Le Respect humain (d'après le Père Carvajal)

Publié le par Abbé Laffargue

 LE RESPECT HUMAIN (d'après le Père Carvajal)

 

Il est défini, en français, comme la crainte grave du jugement d'autrui (Larousse) ou encore comme la crainte du jugement des autres, qui conduit à éviter certaines attitudes (Petit Robert).

De quoi s'agit-il pour un chrétien ?

Celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (Mt 10, 33)

Si nous Le renions, Lui aussi nous reniera (2 Tm 2, 12)

 

"1-Le courage de suivre le Christ dans toutes les circonstances:

(…) Le Maître demande à ses disciples le même détachement  face aux jugements favorables ou défavorables. Les chrétiens sont invités à faire tout leur possible pour mener une vie droite et réussir professionnellement et socialement, car cela fait partie de la dignité humaine et peut tellement aider leur apostolat dans le monde !

Mais cette conduite peut heurter ceux qui s'opposent à la morale chrétienne ou même certains croyants embourgeoisés (mondains). Le Seigneur peut même demander, dans des circonstances extraordinaires, de renoncer à cette réussite humaine et à la vie même. (…)

Il faut apprendre à repousser la crainte de paraître choquant si, parce qu'on vit comme disciple du Christ, notre conduite est mal interprétée ou même réprouvée. Celui qui, par respect humain, cacherait sa condition de chrétien dans un milieu hostile, mériterait ces paroles de Jésus: Celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (Mt 10, 33).

Le Seigneur nous apprend ainsi que la confession de la foi, avec toutes ses conséquences et dans tous les milieux, est partie intégrante de la mission de ses disciples. (…)

Ainsi se comportèrent les Apôtres, qui se montrèrent si fermes face aux abus du sanhédrin et aux persécutions des païens, convaincus que la doctrine de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, amis pour ceux qui se sauvent, pour nous, elle est force divine (1 Cor 1, 18). Saint Paul, qui n'eut jamais honte de l'Evangile, écrivait à son disciple Timothée: Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de pondération. N'aie donc pas honte de rendre témoignage à Notre Seigneur (2 Tm 1, 7-8).

 

2- La vertu de force* aide à vaincre le respect humain:

(…) D'ordinaire, il ne s'agit pas de souffrir de grandes violences physiques pour la cause de l'Evangile, mais plutôt de supporter des médisances et des calomnies, des sourires moqueurs, des discriminations (on constate une vigilance médiatique puissante quant aux "communautés" et aux autres religions, mais toujours au détriment de la religion catholique envers laquelle on peut tout se permettre) dans le travail, la perte d'avantages matériels ou d'amitiés plus ou moins superficielles… En famille ou avec des amis, il faudra parfois une bonne dose de sérénité et de force surnaturelle pour maintenir une conduite cohérente avec la foi. Dans ces situations inconfortables, la tentation se présente de choisir un chemin plus facile et d'éviter aux autres un mouvement de refus ou d'incompréhension, au prix de céder là où un chrétien ne peut pas céder.

Il peut se glisser dans l'âme l'idée qu'il ne faut pas perdre d'amis, qu'il ne faut pas fermer des portes qu'il sera peut-être nécessaire d'ouvrir plus tard… C'est alors que la tentation se manifeste de se laisser aller au respect humain, de cacher sa propre identité… (…) Le respect humain est souvent une conséquence de la commodité, de ne pas vouloir passer un mauvais moment, du désir de toujours plaire ou de ne pas se distinguer à l'intérieur d'un groupe.

Or, le Seigneur attend justement peut-être que nous nous distinguions sans acrimonie, que nous soyons cohérents avec la foi et l'amour que nous portons dans le cœur, que nous exprimions nos convictions les plus profondes, par le silence, par quelques mots, par un geste ou par une attitude… (…)

La crainte du qu'en-dira-t-on est un des principaux obstacles qui se présentent sur e chemin de celui qui commence à suivre le Christ. Sais-tu – demande le saint curé d'Ars – quelle est la première tentation que le démon présente à une personne qui a commencé à mieux servir Dieu ? C'est le respect humain (sermon sur les tentations).

* Cf. Bulletin paroissial de Tossiat du 12 août 2012, "La vertu de force". Ndlr.

 

3- Les hommes ont besoin du témoignage clair d'une vie clairement chrétienne:

 

(…) Il arrive d'entendre parler d'un article de journal "courageux" parce qu'il attaque le magistère du Pape, parce qu'il défend l'avortement ou les contraceptifs… Mais ce qui est courageux à notre époque, n'est-ce pas précisément de défendre l'autorité du Souverain Pontife, de défendre le droit à la vie depuis la conception, d'avoir, si telle est la volonté de Dieu, une famille nombreuse ou de défendre l'indissolubilité du mariage ? Combien de cœurs qui doutaient ont été fortifiés un jour par une conduite pleine de douceur et de fermeté !

