Soljenitsyne et la Révolution française

Publié le par Abbé Laffargue

 

A propos de l'article sur "le 14 juillet" (bulletin du 10 juillet 2011):

 

"Merci pour votre courage et votre fidélité ! Bonne continuation au service de l'Eglise du Christ ! Que Dieu vous garde précieusement !" (courriel de l'Ain)

 

D'un confrère du diocèse: "Cher Monsieur l'abbé,

 

Votre excellente mise au point sur le 14 juillet me fait penser au discours de Soljenitsyne aux Lucs-sur-Boulogne, en 1993 dont je vous joins le texte au cas où vous ne l'auriez pas déjà. (…) "


 

En voici des extraits :

 

"Longtemps, on a refusé d'entendre et d'accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, de ceux que l'on brûlait vifs, des paysans d'une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite et que cette même révolution opprima et humilia jusqu'à la dernière extrémité."

 

"C'est le XXème siècle qui a considérablement terni, aux yeux de l'humanité, l'auréole romantique qui entourait la révolution au XVIIIème. De demi-siècles en siècles, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, de que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu'elles ruinent le cours naturel de la vie, qu'elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires. Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont causes de mort innombrables, d'une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d'une dégradation durable de la population."

 

"Désormais, nous comprenons toujours mieux que l'effet social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d'un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes, sans sauvagerie généralisée. II faut savoir améliorer avec patience ce que nous offre chaque aujourd'hui. II serait bien vain d'espérer que la révolution puisse régénérer la nature humaine. C'est ce que votre révolution, et plus particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient tellement espéré."

 

"La Révolution française s'est déroulée au nom d'un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité*. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s'exclure mutuellement, sont antagoniques l'une de l'autre! La liberté détruit l'égalité sociale - c'est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l'égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n'est pas de leur famille. Ce n'est qu'un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d'ordre spirituel."

 

"En inaugurant aujourd'hui le mémorial de votre héroïque Vendée, ma vue se dédouble. Je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe aux déferlements de la horde communiste. Nous avons traversé ensemble avec vous le XXème siècle. De part en part un siècle de terreur, effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au XVIIIème siècle. Aujourd'hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée."

 

Alexandre Soljenitsyne* aux Lucs-sur-Boulogne, pour l'inauguration du Mémorial de Vendée, le samedi 25 septembre 1993.


 

* 1918-2008. Prix Nobel de littérature (1970) pour La roue rouge. Auteur du célèbre L'archipel du goulag (1973)

*Certains pourraient être choqués par cette mise en cause politiquement blasphématoire de la devise de la République française (et de Haïti) formulée pour la première fois par Robespierre en 1790. Mais quand on sépare les idéaux et les valeurs de leur source: Dieu et Dieu révélé en Jésus-Christ qui a fait la civilisation chrétienne, on n'a plus que des mots, des slogans, qui couvrent toutes les erreurs et les injustices.

"Liberté": moyen ou fin ? Est-ce que agir contre le bien de son corps et le bien de son âme, c'est être (encore) libre ? Ou, en d'autres termes, est-on libre de faire le bien et le mal ? Qui donne la référence du Bien et du Mal ? Le loi de la nature créée par Dieu Créateur dont l'homme dépend, ou, la loi ? "Est moral ce qui est légal" disent les politiques et les sondages. "La démocratie" étant à leurs yeux la référence et la règle absolues, c'est donc un mouvement d'opinion et d'opinions, restreint ou étendu, qui va établir le droit de vie ou de mort pour les corps et pour les âmes (cf l'avortement, l'euthanasie, la pornographie, etc. etc.). Et on pourrait continuer avec l'Egalité et la Fraternité, termes nobles et beaux, mais qui recouvrent quoi ? Quand on a renié ou tué son père on ne peut réellement plus être frères… Ab. L.

P.S.: On n'exclue ici aucun des régimes politiques dont les peuples, légitimement, désirent se doter: monarchie (sous bien des formes), aristocratie politique, républiques, etc. L'Eglise  n'impose rien. Elle demande seulement que s'il faut rendre à César ce qui est à César, il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 21), c'est-à-dire que les principes de la vie morale naturelle soient sauvegardés et que la liberté religieuse soit garantie. (Cf.  Catéchisme nn. 1901, etc ; 2237, etc.)

 

 

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