sobriété: ni buveur ni brutal (pour un évêque) (v. 3); les diacres ne doivent pas s'adonner au vin (v. 8); "les femmes ne doivent pas être médisantes, mais sobres et fidèles en tout" (v. 11). A Tite, il rappelle que "le responsable de communauté" (l'épiskopos, l'évêque) ne doit être "ni arrogant, ni coléreux, ni buveur, ni brutal, ni avides de profits..." (Tt 1, 7 + 2, 2-3).

Fratres: sobrii estote et vigilate, quia adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit, quaerens quem devoret, cui resistite fortes in fide. (1 P 5, 8-9).

La chasteté est la vertu de tempérance appliquée aux actes de la sexualité sous l'autorité de la raison.

"La chasteté signifie l'intégration réussie de la sexualité dans la personne et, par là, l'unité intérieure de l'homme dans son être corporel et spirituel (...) La vertu de chasteté comporte donc l'intégrité de la personne et l'intégralité du don." (C.E.C. n° 2337)

La continence (ou chasteté parfaite) est la forme absolue de la chasteté; la chasteté conjugale use de modération ou d'interruption provisoire dans les relations conjugales.

Les vices opposés à la chasteté: la luxure, la masturbation, la fornication, la pornographie, la prostitution, le viol (CEC n°2351-52. Sur la chasteté et l'homosexualité: n° 2357-59).

L'humilité se rattache à la vertu de tempérance car "elle modère le sentiment de notre propre excellence" (l'orgueil, son contraire, est "l'amour désordonné de sa propre excellence").

"Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu?" (1 Co 4, 7)

"Je vous le dis, marchez sous la conduite de l'Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair (cf 1 P 2, 11; 1 Jn 2, 16). "Car les tendances de la chair s'opposent à l'Esprit, et les tendances de l'Esprit s'opposent à la chair. En effet, il y a un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. (...) On sait bien à quelles actions mène la chair: inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l'ai déjà fait: ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l'Esprit: .... Etc."

(Galates 5, 16-22)

La pureté demande la pudeur.

Celle-ci est une partie intégrante de la tempérance. La pudeur préserve l’intimité de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce qui doit être caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes à la dignité des personnes.

La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. (…) La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle se fait discrétion. »

L’Eglise parle d’actualité : « Il existe une pudeur des sentiments aussi bien que du corps. La pudeur proteste, par exemple, contre les explorations voyeuristes du corps humain dans certaines publicités ou contre la sollicitation de certains médias à aller trop loin dans la révélation de confidences intimes. La pudeur inspire une manière de vivre qui permet de résister aux sollicitations de la mode et à la pression des idéologies dominantes. Enseigner la pudeur à des enfants et à des adolescents, c’est éveiller au respect de la personne humaine. (…)

La pureté chrétienne demande une purification du climat social. (…) La pureté de cœur libère de l’érotisme diffus et écarte des spectacles qui favorisent le voyeurisme et l’illusion.

Ce qui est appelé la permissivité des mœurs repose sur une conception erronée de la liberté humaine. (…) La Bonne Nouvelle du Christ rénove constamment la vie et la culture de l’homme déchu… Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité des peuples. Par les richesses d’en haut (…) elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ. »

(Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 2520 à 2527)

Vertus annexes de la Tempérance:

- la continence (provisoire ou perpétuelle: chasteté parfaite)

- la clémence ou la mansuétude (qui s'oppose à la colère et à ses conséquences: l'irritabilité, l'amertume et la rancune). "L'irritable s'emporte sans réflexion pour des motifs futiles; l'homme amer entretient une colère sourde qui, pour être sans éclats, n'en sera que plus prolongée et plus haineuse; le rancunier a soif de vengeance et la calcule au mépris de l'équité." (Sineux, p. 446)

- la modestie auxquelles s'opposent l'appétit des grandeurs, le désir de savoir, le besoin de paraître.

De la modestie découle l'humilité, la studiosité qui tempère la curiosité intellectuelle, la simplicité (langage, vêtement...)

Abbé Christian LAFFARGUE.

Janv. 2015

Publié dans Morale

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