"La charité dans la vérité" (enc. de Benoît XVI, 29VI09)

Publié le par Abbé Laffargue


Caritas in veritate
La charité dans la vérité
Lettre encyclique du Pape Benoît XVI "sur le développement intégral dans la charité et la vérité"
du 29 juin 2009. Extraits.

Introduction :

" Dans le Christ, l'amour dans la vérité devient le Visage de sa Personne. (n°1)

La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l'Eglise. L'amour est tout parce que, comme l'enseigne saint Jean (cf. 1 Jn 4, 8.16) et comme je l'ai rappelé dans ma première encyclique, Dieu est amour (Deus caritas est): tout provient de l'amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui.
La vérité doit être cherchée, découverte et exprimée dans l'"économie" de l'amour, mais l'amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. (n°2)

Ce n'est que dans la vérité que l'amour resplendit et qu'il peut être vécu avec authenticité.
Dépourvu de vérité, l'amour bascule dans le sentimentalisme.
C'est le risque mortifère qu'affronte l'amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l'opinion contingente des êtres humains; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu'à signifier son contraire. La vérité libère l'amour des étroitesses de l'émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux et d'un fidéisme qui le prive d'un souffle humain et universel. (n°3)

Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une incidence marginale.
Sans la vérité, la charité est reléguée dans un espace restreint et relationnellement appauvri. (n°4)

La charité est amour reçu et donné. Elle est grâce.
C'est un amour créateur qui nous a donné l'existence; c'est un amour rédempteur qui nous a recréés. Un amour révélé et réalisé par le Christ (cf. Jn 13,1) et répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné (Rm 5,5). (n°5)

La charité dépasse la justice, parce qu'aimer c'est donner, offrir du mien à l'autre; mais elle n'existe jamais sans la justice qui amène à donner à l'autre ce qui est sien, c'est-à-dire ce qui lui revient en raison de son être et de son agir. (n°6)

Il faut ensuite prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu'un, c'est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. A côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société: le bien commun. (n°7)

L'Eglise n'a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend "aucunement s'immiscer dans la politique des Etats" (Paul VI, enc. Populorum progressio, 26 mars 1967). Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d'une société à la mesure de l'homme, de sa dignité et de sa vocation. Sans vérité, on aboutit à une vison empirique et sceptique de la vie, incapable de s'élever au-dessus de l'agir, car inattentive à saisir les valeurs qui permettraient de la juger et de l'orienter. (n°9)

Chapitre I. Le message de Populorum progressio.

Sans la perspective d'une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle. Enfermé à l'intérieur de l'histoire, il risque de se réduire à la seule croissance de l'avoir. L'humanité perd ainsi le courage d'être disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives désintéressées qu'exige la charité universelle. (n°11)
Il n'y a pas deux typologies différentes de doctrine sociale, l'une pré-conciliaire et l'autre post-conciliaire, mais un unique enseignement cohérent et en même temps toujours nouveau (cf. Jean-Paul II, note 20).
Cohérence ne signifie pas fermeture, mais plutôt fidélité dynamique à une lumière reçue. (…) (n°12)

On assiste à la naissance d'idéologies qui nient in toto l'utilité même du développement qu'elles considèrent comme foncièrement antihumain et exclusivement facteur de dégradation.
L'idée d'un monde sans développement traduit une défiance à l'égard de l'homme et de Dieu. C'est donc une grave erreur que de mépriser les capacités humaines de contrôler les déséquilibres du développement ou même d'ignorer que l'homme est constitutivement tendu vers l'"être davantage". Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité." (n°14)

Au n°15, Benoît XVI cite l'encyclique Humanae vitae du Pape Paul VI qui "souligne que le couple des époux, homme et femme, est le fondement de la société et qui montre les liens forts qui existent entre éthique de la vie et éthique sociale".

