Baiser (le) de paix à la Messe (II)

Publié le par Abbé C. Laffargue

Nous avions publié un texte sur "Le baiser de paix à la Messe" dans le Bulletin dominical du 27 avril 2014. Voici quelques précisions et décisions prises le 8 juin dernier par la Congrégation romaine compétente (Culte divin et sacrements) :

"Rome précise le sens du geste de paix de la messe

Alors que son déplacement à un autre moment de la messe était évoqué, la Congrégation pour le culte divin le maintien avant la communion mais entend en corriger les « abus ».

Le geste de paix de la messe restera donc après le Notre Père et avant la fraction du pain. L’idée de le déplacer avait été évoquée lors du Synode des évêques sur l’eucharistie, en octobre 2005 à Rome, à la suite du cardinal Joseph Ratzinger qui, dans son livre de 2001 L’esprit de la liturgie (Ad Solem), regrettait que « l’échange du signe de paix génère une certaine agitation parmi les fidèles ».

Souhaitant « modérer ce geste, qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l’assemblée juste avant la communion », Benoît XVI avait donc demandé dans l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis « d’étudier la possibilité de placer le geste de paix à un autre moment, par exemple avant la présentation des dons à l’autel ».

La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a consulté les conférences épiscopales du monde entier sur le sujet qui, à une large majorité, ont souhaité que le geste de paix ne soit pas déplacé un autre moment de la messe.

LE GESTE DE PAIX N’EST PAS « MÉCANIQUE »

Le dicastère chargé de la liturgie a donc décidé « de conserver dans la liturgie romaine le rite de la paix à son moment traditionnel et de ne pas introduire de changements structurels dans le Missel Romain ».

Néanmoins, dans une circulaire signée le 8 juin dernier par le cardinal Antonio Canizares Llovera, son préfet, et Mgr Arthur Roche, son secrétaire, et approuvée la veille par le pape François, la Congrégation pour le culte a pris quelques dispositions en vue « d’une meilleure expression du signe de la paix et pour en modérer les excès ».

La congrégation rappelle d’abord que le geste de paix n’est pas « mécanique » et que le célébrant peut tout à fait se dispenser d’inviter les fidèles à échanger la paix.

CORRIGER « QUELQUES ABUS »

Plus profondément, la Congrégation pour le culte divin insiste sur le sens profond du geste de paix par lequel l’Église « implore la paix et l’unité pour elle-même et toute la famille humaine et par lequel les fidèles expriment leur communion ecclésiale et leur charité mutuelle ». En clair : il ne s’agit pas de se dire bonjour mais de manifester que « Christ est notre paix, la paix divine ».

Aussi les conférences épiscopales pourront-elles, lors de la publication de la troisième édition typique du Missel romain sur leur territoire, modifier le mode d’échange de la paix, pour « y substituer d’autres gestes » que « les gestes familiers et profanes du salut ».

Surtout, la Congrégation pour le culte divin en profite pour corriger « quelques abus », mettant ainsi en garde contre « l’introduction d’un "chant pour la paix", inexistant pour le rite Romain », le chant étant celui de la fraction (Agnus Dei) qui vient après l’échange du geste de paix.

ORIGINE DANS LA TRADITION APOSTOLIQUE

Autre abus : le déplacement des fidèles pour s’échanger la paix, la Présentation générale du Missel romain soulignant « que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui l’entourent ». De la même manière, il ne convient pas que le prêtre descende de l’autel pour donner la paix aux fidèles ou que, à certaines occasions (mariages, premières communions, obsèques…), l’échange de la paix devienne le moment des félicitations ou des condoléances.

Le geste de paix trouve son origine dans la tradition apostolique (« Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix », saint Paul aux Romains, 16, 16). Aux premiers siècles, ce baiser de paix se donnait avant l’offertoire, en souvenir du commandement du Christ, « Devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Matthieu 5, 24), moment qui a été conservé dans les liturgies orientales.

Dans le rite romain, il est placé avant la communion au IVe siècle, puis après l’Agnus au VIIIe siècle, et finalement réservé aux clercs à partir du XIIIe siècle. La réforme liturgique consécutive à Vatican II en a rétabli l’usage pour tous, le plaçant avant la fraction."

