Révélations, apparitions, messages...

Publié le par Abbé Laffargue

Les révélations privées

On nous interroge souvent sur "les révélations privées" ou sur des "apparitions" (de la Sainte Vierge notamment) accompagnées de "messages".

Sous apparence de bien, l'ange mauvais, qui se transforme en ange de lumière (Cf. Galates 1,8), entre dans les sentiments de l'âme pieuse et finit par lui inspirer les siens propres (Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, Règles du Discernement des esprits, 2ème Semaine, 4ème règle, n°332).

Voici quelques principes de Foi qui aideront à ne pas tomber dans les pièges de l'ange de lumière.

Quand on parle de "révélations privées", il faut se rappeler que la Révélation, qui constitue le dépôt de la foi, est tout entière contenue dans ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a laissé à l'Eglise et qu'elle est close à la mort de l'apôtre Saint Jean, dont le dernier livre est l'Apocalypse.

C'est le Christ qui est venu parfaire, accomplir, "finir" pourrait-on dire, la Révélation de Dieu aux hommes commencée auprès d'Adam et Eve, à Moïse (Je suis Celui qui suis, Exode 3,14) jusqu'au Messie annoncé par les prophètes(cf. Jésus aux pèlerins d'Emmaüs, Luc 24,27). Il a fait connaître le Père (Jean 1,18)et Il dit à Philippe: Qui m'a vu a vu le Père (Jean 14,9; 12,45).

Cette Révélation, achevée, close, parfaite dans le Fils, où est-elle contenue ?

Dans deux lieux, deux sources: l'Ecriture sainte et la Tradition. Le Concile de Trente (IVème session) donne la liste des Livres saints, de l'Ancien au Nouveau Testament, de la Genèse écrite par Moïse, à l'Apocalypse écrite par Saint Jean (La Foi catholique, Dumeige, éd. Orante, 1975, n°150 et 151).

Le Concile Vatican Ier (3ème session), reprenant le Concile de Trente (op. cit. n°148) précise bien : "Selon la Foi de l'Eglise universelle, cette révélation surnaturelle est contenue dans les livres écrits et dans les traditions non écrites qui, reçues par les Apôtres de la bouche même du Christ, ou transmises comme de main en main par les Apôtres sous la dictée de l'Esprit-Saint, sont parvenues jusqu'à nous" (F.C. n°155).

C'est à "notre Mère la sainte Eglise à qui il appartient de juger du sens et de l'interprétation véritables des saintes Ecritures (…) et à personne d'autre."(F.C. n° 157)

Nous venons de le lire: la Révélation surnaturelle est tout entière contenue dans l'Ecriture sainte (de la Genèse à l'Apocalypse) et dans la Tradition qui nous relate aussi ce que le Christ a révélé.

On peut lire avec fruit la Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine du Concile Vatican II qui déclare (mais il faudrait tout citer):Le Christ est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (n°2); aucune révélation publique n'est à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ (cf. 1 Tm 6,14 et Tite 2,13) (n°4);cette Tradition qui vient des apôtres se poursuit dans l'Eglise (référence au Conc. Vatican I…) sous l'assistance du Saint-Esprit (n°8); la sainte Tradition et la Sainte Ecriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu, confié à l'Eglise (…), magistère vivant qui, seul, a la charge de l'interpréter de façon authentique, au nom de Jésus-Christ. (n°9)

Tradition (écrite ou orale) de Foi divine révélée, bien différente des traditions spirituelles ou humaines.

Exemple de tradition (divine) orale: les paroles de la consécration (telles que nous les avons dans la première Prière eucharistique ou Canon romain).

Saint Basile dit ceci: Qui nous a laissé par écrit les paroles qui servent à la consécration de l'Eucharistie ?

