De la Messe (extraits) St Claude La Colombière

Publié le par Abbé C. Laffargue

Bienheureux* Claude La Colombière s. j. (1641-1642)

Confesseur de Ste Marguerite-Marie à Paray-le-Monial

Ecrits spirituels

Desclée de Brouwer, éd., Paris, 1962

Collection Christus n°9

* Canonisé par le Pape Jean-Paul II le 31 mai 1992.

Chapitre 13 : De la Messe (extraits)

« Le prêtre n’est que le ministre de l’Eglise, c’est-à-dire de tous ceux qui sont présents à la messe : la victime qu’il immole ne lui appartient qu’en tant qu’il est partie de l’Eglise. C’est à l’Eglise que Jésus-Christ l’a laissée ; c’est l’Eglise qui l’offre et par conséquent tous ceux qui entendent (expression classique d’avant Vatican II qu’il faut traduire par : qui y participent intérieurement. Entendre signifie d’ailleurs comprendre et pas seulement écouter. Ndlr) la messe. Voilà pourquoi entendre la messe et faire profession de christianisme, c’est tout un (…).

Dieu est plus honoré par une seule messe, qu’il ne le saurait être par toutes les autres actions et des anges et des hommes, quelque ferventes et quelque héroïques qu’elles puissent être. Mais qui va à la messe à dessein de rendre à Dieu un honneur si extraordinaire ? Qui pense avec plaisir à la gloire qu’il reçoit de ce sacrifice ? Qui se réjouit d’avoir en main de quoi l’honorer selon ses mérites et sa grandeur ? Qui rend grâces à Jésus-Christ de ce qu’en abolissant tous les autres sacrifices il nous a laissé une hostie que Dieu ne peut ne point agréer, une hostie proportionnée aux bienfaits que nous avons reçus de lui et à ceux que nous pouvons lui demander, une hostie capable d’effacer tous les péchés des hommes ? (…)

Ah ! plût à Dieu que nous connussions bien la valeur du trésor que nous avons entre les mains ! Heureuse, et mille fois heureuse la nation des chrétiens, s’ils savaient profiter de leurs avantages ! Quelle source de toutes sortes de biens ne trouveriez-vous point dans cet adorable sacrifice ! Que de grâces, que de faveurs, que de richesses temporelles et spirituelles pour le corps, pour l’esprit, pour la vie, pour l’éternité ! Mais il faut avouer la vérité : nous ne pensons pas même à nous servir de nos biens, nous ne daignons pas même mettre la main dans le trésor que Jésus-Christ nous a abandonné.

En effet, quelle estime faisons-nous de la messe ? Avec quelles intentions y venons-nous ? Qu’y faisons-nous, quand nous y sommes ? (…)

Après avoir repassé par votre esprit tous ces bienfaits, dites hardiment au Père éternel : Seigneur, voilà ce que j’ai reçu de vous. Mais voyez cette hostie, ce Corps divin, ce précieux Sang, ce sacrifice adorable : voilà ce que je vous rends pour tant de bienfaits. Mais que puis-je vous rendre, mon adorable Maître, vous qui m’avez donné de quoi reconnaître si libéralement les bienfaits de votre Père, de quoi expier tous mes péchés ? (…)

Vous avez des enfants indociles, libertins, débauchés ; ils vous font sécher de douleur ; ils n’ont ni piété envers Dieu, ni respect pour leur mère, ni obéissance pour vous ; ils vous donnent tous les jours mille déplaisirs ; ils vous font passer la vie en larmes et en douleur. Peut-être bien que c’est votre faute : vous avez eu trop de complaisance pour eux ; vous n’avez pas veillé dès le commencement sur leur conduite ; vous avez entièrement négligé leur éducation ; vous les avez demandés à Dieu avec trop d’empressement ; mais passe, le mal est fait, il faut y apporter le remède. Demandez à Dieu qu’il réforme votre ouvrage, qu’il répare ce que vous avez gâté, qu’il change le cœur de ce fils ; et, afin qu’il ne puisse vous refuser cette grâce, offrez-lui la victime non sanglante qui est immolée sur l’autel. Il ne peut se faire qu’il vous refuse. Vous êtes colère, impatient, emporté ; vous ne pouvez vous défaire de mille méchantes habitudes qui vous tyrannisent ; vous voyez bien que si vous y mourez (=que si vous mourez dans cet état. Ndlr), vous êtes damné : demandez à Dieu qu’il vous en délivre.

Vos péchés, vos rechutes, vos faiblesses vous font de la peine : vous désireriez bien de vous corriger, de surmonter cette répugnance, cette tiédeur, de rompre cette petite attache qui est l’unique chose qui vous retient à la terre ; il y a un an, il y’en a dix que vous combattez contre une imagination, contre un atome, contre je ne sais quoi qui vous empêche d’être tout à Dieu et de jouir de cette paix qui accompagne un cœur tout à fait libre, tout à fait pur. (…)

Avez-vous demandé ces choses à Dieu ? Combien avez-vous offert de messes à Dieu pour l’obtenir ? (…)

Lui avez-vous offert pour prix de ces grâces le sang d’un Dieu, la vie d’un Dieu, la victime que vous avez entre les mains ? Entendez-vous tous les jours la messe pour l’obtenir ? (…)

