Force d'âme (le don de)

Publié le par Abbé Laffargue

Le don de Force d'âme

par le P. François Carvajal

(Parler avec Dieu, méditation pour chaque jour de l'année, III-Pâques, mercredi de la 7ème semaine de Pâques)

éd. Le Laurier, Paris, 1993 pour l'édition française.

 

"1- Le Saint-Esprit donne à l'âme la force nécessaire pour pratiquer les vertus.

 

L'histoire du peuple d'Israël manifeste la protection continuelle de Dieu. La mission de ceux qui devaient le guider et le protéger jusqu'à la Terre promise dépassait leurs forces et leurs possibilités. Quand Moïse expose au Seigneur son inaptitude à se présenter au Pharaon pour libérer les Israélites d'Egypte, le Seigneur lui dit: Je serai avec toi (Exode 3, 12). Cette aide divine est garantie aussi aux Prophètes et à tous ceux qui reçoivent une mission particulière. Dans leurs cantiques d'action de grâces, ils manifestent toujours avoir pu mener à bien leur tâche grâce à la force d'âme qu'ils ont reçue d'en haut. Les psaumes ne cessent d'exalter la force protectrice de Dieu: Yahweh est le rocher d'Israël , sa force et sa sécurité.

Le Seigneur promet aux apôtres, colonnes de l'Eglise, qu'ils seront revêtus par le Saint-Esprit de la force d'en haut (Luc 24, 49). Le Paraclet lui-même assistera l'Eglise et chacun de ses membres jusqu'à le fin des siècles. La vertu surnaturelle de force, l'aide spécifique de Dieu, est indispensable au chrétien pour surmonter les obstacles qui se présentent à lui dans sa lutte intérieure, pour aimer davantage le Seigneur et accomplir ses devoirs. Cette vertu est perfectionnée par le don de force d'âme, qui rend les actes prompts et faciles.

Chacun de nous peut dire avec Saint Paul: Je peux tout en celui qui me fortifie (Philippiens 4, 13). Sous l'action du Saint-Esprit, le chrétien se sent capable des actions les plus difficiles et de supporter, par amour de Dieu, les épreuves les plus dures. L'âme, grâce à ce don, ne met pas sa confiance en ses propres efforts, car, si elle est humble, elle a conscience de sa propre faiblesse et de son incapacité à mener à bien la tâche de sa sanctification et la mission que le Seigneur lui confie. Mais elle entend le Seigneur lui dire, tout particulièrement aux moments difficiles: Je serai avec toi. Alors elle ose dire: Si Dieu est avec nous, qui peut être contre nous ? (…) Qui nous séparera de l'amour du Christ ? Tribulation, angoisse, persécution, faim, nudité, péril, glaive ? (…) Mais en tout cela nous sommes plus que vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés; car je suis convaincu que ni mort, ni vie, ni anges, ni Principautés, ni présent, ni futur, ni Puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni rien d'autre de créé ne pourra nous séparer de l'amour que Dieu a pour nous dans le Christ Jésus notre Seigneur (Romains 8, 31-39). Voilà un cri de force et d'optimisme qui s'appuie en Dieu.

Si le Paraclet prend possession de notre vie, notre confiance n'aura pas de limites. Nous comprenons alors d'une manière plus profonde que le Seigneur choisit ce qui est faible, ce qui pour le monde est sans naissance et méprisable (…), afin que nul être ne se glorifie devant Dieu (Mt 5, 6). Il ne demande à ses enfants que la bonne volonté de faire tout leur possible pour réaliser en eux des merveilles de grâce et de miséricorde. Rien ne paraît alors trop difficile, car nous attendons tout de Dieu. Nous ne mettons absolument pas notre confiance en l'un ou l'autre des moyens humains utilisés, mais en la grâce du Seigneur. L'esprit de force communique à l'âme une énergie renouvelée devant les obstacles intérieurs ou extérieurs, et la rend à même de pratiquer les vertus dans son milieu et dans ses occupations.

 

2- L'héroïsme dans les petites choses.

 

La Tradition associe le don de force d'âme à la faim et soif de justice (Mt 5, 6). (…) Ce don produit dans l'âme docile à l'Esprit Saint un désir toujours plus grand de sainteté que les obstacles et les difficultés n'affaiblissent pas. Saint Thomas dit que nous devons désirer cette sainteté de telle manière, sans jamais être satisfaits en cette vie, comme l'avare n'est jamais satisfaits (Commentaire sur St Mattieu 5, 2).

