Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. (Ps 102/103, str. 3)

Publié le par Abbé Laffargue

Dimanche 23 février 2014, 7ème dimanche de l'Année liturgique (A)

Basilique Notre-Dame de Montligeon Libératrice

Homélie de M. l'abbé Laffargue, chapelain.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit;

ainsi soit-il.

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour.

(Psaume 102/103, strophe 3)

Nous continuons d'entendre "le sermon sur la montagne" du Seigneur Jésus, la suite de celui que nous avons entendu dimanche dernier: à la fois, le rappel des Commandements de Dieu que Jésus recommande de ne violer, ni diminuer, mais à pratiquer et à enseigner (Matthieu 5, 17-19), qu'Il a d'ailleurs durcis (Tu ne tueras pas… Raca…L'adultère > par le regard – L'indissolubilité du mariage qui remplace la répudiation…), puis, dans l'extrait d'aujourd'hui : LE PARDON.

Œil pour œil (Ex, Lv, Dt) > Eh bien, moi je vous dis: ne répondez pas au méchant… Si quelqu'un te gifle… tends-lui l'autre joue (v. 39). Il prescrit d'éviter les procès; "on veut prendre ta tunique, eh bien, donne ton manteau !" – "A qui te demande, donne; à qui veut t'emprunter, prête !"

La loi juive prescrivait d'aimer son prochain: celui de sa communauté, mais pas le païen, l'étranger… Aimer son prochain et haïr son ennemi (haïr: signifie ici aimer moins).

Eh bien, moi, je vous dis: aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux. (vv. 43-45)

En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens…? (46-48)

C'est vraiment sur la Loi de la CHARITE que nous serons jugés.

C'est le don de Dieu par excellence (1 Co 13, 1-8) :

- J'aurais beau parler toutes les langues… Etre prophète… Avoir toute la science des mystères de Dieu… (cf  "les intellectuels", les docteurs…)

  Avoir la foi jusqu'à transporter les montagnes… Distribuer tous mes biens aux pauvres…

  Offrir mon corps aux flammes…

S'il me manque la charité (remplacée par le mot amour dans les bibles réformées), tout cela ne me sert de rien.

Et la suite: "La charité est patiente, bienveillante, elle n'est pas envieuse, elle ne se vante pas, elle ne tient pas compte du mal, elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.

La charité ne passera jamais."

Bien sûr, elle est vécue "en vérité": c'est-à-dire que si elle est bienveillante pour le pécheur, elle ne l'est pas pour le péché. Ce serait de la complicité. Le Christ a haï le péché (qui l'a cloué sur la croix) mais a aimé assez le pécheur pour l'arracher à son, à ses péchés, et l'en délivrer. Et si on aime un pécheur, on ne peut que faire tout pour désigner le mal qui le perd et lui donner assez d'amour pour l'aider puissamment à s'en détacher.

On ne "le coule pas" en rameutant les foules. Foules réduites le plus souvent à une poignée de personnes menées par deux ou trois individus, hérauts, chez les catholiques, de la défense du bien et de "la morale" dont ils brandissent haut les drapeaux gonflés par le vent de leur orgueil). On ne détruit pas leur réputation, dont, souvent, ils risquent de ne jamais pouvoir se relever !

Les paroles du Christ, les paroles de vérité en saint Paul, paraissent une folie aux oreilles des hommes de ce monde; ils sont même révoltants, inacceptables. Mais les jugements des "sages" et des "prudents" de ce monde sont des raisonnements sans valeur écrit Saint Paul aux chrétiens de Corinthe.

(1 Co 3, 18-20 – IIème lecture)

Pourquoi ? Parce que nous n'appartenons pas au monde, à ses raisonnements, à ses maximes individualistes et matérialistes…

Nous n'appartenons à personne, à aucun parti, ni à Paul, ni à Pierre, ni au monde, mais à Dieu - écrit Saint Paul – avec cette belle formule: Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.(22-23)

Et l'amour de charité tel que l'exprime et le demande le Christ dans le sermon sur la Montagne – folie aux yeux des hommes – est possible parce que, par le baptême, par la grâce sanctifiante ou habituelle qu'il confère, nous sommes les temples – les sanctuaires (NTL) de Dieu où habite l'Esprit de Dieu (v. 16). C'est un temple, un sanctuaire, saint et ce sanctuaire, c'est vous écrit toujours Saint Paul.

C'est pour cela qu'on ne peut haïr, se venger, rendre soi-même ce que nous pouvons croire être la justice, défendre une morale sans l'amour qui l'éclaire, la fait comprendre et accepter.

La Foi peut tromper. Pas la charité.

Parce que celui qui prétend avoir la grâce et être pur, mais qui juge, condamne, hait et ne pardonne pas, ne laisse pas le jugement à Dieu.

Celui-là n'est pas le sanctuaire de Dieu, de l'Esprit-Saint, mais du diable.

Il en a la figure grimaçante, la froide violence implacable, le jugement dur et définitif, l'apparence trompeuse, le sourire qui masque une haine satisfaite, l'appétit insatiable du pouvoir possédé, exercé durement, dévoré d'ambition.

Le chrétien c'est celui qui n'est pas identifié au juge, mais au Christ; non plus à celui qui juge au nom du Christ et dont il se persuade qu'il en a reçu le mandat, la mission…

Le Seigneur pardonne toutes tes offenses

et te guérit de toute maladie;

il réclame ta vie à la tombe

et te couronne d'amour et de tendresse.

Le Seigneur est tendresse et pitié,

Lent à la colère et plein d'amour;

il n'agit pas envers nous selon nos fautes,

ne nous rend pas selon nos offenses.

(Psaume 102/103, 2ème et 3ème strophe)

 

N.B.: L'essentiel de ce qui est écrit sera dit, mais à l'oral, certains points du contenu peuvent être développés, d'autres moins, cela dépend du contact entre le prédicateur et l'auditoire, et des grâces qui, sur le moment, orientent dans un sens ou dans un autre…

Publié dans Bulletin dominical

Commenter cet article