Il est urgent de demander à Dieu "l'audace propre aux enfants de Dieu" pour vaincre la crainte, pour ne pas permettre sans réagir que dans la vie sociale on ignore le Seigneur, que des hommes sectaires le rejettent dans le domaine de la conscience individuelle… à cause de l'inefficacité de ceux qui ont eu peur.

Saint Pierre lui-même, après avoir été confirmé à la tête de l'Eglise, et avoir reçu le Saint-Esprit, est tombé de haut à cause du respect humain, de concessions indues à un environnement adverse (cf le triple reniement de Pierre au soir du Vendredi-saint in Jn 18, 17-27 et //). Saint Paul le lui reprochera avec fermeté et loyauté (cf. "L'incident d'Antioche" in Gal 2, 11-14). (…)

Le Seigneur nous donne l'exemple de la conduite à suivre, puisqu'il savait, depuis ce jour à Nazareth, que beaucoup ne seraient pas d'accord avec lui. Il n'a jamais agi par respect humain; car une seule chose était importante pour lui: accomplir la volonté du Père. Par exemple en guérissant le samedi (jour du sabbat), tout en sachant qu'on le surveillait pour voir s'il guérissait ce jour-là (Mc 3, 2). Dans tout son ministère, que ce soit dans ses paroles ou ses actes, on ne le voit jamais hésiter, rester indécis, et moins encore, revenir sur ses pas. (cf. Que votre langage soit: oui, oui; non, non: Mt 5, 37 et Puisque tu es tiède, je te vomirai de ma bouche: Ap 3, 15-16)

 

Demandons aujourd'hui à Jésus cette fermeté pour nous guider toujours et en toute circonstance par la volonté de Dieu et non par la volonté des hommes, si souvent changeante et capricieuse."

François  Carvajal, "Parler avec Dieu, méditation pour chaque jour de l'année", tome VI du Temps ordinaire, vendredi de la 17ème semaine (éd. Le Laurier pour l'édition française, Paris, 1995.

N. B.: Sauf pour les citations des textes de le Sainte Ecriture et du saint Curé d'Ars qui sont en notes dans le livre, les textes entre parenthèses sont de notre fait. Ab. L.

(Publié dans le Bulletin paroissial de Tossiat des 2 et 16 septembre 2012)

Le courage face au diktat des opinions (Mgr Guy Bagnard, Messe d'adieux en la co-cathédrale Notre-Dame de Bourg-en-Bresse, dimanche 2 septembre 2012)

" Je ne suis pas étonné que le pape actuel signale le courage comme la principale qualité d’un évêque, un courage qui, dit-il, est particulièrement nécessaire pour "ne pas se plier au diktat des opinions", un courage qui permet "d’agir selon la connaissance intérieure, même si elle apporte des contrariétés." (Lumière du monde p. 117). Etre courageux veut dire : rester libre ; ne pas céder à la peur. Le Curé d’Ars disait de la peur qu’elle est l’arme du démon. "Dieu ne fait pas peur !" Or, dans le jeu des relations humaines, la peur se glisse imperceptiblement, plus qu’on ne veut bien le dire. Peur de perdre l’estime de ses Proches ; peur d’être tenu à distance dans son environnement ; peur d’être suspecté ; peur de ne pas être reconnu dans la Presse ! Peur de perdre sa tranquillité, etc. Vu les désagréments auxquels donne lieu une parole claire, la peur peut devenir le fil rouge secret de notre conduite et le ressort subtil de nos décisions.

La recherche du consensus - qui en soi est une noble préoccupation - peut très vite tomber dans la compromission. Il est possible, en effet, de s’arranger pour que tout le monde se sente compris, grâce à un langage qui a perdu ses arêtes et qui permet les interprétations les plus diverses. A la Pentecôte, tout le monde se comprenait, mais une même action de grâce montait des coeurs, et la gloire de Dieu en sortait grandie. Aujourd’hui, Dieu est plutôt rangé sur un strapontin !"

 

"Nous manquons de courage public. Nous avons pris l'habitude de tout approuver, de nous taire, de disparaître. Ne pas faire de vagues semble parfois le principe  premier de ceux qui ont reçu mission de l'Eglise. Certes, nous ouvrons enfin un œil et commençons à balbutier, mais quarante ans trop tard…"

P. Thierry-Dominique Humbrecht, dominicain (o.p.) dans Famille chrétienne  du 1er au 7 sept., p. 10 dans le dossier "Mariage" homosexuel : Le débat interdit.

 

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