Elle se contentait des miettes.... (cf. Matthieu 15, 27)

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bulletin dominical du 17 août 2014

20ème dimanche du Temps de l'Année liturgique

LES TEXTES DE LA MESSE

Elle se contentait des miettes....

(cf. Matthieu 15, 27 – Evangile)

Jésus s'était retiré dans la région de Tyr et de Sidon (1) et rencontra une Cananéenne. Saint Marc, dans le texte parallèle, précise qu'elle "était grecque (donc païenne), syro-phénicienne d'origine" et "qu'ayant entendu parler de Lui, vint se jeter à ses pieds" (Mc 7, 25-26). Elle criait en disant: Aie pitié de moi, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon (Mt 15, 22). Elle le nomme, elle, la païenne, la non-juive, de son titre messianique. Le Messie devait en effet être de la lignée de David (2). Jésus ne l'accueille pas, il ne lui fait pas de gentillesses, d'amabilités, alors qu'elle est si déférente et qu'elle intervient pour sa fille qui souffre !

Mais il ne lui répondit mot. Les disciples interviennent pour qu'il fasse quelque chose pour elle afin de s'en débarrasser : Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! (v. 23). Quel mystère que l'attitude de Dieu à notre égard ! Pire, il la renvoie, comme avec mépris (le ton, évidemment, devait être tout autre, mais les mots sont les mots...): Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (v. 24) (3) Il éprouve aussi la foi de ses interlocuteurs. Elle vient se prosterner devant Lui et insiste: Seigneur, viens à mon secours ! (v. 25). Cèdera-t-il, se laissera-t-il toucher ? Et bien non, apparemment; et la réponse est plus dure encore: Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens (v. 26) (4).

Elle accepte l'attitude de Jésus, elle ne se révolte pas, elle s'humilie, et, de ce fait, elle a cette réponse, mue par une grâce surnaturelle (5): C'est vrai, Seigneur; mais justement, les petits chiens mangent bien les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres (v. 27).

Par son attitude, sa pédagogie apparemment dure et déroutante, mais "parfaitement maîtrisée" dirait-on aujourd'hui, Jésus a emmené cette femme à la foi. Elle a franchi les obstacles, elle a fait preuve d'humilité, de persévérance et n'a pensé qu'à une chose: que sa fille soit délivrée !

Femme, grande est ta foi, que tout se réalise comme tu le désires ! Et, à l'heure même, sa fille fut guérie. (v.28)

Saint Marc précise: Pour cette parole, va; le démon est sorti de ta fille. (Mc 7, 29)

Quelle leçon pour nous qui, dans l'atmosphère de la société actuelle, réclamons avec impatience ce que nous considérons toujours comme un dû ! Je disais un jour à un paroissien qui ne venait d'ailleurs jamais à l'église et qui réclamait je ne sais quoi, avec critiques: "Mais que faites-vous, vous, pour l'Eglise, pour le diocèse, pour les prêtres ?" Rien, bien-sûr. Il ne faisait rien. Il était dans la revendication et l'opposition de principe... Il n'était pas sur le chemin de la foi. Car la foi, ce n'est pas avoir quelques bases de catéchisme...

Puissions-nous ne réclamer que quelques miettes du festin du Royaume, à cause de notre indignité, mais prions avec une foi humble et sincère le Fils de Dieu, Jésus, fils de David, qu'Il nous délivre de nos démons et que nous trouvions la grâce auprès du Seigneur et l'abondance du rachat (Ps 129, 7 – antienne de communion).

Abbé Christian LAFFARGUE.

(1) Tyr et Sidon: aujourd'hui au sud du Liban. Sidon fut l'antique capitale de la Phénicie.

(2) Cf 2 Sm 7, 12; Ps 89, 4-5; Is 11, 1; Michée 5, 1 + Mt 1; 1, 6; Lc 3, 31; Lc 1, 32; Mt 9, 27; 15, 22; 22, 41-46; etc.

(Note de la synopse Osty/Trinquet à Mt 12, 23).

(3) v. 24: Les apôtres, eux, iront vers les païens, mais après la résurrection de Jésus (Mt 28, 19-20). Saint Paul se dira apôtre des païens (Rm 11, 13 – IIème lecture). La catéchèse de Matthieu, à l'intention des juifs de Jérusalem, insiste sur "Jésus, Messie d'Israël". Cf Mt 10, 6 (Osty, note d)

Jésus indique un ordre de priorité, pas d'exclusive, car Il est venu et est mort pour tous, pour sauver tous les hommes.

(4) Les païens n'étaient, pour les Juifs, que des chiens (et, aujourd'hui, c'est ainsi que sont nommés les non-musulmans, chrétiens et autres. Ab. L.). Image traditionnelle, atténuée par l'expression de Jésus: petits chiens. (Osty, note e)

(5) Grâce: grâce actuelle donnée par Dieu aux âmes de bonne volonté qui sont sur le chemin de la foi ou de la réconciliation avec Dieu, et qui préfigure la grâce sanctifiante ou habituelle reçue au baptême (Ab. L.)

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