Car nous ne nous contentons pas des paroles qui nous sont rapportées par l'Apôtre et par l'Evangile; mais nous y en ajoutons d'autres, devant et après, comme ayant beaucoup de force pour les mystères, lesquelles nous n'avons apprises que de cette doctrine non écrite." (1)

Le Père Lebrun, de l'Oratoire (= 1729) qui cite ce texte de St Basile, dit aussi en commentant les paroles de l'Institution et de la consécration de l'Eucharistie:Ces mots ("entre ses mains saintes et vénérables") ne sont pas dans l'Evangile; mais ils sont dans les liturgies de Saint Jacques, de Saint Basile, de Saint Chrysostome et des Constitutions apostoliques (…). Tout n'est pas écrit dans l'Evangile. Saint Paul cite des paroles (Actes 20) et des actions (1 Cor 15) de Jésus-Christ, que l'Evangile ne rapporte point. Ceux qui avaient conversé avec les apôtres ont connu une partie des choses qui n'étaient pas écrites. Ainsi, nous pouvons apprendre de la Tradition et du canon (de la Messe) que Jésus-Christ éleva les yeux au Ciel (avant de consacrer, le Jeudi-saint) (2)

Tout ce qui peut être révélé par Dieu postérieurement ne fait que confirmer, expliquer, préciser ou redire ce que l'Eglise sait déjà, ce qui est déjà contenu dans le précieux dépôt.

C'est pour cela que l'Eglise n'impose jamais comme doctrine de foi les révélations privées, même si elle les a reconnues; en général, "négativement": comme ne comportant pas d'erreur doctrinale et comme ne venant pas du démon. En effet, on ne lit ni n'entend le Pape, dans ses écrits notamment, dire: "la Vierge Marie, a dit ceci ou a dit cela". A Lourdes, le dogme de l'Immaculée conception (révélé à Bernadette Soubirous, qui l'en pressait, par "la Belle dame": "Je suis l'Immaculée conception" en patois gascon) avait été défini quatre ans auparavant par le Pape Pie IX, par son Magistère infaillible, comme puisé dans la Tradition.

Ces interventions de la Vierge Marie, mandatée par Dieu, comme à Pontmain, La Salette, Fatima, etc. sont très importantes et doivent être accueillies avec ferveur, docilité, amour de Dieu et de Marie, mais elles ne sont pas "articles de Foi". Même si notre piété mariale peut en être choquée, on peut, strictement ne pas y croire, ne pas aller en pèlerinage, et être quand même sauvé. Evidemment, ces apparitions reconnues sont faites pour encourager notre foi, notre piété, notre désir de sanctification, et ce serait un peu présomptueux que de les ignorer ou de les mépriser, mais elles ne sont pas indispensables.

L'Imitation de Jésus-Christ dit bien: Il en est peu qui se sanctifient par de fréquents pèlerinages (L. I, n°23, 4)

Ces apparitions, révélations, ressortent du sensible, du visible, de l'imaginaire. Elles peuvent être utiles et voulues par Dieu pour nous réveiller, nous avertir, nous affermir dans la foi. Mais elles ne sont pas indispensables. Dieu les permet par miséricorde, voyant ses brebis manquant quelquefois de tout et aux prises avec de grandes souffrances, de grands besoins spirituels qui ne sont pas satisfaits par les moyens ordinaires.

Tout ce qui est sensible, imaginaire, subjectif peut être un grave danger car c'est un terrain de prédilection pour le démon.

Dans La montée du Carmel (et dans bien d'autres écrits), Saint Jean de la Croix, docteur de l'Eglise, met en garde contre l'action du démon en cette matière: Quant à ce genre de révélations, le démon peut s'y entremettre(introduire) beaucoup. Comme cette sorte de révélation se fait ordinairement par paroles, figures et ressemblances, etc…, le démon en peut bien faire autant (…). S'il nous était révélé quelque chose de nouveau touchant la foi, il n'y faudrait aucunement consentir, même si nous avions l'évidence que celui qui nous le dit est un ange du Ciel. Saint Jean de la Croix cite alors Saint Paul:Si nous-même ou un ange venu du Ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème ! (Gal 1,8-9).

Et tant le danger d'être abusé de bonne foi est grand, le saint Docteur ajoute:L'âme pure, avisée, simple et humble doit résister aux révélations et autres visions, avec autant de force et de soin qu'aux plus dangereuses tentations. Pour s'unir à Dieu dans l'Amour il vaut mieux ne pas les vouloir ni les désirer

("La montée du Carmel", L. II, chap. 27).

Ce n'est pas parce que certains voient des prodiges, appelés précipitamment "miracles", qu'ils sont de Dieu.

Saint Pierre eut fort à faire avec Simon le magicien qui exerçait la magie et jetait le peuple de Samarie dans l'émerveillement. Tous, du plus petit au plus grand, s'attachaient à lui (…) parce qu'il y avait longtemps qu'il les tenait émerveillés par ses sortilèges (Actes des Apôtres 8, 9-11).

