De l’irrévérence dans les églises (St Claude La Colombière)

Publié le par Abbé Laffargue

Bienheureux* Claude La Colombière s. j. (1641-1642)

Confesseur de Ste Marguerite-Marie à Paray-le-Monial

Ecrits spirituels

Desclée de Brouwer, éd., Paris, 1962

Collection Christus n°9

* Canonisé par le Pape Jean-Paul II le 31 mai 1992.

Chapitre 14 : De l’irrévérence dans les églises

(extraits)

   « Pour rendre saint quelque lieu que ce puisse être, il suffit qu’il soit destiné à honorer Dieu : du moment qu’il a été solennellement consacré à cet usage, il devient vénérable aux anges, terrible aux démons.

Tout ce que la naissance du Fils de Dieu communiqua de sainteté à l’étable de Béthléem, tout ce que son sang en communiqua au Calvaire et son corps mort, au sépulcre, tout cela se trouve aux églises des chrétiens. Et si, lorsque j’y entre, lorsque j’approche des autels, je ne me sens pas pénétré de cette sainte frayeur dont on est saisi aux approches des plus saints lieux ; si je ne suis pas touché des mêmes sentiments, qui font couler de si douces larmes des yeux de ceux qui ont le bonheur de voir la crèche où Jésus naquit ; si je ne sens pas ces transports d’amour et de joie en adorant la montagne où le même Dieu fut crucifié, ou en baisant les vestiges qu’il laissa imprimés en montant au ciel, ce n’est que faute de foi ou faute d’attention.

C’est dans nos églises, dans ce tabernacle que repose le corps du Sauveur. Il ne fut que neuf mois au sein de Marie, que quarante jours dans l’étable, que trois heures sur la croix, que trois jours dans le sépulcre ; et il est toujours dans nos églises. C’est pour cela qu’elles ne se désemplissent point d’anges, d’archanges, de séraphins qui ne cessent de l’adorer. Ils l’adorent avec des respects et des humiliations (= des actes d’humilité) qui nous confondraient étrangement, si nous pouvions les apercevoir.

Nos églises, si on peut parler de la sorte, sont comme une annexe (ont dit aussi : l’antichambre. Ndlr) du paradis ; le Créateur y est adoré, le Sauveur ressuscité y trouve un corps et une âme, les esprits célestes y font leur séjour et y jouissent du même bonheur qu’on goûte au-dessus du firmament.

C’est ce lieu adorable que nos libertins choisissent pour exercer la coquetterie, pour produire leur orgueil, pour étaler leur vanité et leur insolence. Si nous avions un peu de foi, remarque saint Chrysostome, oserions-nous y paraître après avoir commis en secret des crimes que nous y venons commettre à la face du ciel à la face du ciel et de la terre ?

Que venez-vous faire à l’église, mauvais catholique ? Venez-vous pour rendre vos respects à Dieu et pour confesser humblement que vous n’êtes qu’un vil esclave, qu’un peu de poussière, que vous n’êtes rien en sa présence ? On dirait, au contraire, à voir le soin que vous avez pris de vous parer, on dirait, à voir l’air dont vous entrez en ce lieu, que vous êtes la divinité du temple, que vous prétendez débaucher (=soustraire, détourner. Ndlr) à Dieu ses adorateurs et vous attirer leur culte aussi bien que leurs regards. Est-ce pour reconnaître votre indigence, pour lui demander quelque grâce que vous y venez ? (…)

Saint Justin, martyr (+258. Ndlr), dit que les païens de son temps gardaient un silence opiniâtre, ce sont ses termes, dans leurs temples, qu’ils mettaient un voile sur le visage pour s’empêcher d’être divertis, par aucun objet, de l’attention qu’ils apportaient à leurs prières. Ces infidèles nous feront quelque jour notre procès ; ils s’élèveront contre nous, au jugement, pour demander justice de notre peu de religion. (…)

Par vos immodesties nous donnons sujet de penser que nous ne croyons pas : c’est un témoignage que nous rendons contre la vérité de notre foi. (…)

Vous allez à l’église et vous croyez que cela suffit pour paraître catholique ! Vous allez à l’église, il est vrai ; mais si vous alliez dans les mosquées des Turcs et que vous y commettiez les mêmes irrévérences, vous vous exposeriez à être lapidé par ces infidèles. Les huguenots (Protestants français. Ndlr) y sont allés, au siècle passé, dans les églises, mais pour les piller, pour les profaner, pour enfermer l’entrée aux catholiques. Voilà à peu près ce qu’y font les catholiques immodestes ; ils y vont pour décrier les plus saintes cérémonies. (…)

Les sacrilèges des hérétiques ne pouvaient tout au plus qu’empêcher l’exercice de notre religion, au lieu que les autres travaillent à l’éteindre dans les esprits. (…)

Les églises, dit saint Jean de Damas (Docteur de l’Eglise, +749. Ndlr), sont comme des ports que Dieu a établis dans les villes. Aujourd’hui il n’y a plus de sûreté même dans ces ports, et c’est en vain qu’on y vient chercher le calme après les agitations que causent les soucis et les affaires du monde. (…)

En effet, disent-ils (« les religionnaires » : de « la religion réformée » ou « protestants ». Ndlr), vous croyez, vous, que Jésus-Christ est dieu et homme tout ensemble, qu’il est le Roi de gloire, qu’il est votre Maître et votre Juge ; et vous le traitez si indignement ! Si vous croyiez en effet qu’il fût dans vos tabernacles, vous qui entendez si bien les règles du devoir et de l’honnêteté civile (…), si vous croyiez, dis-je, ce que vous nous dites, oseriez-vous perdre ainsi tout respect (dus) à votre Dieu ? Nous n’avons que du mépris pour vos sacrements, et ne nous apprenez-vous pas vous-mêmes à les mépriser ? N’êtes-vous pas bien injustes de nous traiter d’hérétiques, si nous n’avons point de foi pour la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, qui est presque le seul point qui nous divise ? Mais n’êtes-vous pas bien impies, si vous en êtes persuadés (en vous comportant comme si vous n’y croyiez pas. Ndlr) ? (…)

Que prétendez-vous, libertine, avec ces ajustements et ces nudités ? (…) »

Saint Claude La Colombière dénonce « ses frères chrétiens pires que les démons qui tendent des pièges aux âmes par leur luxe et leur peu de modestie et qui osent coquetter (usent de coquetterie) dans l’église ». C’était un grand défaut (fléau ?) à son époque. Aujourd’hui, il faudrait plutôt se scandaliser par le laisser-aller immodeste, dans l’autre sens, des catholiques pratiquants eux-mêmes qui entrent dans les églises à moitié habillés : des hommes en « bermudas » poitrines viriles à l’air, hirsutes (non rasés) ; des femmes étroitement moulées dans des pantalons qui ne laissent rien ignorer des « dessous ». Et quand tout ce beau (?) monde se courbe (les inclinations profondes étant prévues dans la liturgie) c’est encore un autre spectacle ! Le prêtre qui vous parle se doit de rester pudique et respectueux bien que ses frères (et sœurs) catholiques ne le sont guère, et que la société actuelle a dépassé toutes les limites de l’immoralité qui s’étale et qui règne. Il lui démange d’être encore plus clair et précis, mais restons-en là et entendons le confesseur de Sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial parler plusieurs fois en matière de tenue vestimentaire de crimes et de meurtres ! Ab. L.

Publié dans les Bulletins dominicaux des 6 et 20 octobre 2013.

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