Nicolas Senèze

(in La-croix.com du 1er août 2014) N.B.: C'est nous qui avons mis en gras et souligné. Ab. L.

Commentaire personnel (lecture facultative):

On a lancé des réformes dans l'enthousiasme post-conciliaire (ah ! les délices des révolutions et des "printemps" célébrés par les médias !) sans discernement et sans contrôle. Aussitôt reprises, confisquées et détournées par les modernistes qui, depuis longtemps, attendaient leur heure...

Pourtant, merveilleux baiser de paix liturgique gardé et utilisé par les Eglises d'Orient ! Comme j'en avais été émerveillé au Liban, dans leur simplicité et leur foi, dans les années 80-90 lorsque j'allais donner là-bas les Exercices de Saint Ignace...

Et maintenant, Rome ne sait plus que faire. Elle édicte des restrictions, des commentaires, mais qui les appliquera ?

Je ne connais pas de prêtres qui aiment ces "baisers de paix", tels qu'ils sont pratiqués dans les paroisses françaises. Certains, dont je suis (et j'ai essayé, dans mes premières paroisses, d'introduire le vrai baiser de paix liturgique en l'expliquant... Peine perdue, d'autant que les prêtres du Sanctuaire d'Ars voisin, ignorant tout de la tradition orientale, laissaient leurs ouailles traverser les bancs et les nefs pour se congratuler et épancher leur surcroît d'amour – "L'amour fou" chanterait Françoise Hardy -. La lutte était inégale. L'évêque du diocèse (Belley-Ars), qui, pourtant, l'avait rendu à la foi catholique en vingt cinq ans, quittait, lui, l'autel (ce qui a été interdit) et allait jusqu'au fond des églises pour "toucher la main" (comme on dit dans le midi, pour signifier qu'on a dit bonjour à quelqu'un) des fidèles, de ci, de là. Le saint Sacrement, dans les ciboires, attendait patiemment que l'évêque ou tel célébrant revienne à son poste pour... continuer la Messe et donner la sainte communion !

Bien des prêtres voudraient user de leur liberté de ne pas distraire l'assemblée avant la communion, d'éviter des déplacements intempestifs, le bruit est les murmures engendrés, mais n'osent pas. Car, toujours, la même minorité viendra le leur reprocher, avec véhémence et irrespect, car, dans ce qui fait partie de "l'idéologie conciliaire", ce "baiser de paix", comme "la communion dans la main" est un droit acquis auquel nul ne doit déroger, sous peine de condamnations agressives !

C'est comme "les filles enfants de choeur", Rome l'a permis, sous réserves (non observées) lors du "printemps" précité, et puis n'a su comment faire pour les supprimer. La situation disciplinaire et canonique de cette question est des plus confuse (document à disposition si vous le voulez). Comme c'est une question idéologique (égalitarisme hommes/femmes; accession des femmes au sacerdoce, au moins au diaconat, et autres implications mineures), le mieux est d'éviter tout cela en réservant la service de l'autel aux hommes et, de préférence, aux jeunes.

Quand je suis arrivé dans le diocèse de Belley-Ars en septembre 1995, l'introduction de "filles enfants de choeur" avait vécu et dans le renouveau du diocèse opéré par Mgr Guy Bagnard (fondateur du séminaire d'Ars et de la Société des prêtres de Saint Jean-Marie Vianney), tous mes confrères avaient supprimé ou laisser mourir cette pratique. Ce n'est pas le cas dans d'autres diocèses, très en retard pour leur renouveau.

Puisque nous avons abordé ce sujet, publions cette phrase du document qui fait le point sur la question:

- La discipline générale de l’Église des premiers siècles a été formulée en termes lapidaires par le canon 44 du Concile

de Laodicée, qui date de la fin du IV siècle, et qui a figuré dans presque toutes les collections canoniques d’Orient et d’Occident :

“quod non opporteat ingredi mulieres ad altare” (Il ne convient pas d’autoriser les femmes de s’approcher de l’autel).

Ab. L.

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