La vertu morale de Prudence

Publié le par Abbé C. Laffargue

Les vertus morales

Une vertu est une disposition durable et ferme, qui nous incline à faire le bien et à éviter le mal.

Les Vertus théologales (Foi, Espérance et Charité) ont Dieu comme objet, elles sont données par Dieu (infuses) en même temps que la grâce sanctifiante, la vie divine (Jn 6, 44-15, 5; Rm 5, 5; 2 Co 3,5; Ph. 1,29).

Les vertus morales ont pour objet les actes humains conformes à la droite raison. Elles peuvent être naturelles (on jeûne pour "la ligne", pour la santé) ou surnaturelles afin que l'esprit domine "sur la chair" (1 Co. 9,27). Elles sont acquises.

Elles ont en commun le juste milieu (in medio stat virtus) entre les excès opposés.

Il existe quatre vertus morales principales ou cardinales (du latin cardo: gond, pivot. Quatre gonds sur lesquelles les autres s'appuient): la prudence, la justice, la force et la tempérance.

La prudence :

Cette vertu morale "dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir" (C.E.C. 1806).

Elle est une recta ratio agibilium (Saint Thomas citant Aristote)

Elle prévoit afin de pourvoir; elle guide le choix et commande l'action (Sineux).

La Prudence affecte et l'intelligence, et la volonté.

L'intelligence est ordonnée au vrai, la volonté au bien. La Prudence précise quel est le vrai bien à chercher ou à accomplir dans un cas déterminé.

Comme toutes les vertus morales, la vertu de Prudence a besoin soit d'être stimulée, soit d'être retenue... C'est une vertu surnaturelle (qui ne répond donc pas aux seuls critères de prudence humaine).

Elle doit s'informer (...) et se former dans le creuset de l'expérience.

La prudence chrétienne est réglée par la foi. Elle réside dans l'intelligence. Elle suppose de réfléchir (sur le passé -l'expérience-, le présent et l'avenir), de consulter (les sages et les expérimentés), d'agir (de décider; l'indécis voit mais n'agit pas).

Pour acquérir la prudence, l'âme s'informe puis elle se forme au creuset de l'expérience. On peut être "prudent" humainement et "imprudent" surnaturellement (cf la crainte trop humaine "de la santé, du manque d'argent, de l'opinion", etc...).

Aux prudents de ce monde ("les sages et les habiles") le Père ne se révèle pas (Mt 11,25).

La prudence surnaturelle règle nos pensées (pour qu'elles ne s'égarent pas en dehors de Dieu), nos intentions (pour qu'elles restent pures), nos affections, notre volonté (pour qu'elle soit fidèle à la volonté de Dieu sur nous et sur les autres).

Il existe diverses espèces de prudence: la prudence individuelle (qui règle sa propre conduite) et la prudence sociale (qui a pour objet la famille et la vie en société: la prudence politique).

Le principe général restant de ramener ses jugements et ses décisions à notre fin dernière: le salut de notre âme, le Ciel (cf. St Ignace de Loyola, Exercices spirituels, "Principe et fondement" n°23 et 1ère annot.)

Le don de conseil – mû par le Saint-Esprit - correspond à la vertu de Prudence.

Au don de Conseil correspond... la béatitude de la Miséricorde: Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde ! (Mt 5, 7) (miséricorde pour soi et pour les autres. Expliquer...)

Les vices opposés: l'imprudence, la précipitation, la témérité, l'inconstance, la négligence.

L'imprudence. L'imprudent néglige la réflexion, le conseil, la délibération..., et peut même en prendre le contre-pied. Il y a aussi la fausse prudence qui singe la vraie mais qui n'a pour but que sa volonté propre déjà fixée, et qui prend seulement l'apparence de la réflexion et de la concertation, "de la prière", pour arriver à ses fins.

La précipitation. Mue généralement par les passions (crainte, orgueil...).

Cf St Ignace de Loyola, Exercices, Règles du discernement des esprits pour la deuxième semaine, 7ème règle (n°335): Le bon ange a coutume de toucher doucement, légèrement et suavement l'âme de ceux qui font chaque jour des progrès dans la vertu: une goutte d'eau qui pénètre une éponge. Le mauvais ange, au contraire, la touche durement, avec bruit et agitation, comme l'eau qui tombe sur la pierre...

La témérité. Qui trop embrasse peu étreint. On abuse de ses forces dans des actions qu'on prétend faire pour Dieu, pour l'Eglise, pour quelque noble et ambitieuse entreprise, mais sans avoir ni sérieusement réfléchi, ni suffisamment prié et pris conseil...

L'inconstance. On change de cap selon les mêmes défaillances; on fonce dans un sens, puis dans un autre, entraînant les autres dans les mêmes aventures (en légitimant tout et son contraire avec la même détermination et la même persuasion). On commence et on ne finit pas, pour entreprendre une autre œuvre et l'abandonner ensuite...

Celui-là seul sera sauvé qui aura persévéré jusqu'à la fin; quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas digne du Royaume de Dieu (Luc 9, 62)

La négligence. La volonté est défaillante. On ne prend pas toutes les précautions, par paresse, pusillanimité, lâcheté.

+ La fausse prudence. Elle met de bons moyens au service d'une fin mauvaise.

La prudence de la chair: primauté est donnée au corps au détriment de l'âme pour lui donner plaisirs et satisfactions d'une façon habile (cf tenues, nourriture et boisson, confort, sensualité...).

La ruse et l'astuce: "La fin justifie les moyens" ou "Tous les moyens sont bons" (au contraire: "On ne doit pas utiliser des moyens mauvais même si la fin est bonne".

Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes (Mt 10, 16 dans la n.t.l.)

Abbé Christian LAFFARGUE.

Sources:

- R. Père SINEUX o.p., "Initiation à la théologie de Saint Thomas", Livre II, chap.2

- A. TANQUEREY, "Précis de théologie ascétique et mystique", Livre II, chap.2

- Catéchisme de l'Eglise Catholique (C.E.C.)

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