Saint Ignace de Loyola dans ses "Règles de discernement des esprits" écrit ceci: C'est le propre de l'ange mauvais, lorsqu'il se transforme en ange de lumière, d'entrer d'abord dans les sentiments de l'âme pieuse et de finir par lui inspirer les siens propres. Ainsi il commence par suggérer à cette âme des pensées bonnes et saintes, conformes à ses dispositions vertueuses; mais bientôt, peu à peu, il tâche de l'attirer dans ses pièges secrets, et de la faire consentir à ses coupables desseins. (Exercices spirituels, 2ème semaine, 4èmerègle, n°332)

Dans son commentaire des règles du Discernement des esprits (5ème règle), le grand prédicateur des Exercices, le Père Barrielle (c.p.c.r., +1983) donne cet exemple: "Une religieuse qui s'appelait Madeleine de la Croix, au début du siècle de sainte Thérèse d'Avila, trompait toute l'Espagne: s'élevant en l'air, l'hostie partant des mains du prêtre venait se poser sur sa langue. A certains jours elle avait des stigmates, des sueurs de sang. Elle avait annoncé que François 1er avait été battu à Pavie, etc. D'où enthousiasme ! Peuple, curés, évêques, empereur, impératrice, tout le monde la vénérait et venait la consulter. Un visiteur apostolique fut envoyé par Rome (…) La voyante, "la sainte" finit par lui avouer qu'étant jeune bergère elle avait donné son âme au démon afin qu'il lui fasse faire des prodiges. Et la chose durait depuis trente ans !" (Editions St Gabriel, Martigny, 1979, p.56)

Sœur Josefa Menendez (1890-1923), religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, eut des apparitions constantes du Sacré-Cœur au convent des Feuillants à Poitiers. Elle raconte dans son livre Un appel à l'amour que le démon prenait parfois l'apparence de Notre-Seigneur. Pour mieux la séduire il se transformait en ange de lumière. Sur les conseils de son Père spirituel, elle renouvelait à chaque apparition son vœu de virginité. Quand l'apparition était le démon, ne pouvant le supporter, elle disparaissait soudain en blasphémant ! (Ed. Apostolat de la prière, Toulouse, 1969, p.199).

Des jeunes filles de Lourdes avaient elles aussi "des apparitions de la Sainte Vierge" dans la grotte de Massabielle peu après celles de Bernadette. On s'y serait trompé ! Mais elles étaient fausses. On en comptera une cinquantaine début juillet 1858 (cf. abbé René Laurentin, Documents authentiques, tome 2, pp. 56-87, éd. Lethielleux, Paris, 1957-1966). Le démon singe toujours les œuvres de Dieu.

Quand les apparitions ou visions sont vraies, il ne faut pas croire que tout en elles est de Dieu. Le début peut l'être, pas forcément le reste (cf. St Ignace, Disc. des esprits, 5è et 6è règles de la IIème S.).

Et les fidèles pieux, abusés par le début qui est authentique, ne voient pas que les choses ont viré et ils accordent le même crédit à tout ce que dit ou fait "le voyant ou la voyante". Le démon s'est infiltré et on ne l'a pas remarqué. C'est pour cela que ceux qui sont favorisés de grâces spéciales doivent absolument avoir un directeur spirituel sûr et éclairé. S'ils n'en ont pas, c'est suspect et dangereux. Pour le choisir, il faut ni "un apparitioniste", ni un prêtre qui nie tout fait de ce genre et qui est a priori contre toutes les apparitions de la Sainte Vierge, même reconnues.

Pour la première catégorie, Saint Jean de la Croix met en garde contre les Pères spirituels enclins à l'esprit de révélations et de visions et qui vont communiquer cet esprit à ceux qu'ils dirigent (Montée du Carmel, L. II, ch. 18). Pour la seconde catégorie, Sainte Thérèse d'Avila, elle aussi Docteur de l'Eglise, s'est souvent plainte d'avoir trouvé sur sa route des prêtres pieux et "saints" mais qui n'entendaient rien aux choses de l'oraison, aux visions et révélations. Elle les préférait doctes plutôt que pieux, s'il fallait choisir, bien que les deux qualités réunies seraient l'idéal. (Autobiographie, chap. 13, n°17 et suivants)

Avant qu'elle ne rencontre Saint François de Sales, Sainte Jeanne de Chantal perdait son temps avec un "directeur" ignorant et possessif qui n'entendait rien à la vie de son âme et la fit beaucoup souffrir.

