Sur un discours chrétien fade et consensuel...

Publié le par Abbé C. Laffargue

Dans le Bulletin dominical du 31 août, nous avions cité le Père Humbrecht, jeune dominicain: "Les catholiques ont absorbé les lois du monde, ils ont appris à se taire, à cacher leur foi et à craindre de la transmettre, y compris entre eux, avec un admirable esprit d'obéissance. Plutôt tout accepter, mais surtout ne pas déplaire aux puissants. Pour rester ouverts, peut-être pour se prouver à soi-même qu'on est encore dans le coup." Et qui dans L'Evangélisation impertinente, "guide du chrétien au pays des postmodernes" (éd. "Parole et Silence", 2012) déplorait Le discours chrétien fade et consensuel (p. 223). Dans ce sens voilà ce qu'écrivaient les docteurs et pères de l'Eglise et que nous (tous les prêtres, diacres et évêques !) avons lu et médité cette semaine :

Doit-on parler ou se taire ?

(pour les évêques, les prêtres, les diacres, prédicateurs et confesseurs !)

Saint Grégoire le Grand (540-604) répond :

"Souvent, des supérieurs, manquant de sagesse et craignant de perdre la bienveillance des hommes, ont peur de dire franchement ce qui est bien; mais selon une parole de la Vérité en personne, ils n'accomplissent plus leur service, qui est de garder le troupeau avec le zèle des pasteurs mais, comme des mercenaires, ils s'enfuient à l'arrivée du loup lorsqu'ils se cachent dans le silence.

C'est pourquoi, le Seigneur les blâme, par la bouche du Prophète, en les traitant de chiens muets, incapables d'aboyer. Et il s'en plaint encore lorsqu'il dit: Vous n'êtes pas montés à l'assaut, vous n'avez pas construit un rempart pour la maison d'Israël, afin de tenir fermes dans le combat. Monter à l'assaut, c'est s'opposer aux puissances de ce monde, par une parole hardie pour défendre le troupeau (…).

Pour un pasteur, craindre de dire ce qui est bien, n'est-ce pas la même chose que de prendre la fuite par son silence ? (…) La parole divine leur reproche d'avoir des visions fausses (= un jugement erroné. Ndlr), parce qu'en craignant de blâmer les fautes ils flattent vainement les coupables en leur promettant la sécurité, et ils ne révèlent pas l'indignité des pécheurs parce qu'ils gardent le silence au lieu de les blâmer. La clé de cette révélation, c'est le discours de réprimande, parce que, en blâmant la faute, on la découvre, alors que souvent elle est ignorée même de son auteur. (…)

Celui qui accède au sacerdoce reçoit l'office du héraut, qui est de proclamer la venue du juge redoutable qui le suit. Si donc le prêtre ne sait pas prêcher, comment criera-t-il, ce héraut muet ?"

(au Bréviaire, matines du dimanche de la 27ème semaine du Temps de l'Année liturgique) (C'est nous qui avons souligné)

Saint Polycarpe de Smyrne (disciple de Saint Jean, † 155):

"Celui qui ne proclame pas le témoignage de la croix appartient au diable. Celui qui déforme les paroles du Seigneur selon ses propres désirs, qui prétend que la résurrection et le jugement n'existent pas, celui-là est le premier-né de Satan."

(au Bréviaire, Office des lectures, mardi de la 26ème semaine du Temps)

+ Ab. L. Publié dans le Bulletin dominical du 5 octobre 2014 +

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