Citant toujours Paul VI (Populorum progressio, 1967): "Les peuples de la faim interpellent aujourd'hui de façon dramatique les peuples de l'opulence." (n°17)
"Les causes du sous-développement ne sont pas d'abord d'ordre matériel. La volonté se désintéresse souvent des devoirs de la solidarité; la pensée ne parvient pas toujours à orienter convenablement le vouloir.
Dieu le Père, nous enseigne par le Fils ce qu'est la charité fraternelle." (n°19)

Chapitre II. Le développement humain aujourd'hui.

"Le profit est utile, si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui donne en sens relatif, aussi bien à la façon de le créer que de l'utiliser. La visée exclusive du profit (…) risque de détruire la richesse et d'engendrer la pauvreté. (n°21)
(Le chômage). La mise à l'écart du travail pendant une longue période, tout comme la dépendance prolongée vis-à-vis de l'assistance publique ou privée, minent la liberté et la créativité de la personne ainsi que ses rapports familiaux et sociaux, avec de fortes souffrances sur le plan psychologique et spirituel.
L'homme, la personne, dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser. "C'est l'homme qui est l'auteur, le centre et la fin de toute la vie économico-sociale" (Vat. II, GS, n°63). (n°25)
La faim ne dépend pas tant d'une carence de ressources matérielles, que d'une carence de ressources sociales.
(n°27)

(Le respect de la vie). Il ne peut, en aucun cas, être disjoint des questions relatives au développement des peuples. Dans les pays économiquement plus développés, les législations contraires à la vie contribuent à diffuser une mentalité antinataliste que l'on cherche à transmettre à d'autres Etats comme si c'était là un progrès culturel."
Benoît XVI cite les Organisations non gouvernementales (O.N.G.) qui "travaillent activement à la diffusion de l'avortement et promeuvent parfois dans les pays pauvres l'adoption de la pratique de la stérilisation, y compris à l'insu des femmes." Il cite aussi des "politiques sanitaires qui obligent à un contrôle contraignants des naissances", les "législations qui admettent l'euthanasie…"
L'ouverture à la vie est au centre du vrai développement. Quand une société s'oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l'homme." (n°28)

La liberté religieuse: "Outre le fanatisme religieux qui, en certains milieux, empêche l'exercice du droit à la liberté religieuse, la promotion programmée de l'indifférence religieuse ou de l'athéisme pratique de la part de nombreux pays s'oppose elle aussi aux exigences du développement des peuples, en leur soustrayant l'accès aux ressources spirituelles et humaines.
L'homme n'est pas un atome perdu dans un univers de hasard, mais il est une créature de Dieu, à qui Il a voulu donner une âme immortelle et qu'Il aime depuis toujours.
Quand l'Etat promeut, enseigne, ou même impose des formes d'athéisme pratique, il soustrait à ses citoyens la force morale et spirituelle indispensable pour s'engager en faveur du développement humain intégral et il les empêche d'avancer avec un dynamisme renouvelé dans leur engagement pour donner une réponse humaine plus généreuse à l'amour de Dieu (cf. Deus caritas est, Benoît XVI, 2005, n°1).
Le surdéveloppement que les pays économiquement développés ou émergents exportent vers les pays pauvres infligent un dommage au développement authentique, quand il s'accompagne d'un sous-développement moral. (n°29)

La charité n'exclut pas le savoir, mais le réclame, le promeut et l'anime de l'intérieur. Le savoir n'est jamais seulement l'œuvre de l'intelligence.
Le faire sans le savoir est aveugle et le savoir sans amour est stérile.
Les exigences de l'amour ne contredisent pas celles de la raison. Il n'y a pas l'intelligence puis l'amour: il y a l'amour riche d'intelligence et l'intelligence pleine d'amour. (n°30)

Les coûts humains sont toujours aussi des coûts économiques et les dysfonctionnements économiques entraînent toujours des coûts humains. (n°32)


Chapitre III. Fraternité, développement économique et société civile.