Quant au "voyant" ou à la "voyante", si la vision ou la révélation est surnaturelle et venant de Dieu (ce qui est à confirmer par l'Eglise qui a reçu mandat du Christ pour cela), il faut savoir que Dieu se sert d'eux comme instruments d'une mission bien déterminée. Il donne son Esprit, ses dons, ses grâces spéciales dans un cadre bien précis. Tel voyant, sous l'action du Saint-Esprit peut dire des choses divines, mais limitées dans le temps et dans le sujet. Mais, en dehors de la mission donnée par Dieu, il peut dire, écrire ou faire des choses parfaitement ordinaires, qui ne sont nullement inspirées, laissé à ses propres capacités intellectuelles ou spirituelles qui peuvent être très médiocres ! Mais les gens naïfs et ignorants de la complexité de ces situations et qui se passionnent trop facilement en ce domaine, font du "voyant" ou de la "voyante" un être constamment et en tout temps "inspiré" qui sont consultés sur tous les sujets et tous les projets personnels.

L'Eglise, les prêtres, les sacrements – que le démon se garde bien de critiquer mais en faisant en sorte qu'on puisse s'en passer – n'ont plus alors d'importance. Plus besoin d'intermédiaires, le Ciel dirige tout, directement.

L'orgueil insidieux y trouve son content car on n'obéit plus qu'à l'Autre qui sait épouser nos goûts sensibles et flatter notre désir d'indépendance religieuse.

Sur le danger de vouloir se gouverner seul et sans maître, lire les Maximes deSaint Jean de la Croix (n°11, 13,14 et 15). C'est s'appuyer sur le goût et sa propre volonté (cf La nuit obscure, L. I, chap. 6, de la gourmandise spirituelle. Cf aussi le Livre III de La montée du Carmel sur l'action du démon par les appréhensions imaginaires de la mémoire, chapitres 10 à 15).

Les voyants ou voyantes peuvent dire vrai et ne pas être saints. Ce sont des instruments de la Providence divine (évidemment, Dieu ne choisit pas n'importe qui!) qui devront, de façon ordinaire (par la volonté aidée de la grâce divine) se sanctifier. Bernadette n'est pas devenue sainte parce qu'elle a vu la Sainte Vierge à Lourdes, mais chez les Sœurs de Nevers où elle est entrée. La Supérieure ne croyait pas aux apparitions, elle était traitée comme un rien, elle dut résister, aux souffrances morales et physiques jusqu'à une douloureuse agonie de quatre mois (déc. 1878 - avril 1879).

On court par cars entiers à des apparitions non reconnues, mais on déserte les expositions du Saint-Sacrement dans les églises proches. C'est bien le Seigneur qui est là, "en chair et en os", ressuscité, dans le tabernacle et dans l'ostensoir, c'est sûr. Ce n'est pas le produit de l'imaginaire et de la sensibilité où s'insinue le démon !

On ne fera pas 30 kilomètres pour assister au Saint Sacrifice perpétué sur l'autel, mais on en fera 300 pour rechercher le merveilleux, "les messages", l'extraordinaire. On attendra des heures pour voir l'invisible, mais on ne supportera pas les cinq minutes que le célébrant a dû prendre pour confesser avant la messe ou qu'il a ajoutées à son sermon…

Ne me touche pas a dit le Christ ressuscité à Marie-Madeleine (Jean 20,17).

Saint Jean de la Croix, qui commente si admirablement son attitude quant à la Foi et à la quête de son Seigneur en la donnant comme modèle de l'épouse qui recherche son bien-aimé (La nuit obscure de l'âme, Livre II chap. 13), dit à propos de l'apparition du Christ ressuscité à l'aube de Pâques: Il ne laissera pas Marie-Madeleine toucher ses pieds après sa résurrection, afin qu'elle s'établit en la Foi (La montée du Carmel, L. II, chap. 11). Il cite aussi l'attitude de l'apôtre Thomas auquel le Christ apparaît le dimanche suivant en lui disant: Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29).

