Le "baiser de paix" à la messe.

Publié le par Abbé C. Laffargue

Le baiser de paix à la Messe

Les plaintes des fidèles au sujet des "baisers de paix" qu'ils subissent dans les églises sont nombreuses et constantes.

C'est un rite antique, conservé en Orient, et que la réforme liturgique post-conciliaire a voulu remettre à l'honneur. Malheureusement, comme les autres réformes, son interprétation et son application ont été l'occasion de nombreuses dérives. Le Missel romain de 1975 le déclarait facultatif. La Présentation Générale du Missel Romain (P.G.M.R.) de l'édition typique de 2000 précise: Il convient cependant que chacun souhaite la paix d'une manière sobre, et uniquement aux personnes qui l'entourent (n°82, in fine).

Dans l'Instruction Redemptionis sacramentum (25 mars 2004) la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements rappelle la phrase précédente, et précise que s'il faut maintenir l'usage du rite romain de transmettre la paix un peu avant la distribution de la sainte Communion (n°71) le prêtre peut donner la paix aux ministres en restant cependant dans le sanctuaire pour ne pas troubler la célébration (son mode est établi par les Conférences des évêques et confirmé par le Siège apostolique) (n°72).

Dans son Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis du 22 février 2007, le Pape Benoît XVI traite de cette question. Durant le Synode des Evêques sur l'Eucharistie (oct. 2005) il a paru toutefois opportun de modérer ce geste qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l'assemblée juste avant la Communion. Et poursuit: Il est bon de rappeler que la sobriété nécessaire pour maintenir un climat adapté à la célébration, par exemple en limitant l'échange de la paix avec la personne la plus proche. (n°49). Dans une note (n°150) le Saint-Père annonce qu'il va demander aux Dicastères compétents d'étudier la possibilité de placer le geste de paix à un autre moment (de la Messe), par exemple avant la présentation des dons à l'autel (avant l'Offertoire).

Dans son livre "L'esprit de la liturgie" (éd. Ad solem, Genève, 2001, chap. 2, n°6: "Parole et silence"), le Cardinal Ratzinger regrettait que l'échange du signe de paix générait une certaine agitation parmi les fidèles alors qu'un recueillement intérieur était plus que jamais nécessaire avant la communion (p.168).

En Orient, le prêtre baise d'abord l'autel qui représente le Christ (le nouveau rite romain a supprimé ce geste pourtant tellement significatif) et donne la paix à deux servants qui vont la transmettre à chacun des fidèles qui se trouve au bout de la rangée le long de l'allée centrale de la nef. Chacun se salue d'abord d'une inclination de la tête. Celui qui a reçu la paix la transmet à son voisin de la même manière, et ainsi de suite. Celui qui reçoit la paix a les mains jointes, paume contre paume, celui qui la donne les met entre ses mains. On voit bien ici la différence entre un geste liturgique, symbolique et spirituel, dans l'église, et des gestes d'amitié humaine et sensible qui peuvent se faire à l'extérieur.

Dans l'ancien rite romain (dit "de St Pie V", devenu "forme extraordinaire de l'unique rite romain), le prêtre baise aussi l'autel et transmet la paix à ses ministres, diacre et sous-diacre. L'usage de la donner aux fidèles s'était peu à peu perdu, vers le XVIème siècle (cf "Explication des prières et cérémonies de la Messe" du Père Pierre Lebrun, de l'Oratoire, 1716, 5ème partie, art. 7). C'est sans doute ce que les réformateurs du XXème siècle, après le Concile Vatican II, ont voulu reprendre mais avec les errements que l'on connaît. Il faut souhaiter que la manière antique de transmettre la paix (reçue du Christ) reprenne sa place dans l'esprit et la pratique de la tradition liturgique de l'Eglise.

N.B.: Une note (n°80) du Cérémonial des évêques (éd. française, 1997, du texte original romain de 1984) précise quant aux mains jointes: "Quand on dit de tenir les mains jointes, il faut comprendre: avoir les paumes étendues et jointes l'une à l'autre devant la poitrine, le pouce droit posé sur le gauche en forme de croix."

Additif:

de Mgr Malcolm Ranjith, alors secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements:

"On parle beaucoup de participation des fidèles à la liturgie. Mais les fidèles participent-ils davantage si le prêtre célèbre la messe versus populum ou s'il célèbre tourné vers l'autel ("dos au peuple" ndlr) ? En effet, il n'est pas dit que cette participation soit plus active si le prêtre célèbre tourné vers le peuple; il se peut, qu'au contraire, le peuple se distraie ("soit distrait", ndlr). De même, s'agit-il d'une vraie participation, lorsqu'au moment du baiser de paix, on voit se créer une grande confusion dans l'église, avec des prêtres qui arrivent parfois jusque dans les derniers rangs des fidèles pour les saluer ? S'agit-il de la actuosa participatio, souhaitée par le Concile Vatican II, ou simplement d'une grande distraction qui n'aide en rien à suivre avec dévotion la suite de la messe (et qui fait) qu'on en oublie même parfois de dire l'Agnus Dei…?"

(Interview, in "30 jours", n°9, 2006, p.51)

abbé Christian LAFFARGUE

Bulletin paroissial de Tossiat (01250), 29 avril 2007,

et Bulletin dominical du 27 avril 2014

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