Les cinq plaies de la liturgie (Mgr A. Schneider)

Publié le par Abbé Laffargue

Les cinq plaies de la liturgie (Mgr A. Schneider)

Dans une conférence du 15 janvier 2012 à Paris, l'évêque auxiliaire de Karaganda au Kazakhstan (république du, au nord de l'Asie centrale et en partie en Europe orientale, de 15 millions 500.000 habitants) a fait part de ses constats et analyses de la situation actuelle dans l'Eglise latine. Voici quelques extraits:

"Le Fils de Dieu est venu sur cette terre pour expier et racheter le plus grand péché, le péché par excellence de l'humanité qui consiste dans le refus d'adorer Dieu, dans le refus de lui réserver la première place, la place d'honneur (…). L'homme pécheur veut en effet s mettre au centre, tant à l'intérieur de l'église que lors de la célébration eucharistique; il veut être vu, il veut être remarqué. (…) Il y a un certain nombre d'aspects concrets dans la pratique liturgique dominante actuelle, dans le rite ordinaire, qui représentent une rupture véritable avec la pratique liturgique constante depuis plus d'un millénaire. Il s'agit des cinq usages liturgiques suivants, que l'on peut désigner comme étant les cinq plaies du corps mystique liturgique du Christ. Il s'agit de plaies, car elles représentent une violente rupture avec le passé, car elles mettent moins l'accent sur le caractère sacrificiel de la messe pour mettre en avant le banquet. Elles ne sont pas prévues dans la forme ordinaire du rite de la messe, mais ont été introduites par la pratique d'une mode déplorable. 1- (L'orientation vers le Seigneur) La première plaie, et la plus évidente, est la célébration du Sacrifice de la messe où le prêtre célèbre le visage tourné vers les fidèles, notamment lors de la prière eucharistique et de la consécration, le moment le plus haut et le plus sacré de l'adoration due à Dieu. Cette forme extérieure correspond plus par nature à la façon dont on fait cours ou dont on partage un repas. Cette forme, le concile Vatican II ne l'a pas souhaitée le moins du monde et elle n'a jamais été recommandée par le magistère des Papes post-conciliaires. Le Pape Benoît XVI écrit dans sa préface au premier tome de ses œuvres complètes: L'idée que le prêtre et l'assemblée doivent se regarder lors de la prière est née chez les modernes et elle est totalement étrangère à la chrétienté traditionnelle. Le prêtre et l'assemblée ne s'adressent pas mutuellement une prière, c'est au Seigneur qu'ils s'adressent. C'est pourquoi ils regardent dans la même direction: soit vers l'est comme étant le symbole cosmique du retour du Seigneur, ou alors, là où cela n'est pas possible, vers une image du Christ située dans l'abside, vers une croix ou tout simplement ensemble vers le haut."(citations de Vatican II et des textes en vigueur) 2- La deuxième plaie est la communion dans la main répandue pratiquement partout dans le monde. Non seulement, cette façon de recevoir la communion n'a été évoquée en aucune manière par les Pères conciliaires de Vatican II, mais bel et bien introduite par un certain nombre d'évêques en désobéissance au Saint-Siège et dans le mépris du vote négatif en 1968 de la majorité du corps épiscopal. Ce n'est qu'après, que le Pape Paul VI l'a légitimée sous conditions particulières et à contre-cœur (*) Le pape Benoît XVI, depuis la fête du Saint-Sacrement, ne distribue plus la communion qu'à des fidèles à genoux et sur la langue, et cela, non seulement à Rome, mais aussi dans toutes les Eglises locales auxquelles il rend visite. Par là, il donne à l'Eglise tout entière un exemple clair du magistère pratique en matière liturgique. (…) 

(*) L'Instruction Memoriale Domini de la Congrégation pour le Culte divin du 29 mai 1969, approuvée par le Pape Paul VI (qui l'avait mandatée, après consultation des évêques du monde entier), avait statué que cette façon de distribuer la sainte Communion ("où le ministre lui-même dépose le pain consacré sur la langue du communiant" cf. n°7) doit être conservée, non seulement  parce qu'elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu'elle exprime la révérence des fidèles envers l'Eucharistie. (n°8). Suivent les conditions restrictives essayant de restreindre et de canaliser un usage répandu par la force (les prêtres ayant obligé les fidèles à faire ainsi "au nom du Concile") et dans la désobéissance. Ab. L.

3- Le troisième plaie, ce sont les nouvelles prières de l'offertoire. Elles sont une création entièrement nouvelle et n'ont jamais été en usage dans l'Eglise. Elles expriment moins l'évocation du mystère du sacrifice de la croix que celle d'un banquet, rappelant les prières du repas sabbatique juif. Dans la tradition plus que millénaire de l'Eglise d'Occident et d'Orient, les prières de l'offertoire ont toujours été axées expressément sur le mystère du sacrifice de la croix (cf. p. ex. Paul Tirot, Histoire des prières d'offertoire dans la liturgie romaine du VIIème au XVIème siècles, Rome, C.L.V., 1985) (…)

4- La quatrième plaie est la disparition totale du latin dans l'immense majorité des célébrations eucharistiques de la forme ordinaire dans la totalité des pays catholiques. C'est là une infraction directe contre les décisions de Vatican II." (Pour mieux exprimer l'unité et l'universalité de l'Eglise, je voudrais recommander ce qui a été suggéré par le synode des Evêques, en harmonie avec les directives du Concile Vatican II: (S.C. 36 et 54) excepté les lectures, l'homélie et la prière des fidèles, il est bon que ces célébrations (internationales) soient en langue latine; et donc que soient récitées en latin les prières les plus connues de la tradition de l'Eglise et éventuellement que soient exécutés des pièces de chant grégorien (Exhortation apost. Post-synod., Sacramentum caritatis, 2007).  

L'Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d'ailleurs, doit occuper la première place. (Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie , 1963, n°116.) Le Code de Droit canon demande que les séminaristes ne soient pas seulement instruits de leur langue maternelle, mais aussi sachent bien la langue latine(Can. 249) Ndlr.

5- La cinquième plaie est l'exercice de services liturgiques de lecteur et d'acolyte par des femmes, ainsi que l'exercice de ces mêmes services en habit civil en pénétrant dans le chœur pendant la sainte messe directement depuis l'espace réservé aux fidèles. (…) Le deuxième concile de Nicée interdisait déjà, en 787, de telles pratiques en édictant ce canon: Si quelqu'un n'est pas ordonné, il ne lui est pas permis de faire la lecture depuis l'ambon pendant la sainte liturgie (can. 14)." (…)

Conclusion: "Personne ne peut évangéliser s'il n'a pas d'abord adoré, voire même s'il n'adore pas en permanence et ne donne pas à Dieu, le Christ Eucharistie, la vraie priorité dans la façon de célébrer et dans toute sa vie. En effet, pour reprendre les mots du cardinal Joseph Ratzinger: C'est dans la manière de traiter la liturgie que se décide l sort de la foi et de l'Eglise."

Ab. L.

in "L'Homme Nouveau", n°1511 du 11 février 2012, pages 4 à 8.

cf. http://reunicatho.free.fr/

 

 

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