L'amour dans la vérité place l'homme devant l'étonnante expérience du don.
La sagesse de l'Eglise a toujours proposé de tenir compte du péché originel même dans l'interprétation des faits sociaux et dans la construction de la société.
La conviction de l'exigence d'autonomie de l'économie, qui ne doit pas tolérer "d'influences" de caractère moral, a conduit l'homme à abuser de l'instrument économique y compris de façon destructrice.
Si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain, il doit prendre en considération le principe de gratuité comme expression de fraternité. (n°34)
Les pauvres ne sont pas à considérer comme "un fardeau", mais au contraire comme une ressource, même du point de vue strictement économique. (n°35)

Le marché n'est pas de soi, et ne doit pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible.
Dans les relations marchandes, le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l'intérieur de l'activité économique normale. (n°36)
La solidarité signifie avant tout se sentir tous responsables de tous, elle ne peut donc être déléguée seulement à l'Etat. Sans la gratuité on ne parvient même pas à réaliser la justice. (n°38)

Quand la logique du marché et celle de l'Etat s'accordent entre elles pour perpétuer le monopole de leurs domaines respectifs d'influence, la solidarité dans les relations entre les citoyens s'amoindrit à la longue, de même que la participation et l'adhésion, l'agir gratuit, qui sont d'une nature différente du donner pour avoir, spécifique à la logique de l'échange, et du donner par devoir, qui est propre à l'action publique, réglée par les lois de l'Etat. Le binôme exclusif marché-Etat corrode la socialité." (n°39)

Les entreprises et les entrepreneurs stables, responsables à long terme. Les actionnaires qui ne sont pas liés à un lieu spécifique. La classe cosmopolite de managers. Le préjudice du transfert de capitaux à l'étranger. Le motif spéculatif de l'emploi des ressources financières. La délocalisation. (n°40)

La sagesse et la prudence nous suggèrent de ne pas proclamer trop hâtivement la fin de l'Etat. Il n'est pas nécessaire que l'Etat ait partout les mêmes caractéristiques. (n°41)

La mondialisation. "A priori, la mondialisation n'est ni bonne ni mauvaise. Elle sera ce que les personnes en feront (Jean-Paul II). Nous ne devons pas en être les victimes mais les protagonistes, avançant avec bon sens, guidés par la charité et par la vérité. S'y opposer aveuglément serait une attitude erronée, préconçue (…). Il faut en corriger les dysfonctionnements, dont certains sont graves (…) et faire en sorte que la redistribution de la richesse n'entraîne pas une redistribution de la pauvreté ou même son accentuation.
La dimension anthropologique et éthique qui pousse la mondialisation vers des objectifs d'humanisation solidaire est souvent dominée et étouffée par des perspectives éthiques et culturelles de nature individualiste et utilitariste. (n°42)

Chapitre IV. Développement des peuples, droits et devoirs, environnement.

"La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir" (Paul VI). Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui sont tentés de prétendre ne rien devoir à personne, si ce n'est à eux-mêmes. Ils estiment n'être détenteurs que de droits et ils éprouvent souvent de grandes difficultés à grandir dans la responsabilité à l'égard de leur développement personnel intégral et de celui des autres. Les droits supposent des devoirs sans lesquels ils deviennent arbitraires (Jean-Paul II).
D'un côté, sont revendiqués de soi-disant droits, de nature arbitraire et voluptuaire, avec la prétention de les voir reconnus et promus par les structures publiques, d'un autre côté, des droits élémentaires et fondamentaux d'une grande partie de l'humanité sont ignorés et violés (Cf. Jean-Paul II).
On a souvent noté une relation entre la revendication du droit au superflu ou même à la transgression et au vice, dans les sociétés opulentes, et le manque de nourriture, d'eau potable, d'instruction primaire ou de soins sanitaires élémentaires dans certaines régions sous-développées ainsi que dans les périphéries des grandes métropoles. Cette relation est due au fait que les droits individuels, détachés du cadre des devoirs, s'affolent et alimentent une spirale de requêtes pratiquement illimitée et privée de repères.
L'exaspération des droits aboutit à l'oubli des devoirs. Les devoirs délimitent les droits. Les devoirs renforcent les droits et situent leur défense et leur promotion comme un engagement à prendre en faveur du bien. Si, par contre, les droits de l'homme ne trouvent leur propre fondement que dans les délibérations d'une assemblée de citoyens, ils peuvent être modifiés à tout moment et, par conséquent, le devoir de les respecter et de les promouvoir diminue dans la conscience commune." (n°43)

