La joie de la Résurrection (Fr. Carvajal)

Publié le par Abbé Laffargue

La joie de la Résurrection (François Carvajal, Méditation pour chaque jour de l'année,

            éd. Le Laurier, Paris, 1993, vol. III: Pâques) extraits

 

I- "La joie caractérise toute l'année liturgique puisqu'elle est une montée vers Pâques, mais se ravive ces jours-ci où les baptisés en célèbrent la cause: leur libération du péché et de la mort éternelle, par la mort et la Résurrection du Christ. La fête de Pâques nous a rappelé notre naissance surnaturelle par le baptême; nous sommes fils de Dieu invités à vivre éternellement avec lui ! Dieu – écrit Saint Paul – nous a fait revivre avec le Christ (…) et nous a ressuscités avec lui (Ephésiens 2, 5-6). (…)

Les évangélistes attestent que les apôtres se réjouirent chaque fois qu'ils virent le Seigneur. Joie de le voir, mais aussi de le savoir vivant et d'être à ses côtés.

La vraie joie ne dépend pas du bien-être matériel, de la satisfaction des besoins, de l'absence de difficultés, de la santé… Son secret est ailleurs, elle a son origine dans le Christ, dans l'amour que Dieu a pour nous et dans notre réponse à cet amour, dans cette promesse du Seigneur: "Je vous donnerai une joie que personne ne pourra vous enlever (Jean 16, 22); rien ni personne: ni la douleur, ni la calomnie, ni l'abandon, ni les faiblesses personnelles… Rien ne pourra l'ébranler si vous restez près de moi."

 

II- La liturgie du Temps pascal répète inlassablement: Réjouissez-vous, ne perdez jamais la paix, servez le Seigneur avec joie (Psaume 99, 2). "C'est l'éternelle histoire: tout dépend du point de mire. Laetetur cor quaerentium Dominum ! lorsque l'on cherche le Seigneur, le cœur déborde toujours de joie." (1)

Rappelle-toi: dans la dernière Cène, le Seigneur n'a pas caché aux apôtres les contradictions qui les attendaient mais leur a promis que leur tristesse se transformerait en joie: Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et cette joie que vous aurez, nul ne pourra vous la ravir (Jn 16, 22). Ces paroles leur étaient alors probablement incompréhensibles mais s'accomplirent en ces jours qui suivirent la Résurrection. Peu de temps après, ceux qui jusqu'alors avaient été lâches sortirent du sanhédrin heureux d'avoir soufferts pour leur Seigneur (Actes des apôtres 5, 40).

C'est dans l'amour de Dieu notre Père, dans l'amour des autres, et dans l'oubli de soi qui en résulte, que se trouve l'origine de la joie chrétienne; cette joie qui anime celui qui suit le Christ de près. "Tu n'es pas joyeux ? Dis-toi: il y a un obstacle entre Dieu et moi. Presque toujours tu toucheras juste." (2) Et devant ce mauvais symptôme, cherche le remède sans tarder !

La Révélation et l'expérience s'accordent pour confirmer que c'est l'éloignement de Dieu qui trouble la conscience et ronge ce don si vital de la joie. Si tu cherches le Seigneur dans ton travail et tes occupations quotidiennes, si tu mortifies l'égoïsme et ses caprices, tu resteras sensible aux choses de Dieu et soucieux de rendre la vie aimable aux autres. Cette lutte intérieure, qui donne à l'âme l'extraordinaire jeunesse d'esprit des enfants de Dieu, t'assurera la joie et la paix.

Si par malheur tu te sépares de Dieu, pense à l'enfant prodigue (Luc 15, 11-32), et avec la grâce de Dieu, reviens à lui le cœur contrit. Comme le raconte la parabole, ce retour est toujours l'occasion d'une grande fête; joie au Ciel et dans ton âme.

S'il faut lutter pour reconquérir sans cesse la joie et l'optimisme, c'est parce que la tristesse, qui est stérile, affaiblit l'âme et la laisse à la merci de toutes les tentations. En plus, la joie est un puissant stimulant pour les autres, vertu apostolique par excellence; quand la tristesse obscurcit l'ambiance et finit par être pernicieuse.

 

III- La joie est en plus une manifestation de charité, une expression de l'amour de Dieu. Elle réchauffe les cœurs blessés, arides et anxieux. L'exemple des premiers chrétiens en témoigne (…).

Voilà ce que furent les premiers chrétiens et ce que nous devons être, nous, les chrétiens d'aujourd'hui: des semeurs de paix et de joie, de la paix et de la joie que le Christ nous a apportées (3).

Bien sûr, nos proches doivent être les premiers bénéficiaires de cette joie que le Christ nous donne ! Seigneur, aide-moi à rendre mon foyer lumineux et joyeux, à en faire un lieu qui ne soit jamais médiocre, triste, étouffé par les tensions, l'incompréhension et l'égoïsme. (…)

Enfin, le joie nous est nécessaire à nous aussi, car, dit Saint Thomas, sans elle nul ne peut grandir en vie intérieure: Quiconque veut progresser dans la vie spirituelle a besoin d'avoir la joie (4).

La tristesse laisse sans force (…)

Achevons notre prière en pensant à la Très Sainte Vierge, "ouverte sans réserve à la joie de la Résurrection (…). Elle récapitule toutes les joies, vit la joie parfaite promise à l'Eglise. Mater plena sanctae laetitiae; et, avec raison, ses fils sur la terre, tournant leurs yaux vers la mère de l'espérance et la mère de la grâce, l'invoquent comme cause de leur joie: Causa nostrae laetitiae.' (4)


(1): St J.-M. Escriva, Sillon, n°72.  (2): op. cit. Chemin, n°662  (3): op. cit. Quand le Christ passe, n°30

(4): Paul VI, exhort. apost. Gaudete in Domino, 9 mai 1975, IV.

 ab. L. Pâques 2012

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