L'exemple des saints nous invite à être de plus en plus fidèles à Dieu au milieu de nos obligations, à l'aimer d'autant plus que les difficultés rencontrées sont plus grandes, sans laisser le découragement prendre corps devant le manque éventuel de moyens d'apostolat ou le constat d'une absence de progrès, au moins apparent, dans la vie intérieure ou dans l'apostolat. Sainte Thérèse a écrit: Il est très important, tout à fait important, d'avoir une grande et très forte détermination de ne pas s'arrêter jusqu'à arriver à elle (la sainteté), quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, quoi qu'il faille travailler, même s'il y a des murmures, même si l'on atteint notre but ou que l'on meure en chemin ou que l'on n'ait pas le cœur à faire les travaux qu'il y a sur ce chemin, même si le monde s'écroule (Chemin de la perfection 21, 2).

La vertu de force, perfectionnée par le dondu Saint-Esprit, nous permet de surmonter les obstacles rencontrés sur le chemin de la sainteté, mais elle ne supprime pas la faiblesse de la nature humaine, la crainte du danger, la peur de la douleur, la fatigue… Le fort peut connaître la peur, mais il la surmonte grâce à l'amour. C'est parce qu'il aime, que le chrétien est capable d'affronter les plus grands risques, alors même que sa sensibilité ressent de la répugnance, au début, tant que dure l'épreuve ou tant qu'il n'a pas obtenu ce qu'il aime.

Cette vertu peut nous amener à donner notre vie en témoignage de la foi si le Seigneur le demande. Le martyr est l'acte suprême de la force d'âme. Dieu l'a demandé à de nombreux fidèles tout au long de l'histoire de l'Eglise. Les martyrs ont été, et sont toujours, la couronne de l'Eglise, une preuve supplémentaire de son origine divine et de sa sainteté. Chaque chrétien devrait être disposé à donner sa vie pour le Christ si les circonstances l'exigent. Le Saint-Esprit lui communiquerait alors les forces et le courage nécessaires pour affronter l'épreuve suprême.

D'ordinaire, cependant, il attend de nous l'héroïsme dans les petites choses, dans l'accomplissement quotidien de nos devoirs. Nous avons besoin du don de force pour vaincre, chaque jour, dans de petites choses: caprices, égoïsme et commodité… Savons-nous faire preuve de fermeté face à une ambiance souvent hostile à la doctrine de Jésus-Christ, pour vaincre le respect humain et donner un témoignage simple mais éloquent du Seigneur, comme l'ont fait les Apôtres ?

 

3- Le don de force d'âme dans la vie ordinaire.

 

Le don de force d'âme est une grande aide pour surmonter la résistance à accomplir les devoirs qui coûtent, pour affronter les obstacles ordinaires de toute existence, pour accepter avec patience la maladie quand elle arrive, pour persévérer dans notre tâche quotidienne, pour être constants dans l'apostolat, pour supporter l'adversité avec sérénité et un esprit surnaturel.

Autres fruits du don de force: avoir la force intérieure qui donne la facilité de s'oublier soi-même et d'être plus attentif aux autres, mortifier le désir d'attirer l'attention, servir les autres sans le faire remarquer, vaincre l'impatience, ne pas toujours ressasser ses propres problèmes et ses difficultés, ne pas se plaindre devant la difficulté ou le manque de bien-être, mortifier l'imagination en repoussant les pensées inutiles…

La force d'âme dans l'apostolat se manifeste dans le fait de parler de Dieu sans crainte, de se comporter toujours en bons chrétiens, sans crainte de se heurter à une ambiance paganisée, pratiquer la correction fraternelle quand il le faut… Force d'âme pour accomplir efficacement le devoir: en apportant une aide inconditionnelle à qui dépend de nous, sachant exiger avec amabilité et fermeté… Le don de force se transforme ainsi en un grand recours contre le laisser-aller et l'embourgeoisement.

Les difficultés sont une occasion exceptionnelle pour que le don de force se consolide. (…)

Le sacrement de confirmation nous a fortifiés pour que nous luttions comme soldats du Christ (2 Timothée 2, 3. Prends ta part de souffrance comme un bon soldat du Christ Jésus. Ndlr). La communion – aliment pour être forts (cf. St Augustin, Confessions 7, 10) – restaure nos énergies; le sacrement de pénitence nous fortifie contre le péché et les tentations. Dans le sacrement des malades, le Seigneur apporte une aide pour la dernière bataille, celle où se décide l'éternité pour toujours.

Demandons à Marie, que nous saluons maintenant comme "Regina coeli", de nous obtenir le don de la force, à chaque moment de notre vie et à l'heure de la mort (Jean-Paul II, Angelus du 14 mai 1989)."

Ab. L. (Bulletins paroissiaux de Tossiat, juillet 2012)

 

Publié dans Spiritualité

Commenter cet article