Heureux le serviteur fidèle... (Refr du psaume 127)

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 16 novembre 2014

33ème dimanche du Temps de l'Année liturgique -A-

LES TEXTES DE LA MESSE

Heureux le serviteur fidèle...

(Refrain du psaume 127)

C'est ce que dit le maître aux serviteurs qui ont fait fructifier les talents* qu'il leur avait confiés avant de partir en voyage, en ajoutant: Entre dans la joie de ton maître (Matthieu 25; 21, 23 – Evangile).

C'est ce que reprend la collecte de la messe: Accordez-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité: car c'est un bonheur durable et profond de servir avec constance le créateur de tout bien.

Ceux qui ont su garder fidèlement – sans se permettre de modifier ou d'édulcorer le précieux dépôt, en matière de Foi par exemple (cf 2 Tm 1,14) – les dons de Dieu, et les ont fait fructifier, entreront dans la joie de leur maître; mais ceux qui enterreront le seul talent qu'il aient reçu risqueront d'être jetés dans les ténèbres extérieures où sont les pleurs et les grincements de dents (Mt 25, 30). Parce que, comme le serviteur de la parabole, ils ont eu peur; ils se sont comportés en serviteurs mauvais et paresseux (vv. 25, 26).

C'est une parabole redoutable. Parce que garder fidèlement les dons de Dieu et les remettre intacts à la fin de sa vie, ce n'est quand même pas si mal, et même rare dans un monde qui fait tout pour nous les arracher et les détruire ! Et bien, ce n'est pas suffisant. Dans la première lettre à Timothée que nous avons citée, saint Paul lui recommande de garder le bon dépôt par l'Esprit-Saint qui habite en nous. Et l'Esprit Saint permet de connaître, d'approfondir la connaissance de Dieu et de Son enseignement, et, de ce fait de L'aimer. C'est donc une vie qui se déploie sans cesse, qui s'enrichit et qui ne peut que se répandre. Ce n'est pas une mise en boite, au coffre, au congélateur ! Notre foi en Dieu n'est pas celle d'un monothéisme rigide, c'est une vie trinitaire, celle du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Un chrétien, un enfant de Dieu n'est pas séparé de Celui en qui il croit: lui sur terre et Dieu au Ciel (en espérant y aller un jour). Dieu a pris chair par le Fils qu'Il a envoyé et est venu habiter dans ceux qui veulent bien offrir leur âme pour demeure (cf Jn 1, 14).

Les théologiens ont parlé de l'inhabitation de Dieu dans nos âmes. C'est bien cela. Dans les derniers moments de Jésus avec ses apôtres, la veille de sa mort, Jésus dira: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure (Jean 14, 23).

On est bien loin de la Foi seule (la sola fide et la sola scriptura de Luther) qui justifierait. Sans l'amour de charité reçu de Dieu dans une âme pure (confessée dira-t-on; d'où les sacrements), "le don de prophétie, la connaissance de tous les mystères, de toute la science, la foi jusqu'à transporter les montagnes, la distribution de ses biens aux pauvres, le don de son corps aux flammes, ne servent à rien", n'est que du vent (un airain qui résonne, une cymbale qui retentit) écrit Saint Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Co 13, 1-3). Faire fructifier les talents, c'est vivre de Dieu, de rayonner Sa présence, c'est combattre le diable, c'est prêcher à temps et à contretemps (2 Tm 4, 2).

L'autre enseignement de la messe de ce dimanche, c'est encore la recommandation de l'apôtre Paul : d'attendre avec vigilance "le jour du Seigneur" (notre mort, quand nous devrons rendre compte de notre âme). De rompre avec l'illusion quand les gens disent: Quelle paix ! Quelle tranquillité ! Le Seigneur viendra comme un voleur (qui n'annonce pas sa venue !). Ne restons pas endormis, mais soyons vigilants et restons sobres (1 Thessaloniciens 5; 2, 3, 6 – IIème lecture). Les chrétiens sont aussi des fils de lumière, des fils du jour. Ils n'appartiennent pas à la nuit et aux ténèbres où les gens dorment (et n'attendent pas Dieu) et où les gens s'enivrent (vv. 5, 7). Dans le verset suivant, hélas non retenu, Saint Paul ajoute – et ce sera notre conclusion :

Mettons la cuirasse de la foi et de la charité, et pour casque l'espérance du salut (v. 8).

Abbé Christian LAFFARGUE.

* Talents: plus de 5.800 francs-or (note de la synopse Osty/Trinquet.

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