La Parole de Dieu: Ecriture et Tradition.

Publié le par Abbé C. Laffargue

"La Parole de Dieu"

Ecriture et Tradition. Et le Verbe (la Parole) s'est fait chair, et il a habité parmi nous (Jean 1, 14)

La Parole de Dieu a le vent en poupe. "Les bibles" se vendent bien. Chacun l'a avec soi et la scrute. Pourtant, elle ne peut être comprise en vérité que si elle est lue à la lumière de la Tradition qui lui est antérieure. Pour faire court, on peut affirmer que "lire la Bible" sans connaître le Catéchisme (cf le Catéchisme de l'Eglise Catholique - C. E. C. - promulgué par le Pape Saint Jean-Paul II le 11 octobre 1992 - qui cite et explique la sainte Ecriture à la lumière de l'Esprit-Saint qui lui a été confié), c'est risquer de tout ramener à un seul des deux canaux de la Révélation, de ne pas comprendre la Parole de Dieu et d'être dans un neo-protestantisme inconscient (cf Luther qui rejetait l'Eglise: sola scriptura= l'Ecriture seule avec un !).

Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Ecriture et le Magistère de l'Eglise, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu'aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l'action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes. (C.E.C. 95)

(Saint) Jean-Paul II, Lettre encyclique Fides et ratio (Foi et raison) du 14 sept. 1998.

N° 55 (...) On rencontre aussi des dangers de repliement sur le fidéisme, qui ne reconnaît pas l'importance de la connaissance rationnelle et du discours philosophique pour l'intelligence de la foi, plus encore pour la possibilité même de croire en Dieu. Une expression aujourd'hui répandue de cette tendance fidéiste est le biblicisme, qui tend à faire de la lecture de l'Ecriture Sainte ou de son exégèse l'unique point de référence véridique. Il arrive ainsi que la parole de Dieu s'identifie avec la seule Ecriture Sainte, rendant vaine de cette manière la doctrine de l'Eglise que le Concile œcuménique Vatican II a confirmée expressément. Après avoir rappelé que la parole de Dieu est présente à la fois dans les textes sacrés et dans la Tradition, (note 73: Conc. Vatican I, Const. dogmat. Dei Filius, nn. 9-10) la Constitution Dei Verbum affirme avec force: La sainte Tradition et la sainte Ecriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu, confié à l'Eglise; en y adhérant, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs ne cesse de rester fidèlement attaché à l'enseignement des Apôtres.(note 74: n°10) Cependant, pour l'Eglise, la sainte Écriture n'est pas la seule référence. En effet, la « règle suprême de sa foi » (75: n°21) lui vient de l'unité que l'Esprit a réalisée entre la sainte Tradition, la sainte Écriture et le Magistère de l'Eglise, en une réciprocité telle que les trois ne peuvent pas subsister de manière indépendante. (76: n°10)

En outre, il ne faut pas sous-estimer le danger inhérent à la volonté de faire découler la vérité de l'Ecriture Sainte de l'application d'une méthodologie unique, oubliant la nécessité d'une exégèse plus large qui permet d'accéder, avec toute l'Eglise, au sens plénier des textes. (...)

D'autres formes de fidéisme latent se reconnaissent au peu de considération accordée à la théologie spéculative, comme aussi au mépris pour la philosophie classique, aux notions desquelles l'intelligence de la foi et les formulations dogmatiques elles-mêmes ont puisé leur terminologie. Le Pape Pie XII de vénérée mémoire a mis en garde contre un tel oubli de la tradition philosophique et contre l'abandon des terminologies traditionnelles. (77: Encycl. Humani generis, 12 août 1950)

(...)

N°85 (...) Dans ce sens, il est tout à fait significatif que, dans le contexte d'aujourd'hui, certains philosophes se fassent les promoteurs de la redécouverte du rôle déterminant de la tradition pour un juste mode de connaissance. En effet, le recours à la tradition n'est pas un simple rappel du passé; il consiste plutôt à reconnaître la validité d'un patrimoine culturel qui appartient à toute l'humanité. On pourrait même dire que c'est nous qui relevons de la tradition et que nous ne pouvons pas en disposer à notre guise. C'est bien le fait d'aller jusqu'aux racines de la tradition qui nous permet d'exprimer aujourd'hui une pensée originale, nouvelle et tournée vers l'avenir. Un tel rappel est encore plus valable pour la théologie. Non seulement parce qu'elle a la Tradition vivante de l'Eglise comme source originelle, (note 104: Conc. Vatican II, const. Dei verbum, n°24 + Décret sur la form. des prêtres n° 16) mais aussi parce que, à cause de cela, elle doit être capable de retrouver la tradition théologique profonde qui a jalonné les époques antérieures, de même que la tradition constante de la philosophie qui, dans son authentique sagesse, a su franchir les limites de l'espace et du temps.

N°86. L'insistance sur la nécessité d'un rapport étroit de continuité entre la réflexion philosophique contemporaine et celle qu'a élaborée la tradition chrétienne tend à prévenir les risques inhérents à certains types de pensée particulièrement répandus aujourd'hui (...)

(Sont dénoncés alors l'éclectisme, l'historicisme au n°87- forme de modernisme condamné par le Pape saint Pie X cité au n°54 -, le scientisme au n°88, le pragmatisme comme refus de la réflexion théorétique ou éthique au n°89 où est mentionnée les votes majoritaires d'assemblées parlementaires décidant du bien et du mal – avec référence à Evangelium vitae, n°69 -, du nihilisme aux nn. 90 et 91).

Benoît XVI: Exhortation apostolique Verbum Domini, du 30 sept. 2010 :

Tradition et Ecriture (n° 17): "C'est la Tradition vivante de l'Eglise qui nous fait comprendre de manière adéquate la Sainte Ecriture comme Parole de Dieu."

(avec citations du Concile Vatican II: Dei verbum nn. 7; 8, 13, 21 et C.E.C. n°102)

Voilà ce qu'écrit Saint Laurent de Brindisi (1559-1619, prêtre et Docteur de l'Eglise) dans un sermon publié dans le bréviaire ("Office des lectures") à sa fête, le 21 juillet :

"La Parole de Dieu est une lumière pour l'intelligence, un feu pour la volonté, afin que l'homme puisse connaître Dieu et l'aimer. Et pour l'homme intérieur, qui vit du Saint-Esprit par la grâce, elle est du pain et de l'eau. Mais du pain plus doux que le miel et le rayon, de l'eau meilleure que le vin et le lait. Elle est, pour l'âme spirituelle, un trésor de mérites, c'est pourquoi elle est appelée or et pierre très précieuse. Contre le cœur obstiné dans ses vices, elle est comme un marteau; contre la chair, le monde et le démon, elle est une épée qui met à mort tout péché."

Ab. L.

Proclamation de l’Evangile :

« Aucune rubrique (liturgique) ne prescrit de tenir le livre élevé à ce moment* – encore moins de le retourner pour faire une « exposition solennelle » du texte imprimé – comme si cet objet fait de main d’hommes était lui-même la Parole. L’usage de reprendre ici comme réponse le chant Alleluia est sans fondement légitime, car la réponse Laus tibi, Christe (Louange à toi, Seigneur Jésus) est spécifiquement et uniquement requise par les rubriques.

(note, 102 : IGMR 2002, nn. 134 et 175 ; OM 2002, n. 16) »

in Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses (Missel romain de 2002)

par André Philippe M. Mutel, o.s.s.m. et Peter Freeman, éd. Artège, Perpignan, 2010 ; p. 104.

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