Saint Bernard (sermon 28 sur le Cantique des cantiques, n°9), commente de la même manière: La voici renvoyée à la connaissance plus certaine de la Foi, qui saisit ce que les sens ignorent et que l'expérience ne saurait découvrir. "Ne me touche pas" dit le Seigneur, c'est-à-dire: Perds l'habitude de te fier à tes sens trompeurs, soumets-toi au Verbe, accoutume-toi à la Foi. La Foi ne peut errer, elle saisit l'invisible et ne souffre pas de l'indigence des sens. La Foi dépasse même les limites de la raison humaine, le champ de la nature et les bornes de l'expérience…

A nous donc de mettre notre foi dans la Révélation et non dans des "révélations" qui sollicitent les sens, l'appétit de l'extraordinaire et du merveilleux, et qui peuvent être facilement du démon et non de Dieu, malgré les apparences. Dans l'annonce de la fin du monde (cf Evangile du 33èmedimanche de l'Année liturgique), Jésus nous prévient: Si quelqu'un vous dit: le Christ est là! ou bien: il est ici! ne le croyez pas. Car il surgira de faux Christs et de faux prophètes qui opèreront de grands signes et prodiges, avec cette précision qui laisse à réfléchir: au point d'abuser, s'il était possible, même les élus. D'avance je vous ai tout dit. (Mt 24,23-25 et Mc 13, 21-23).

La dévotion à la Vierge Marie modèle de la Foi nue et non sensible, la contemplation de la Croix que ne peut singer Satan et qui l'a vaincu, seront un sûr moyen de ne pas errer et de rester dans la paix.

Dieu n'a plus rien à dire (Saint Jean de la Croix, fêté le 14 décembre)

(au sujet "des visions" et "révélations". Cf aussi N.B. du "Mot du curé" du 31 oct. 2010)

"Car en nous donnant son Fils ainsi qu'Il l'a fait, Lui qui est sa Parole dernière et définitive, Dieu nous a tout dit ensemble et en une fois, et il n'a plus rien à dire."

Saint Jean de la Croix, dans "La montée du Carmel" (Livre II, chap. 22), explique que "Si, sous la Loi ancienne, il était licite d'interroger Dieu", et "s'il convenait aux prophètes et aux prêtres de désirer des visions et des révélations, c'est que la foi n'était pas encore fondée, ni la loi évangélique établie." Et Dieu, "manifestait alors ses volontés, soit en empruntant le langage humain, soit par des visions et des révélations, figures, symboles ou tout autre moyen d'expression. Mais, maintenant que la foi est fondée dans le Christ et que la loi évangélique est établie en cette ère de grâce, il n'y a plus lieu de consulter Dieu de cette manière , pour qu'Il parle et réponde comme alors."

"C'est la doctrine de Saint Paul aux Hébreux, quand il les engage à renoncer aux pratiques primitives en les exhortant à fixer uniquement les yeux sur le seul Christ (Cf. He 1, 1-2) (…). L'Apôtre nous apprend ainsi que Dieu est devenu en quelque sorte muet. Il n'a plus rien à nous dire, puisque ce qu'il disait jadis en déclarations séparées, par les prophètes, il l'a dit maintenant de façon complète, en nous donnant la tout dans le Fils.

Concluez-en que désirer sous la nouvelle Loi visions ou révélations, ce n'est pas seulement faire une sottise, c'est offenser Dieu, puisque par là nos yeux ne sont pas uniquement fixés sur le Christ, sans chercher chose nouvelle."

(Office des Lectures, lundi de la IIème semaine de l'Avent)

(Cité par Jacques Maritain, Les degrés du savoir, chap. 8, n°23)

(Cité aussi par le Pape Benoît XVI dans l'Exhortation apostolique Verbum Domini, du 30 sept. 2010, n°14, qui précise: "La spécificité du Christianisme se manifeste dans l'événement Jésus-Christ, sommet de la Révélation, accomplissement des promesses de Dieu et médiateur de la rencontre entre l'homme et Dieu. Lui qui nous a révélé Dieu(cf. Jn 1, 18) est la Parole unique et définitive donnée à l'humanité."

Bulletin paroissial de Tossiat, 19 décembre 2010.

abbé Christian LAFFARGUE.

(1) Père P. Lebrun, Explications des prières et cérémonies de la Messe, 1716. Réédition de 1976, pp. 356-357

(2) op. cit. pp. 365-366

Document publié par extraits dans les bulletins de novembre 2009 de la paroisse de Tossiat (01250)

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