Saint Hippolyte, martyr, rapporté par saint Jérôme (références en note. Ndlr), décrivant ce qui arrivera en ces derniers temps, dit que les églises seront dans un deuil extrême, parce qu’il ne s’y fera point de sacrifice. On n’aura nulle part, ni le Corps, ni le Sang de Jésus-Christ ; la messe sera abolie, et ce ne sera pour lors que le monde finira et qu’il sera jugé. Mais tandis que cet Agneau innocent sera immolé sur nos autels, cela ne saurait arriver. (…)

Quel malheur que nous ayons au milieu de nous un trésor immense et inépuisable, et que faute de le connaître nous vivions dans l’indigence ; que nous ayons en notre pouvoir un remède à toutes sortes de maux, un arbre de vie qui peut nous communiquer non seulement la santé, mais l’immortalité même, et que cependant nous soyons accablés d’infirmités, que nous vivions d’une vie languissante, que nous mourions tous les jours de la plus funeste de toutes les morts !

La messe est ce remède universel, cet arbre de vie, ce riche trésor ; il appartient à chacun de nous ; il ne tient qu’à nous d’y mettre la main et de nous enrichir de la manière du monde la plus aisée ; et cependant je m’aperçois, et je m’en aperçois avec un regret extrême, qu’on méprise ce trésor, qu’on ne daigne pas en profiter. Il y’a apparence (=il apparaît, il semble bien. Ndlr) que le grand nombre de messes qu’on célèbre, tous les jours et en tous lieux dans l’Eglise, est la cause du peu de cas que quelques-uns font de ce mystère, et qu’ainsi il arrive que la libéralité de notre Dieu, qui devrait augmenter notre reconnaissance, fait un effet tout contraire et nous porte à l’ingratitude. (…)

Nous sommes dans une indigence extrême de toutes sortes de biens, nous avons besoin de secours extraordinaires pour vivre, pour vivre commodément, pour vivre tranquillement, pour vivre chrétiennement, enfin pour mourir saintement et pour passer de cette vie à une meilleure. Où prendre de quoi acquitter tant de dettes, de quoi fournir tant de besoins ? La messe nous fournit abondamment de quoi acquitter toutes ces dettes et de quoi satisfaire à tous ces besoins.

Lorsque Jésus-Christ mourut, il satisfit pour nos péchés. Mais cette satisfaction n’eut pas son effet pour lors, puisque nous n’étions pas encore au monde. Elle nous est appliquée tous les jours par le renouvellement qui se fait de sa mort à l’autel. Quand vous êtes à la messe, il se fait pour vous ce qui se fit sur le Calvaire pour ceux qui étaient présents, si vous voulez en profiter.

(Sacrifice sanglant sur l’autel de la Croix, offert une fois pour toutes ; contenu et immolé de manière non sanglante sur l’autel de la messe qui le perpétue pour nous en appliquer les fruits : cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1367 et 1363-1366. Ndlr)

(…) A la croix, il n’y eut que peu de gens qui en profitèrent ; de même ici. Si nous y allions dans cet esprit, cela nous vaudrait plus que toutes les pénitences ; nous y expierions tous nos péchés ; je ne puis croire qu’il pût y avoir de purgatoire pour nous. Mais hélas ! que je crains au contraire qu’elle ne nous soit l’occasion d’un long et rigoureux purgatoire, à cause de notre tiédeur, de la manière que nous nous y comportons !

(…) C’est pour cela que Jésus-Christ, voyant que nous n’avions rien par quoi nous puissions témoigner à Dieu notre gratitude, s’est donné lui-même à nous et se donne à nous tous les jours, afin que, recevant tous les jours de nouveaux bienfaits, nous puissions tous les jours en remercier Dieu dignement. Et cette action de grâces n’est pas un vain complément ; c’est une reconnaissance effective, plus grand que si vous lui donniez tous les empires du monde. Mais qui pense à cela ?

(…) D’où vient que les passions nous tyrannisent, que les mauvaises habitudes nous tiennent comme enchaînés, que l’un est importuné par des pensées impures, l’autre par des tentations contre la foi ; que la colère et l’impatience en replongent tous les jours quelques uns dans des emportements fâcheux dont ils se repentent un moment après ; que la douleur en accable d’autres et les porte jusqu’au désespoir ? (…)

Avez-vous demandé cela à la messe ? Combien de fois l’avez-vous entendue à cette intention ? Me persuaderez-vous que Dieu, pour un si grand prix, vous ait refusé si peu de chose ? Qu’il ait fait si peu de cas du sang, de la vie de son Fils ? Qu’il n’ait pas cru qu’elle valait bien cette grâce, cette vertu, ce bien temporel ou spirituel que vous souhaitiez ou pour vous ou pour quelque autre ? Non, je ne le croirai jamais, et je suis sûr que vous-même vous ne le croyez pas. Qu’est-ce donc ? C’est que vous négligez d’assister à la messe et de représenter à Dieu, pendant ce précieux temps de salut et d’acceptation, vous manquez, dis-je, de représenter pour lors vos misères à Dieu et de lui demander les grâces que vous souhaitez. » Fin du chapitre. Ab. L.

(Publié dans les Bulletins dominicaux de septembre 2013)

 

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