La croissance démographique. "Il s'agit d'une limite très importante pour le vrai développement, parce qu'elle concerne les valeurs primordiales de la vie et de la famille. Considérer l'augmentation de la population comme la cause première du sous-développement est incorrect, même du point de vue économique."
La procréation responsable. "On ne peut réduire la sexualité à un pur fait hédoniste et ludique; l'éducation sexuelle ne peut être réduite à une instruction technique, dans l'unique but de défendre les intéressés d'éventuelles contaminations ou du "risque" de procréation. Cela équivaudrait à appauvrir et à ignorer le sens profond de la sexualité (…). La responsabilité interdit aussi bien de considérer la sexualité comme une simple source de plaisir, que de la réguler par des politiques de planification forcée des naissances. Dans ces deux cas, on est en présence de conceptions et de politiques matérialistes, où les personne finissent par subir différentes formes de violence. A tout cela, on doit opposer, en ce domaine, la compétence primordiale des familles par rapport à celle de l'Etat et à ses politiques contraignantes, ainsi qu'une éducation appropriée des parents." (n°44)

L'abus du terme "éthique" dans le domaine économique, financier ou industriel (n°45)
"Il serait souhaitable que tous les organismes internationaux et les Organisations non gouvernementales s'engagent à œuvrer dans la pleine transparence, informant leurs donateurs et l'opinion publique du pourcentage des fonds reçus destiné aux programmes de coopération, du véritable contenu de ces programmes, et enfin de la répartition des dépenses de l'institution elle-même. (n°47)
Une redistribution planétaire des ressources énergétiques est nécessaire afin que les pays qui n'en ont pas puissent y accéder. Leur destin ne peut être abandonné aux mains du premier venu ou à la logique du plus fort
(n°49).

La façon dont l'homme traite l'environnement influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement. C'est pourquoi la société actuelle doit réellement reconsidérer son style de vie qui, en de nombreuses régions du monde, est porté à l'hédonisme et au consumérisme, demeurant indifférente aux dommages qui en découlent (Jean-Paul II).
Pour préserver la nature, il n'est pas suffisant d'intervenir au moyen d'incitations ou de mesures économiques dissuasives, une éducation appropriée n'y suffit pas non plus. Ce sont là des points importants, mais le point déterminant est la tenue morale de la société dans son ensemble. Si le droit à la vie et à la mort naturelle n'est pas respecté, si la conception, la gestation et la naissance de l'homme sont rendues artificielles, si des embryons humains sont sacrifiés pour la recherche, la conscience commune finit par perdre le concept d'écologie humaine et, avec lui, celui d'écologie environnementale.
Exiger des nouvelles générations le respect du milieu naturel devient une contradiction, quand l'éducation et les lois ne les aident pas à se respecter elles-mêmes. (n°51)

Chapitre V: La collaboration de la famille humaine.

Une des pauvretés les plus profondes que l'homme puisse expérimenter est la solitude. Les pauvretés sont souvent la conséquence du refus de l'amour de Dieu, d'une fermeture originelle tragique de l'homme en lui-même, qui pense se suffire à lui-même (…)
L'humanité tout entière est aliénée quand elle met sa confiance en des projets purement humains, en des idéologies et en de fausses utopies.
Le développement des peuples dépend surtout de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille qui collabore dans une communion véritable et qui est constituée de sujets qui ne vivent pas simplement les uns à côté des autres.
Ce n'est pas en s'isolant que l'homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec Dieu (n°53).

Le monde d'aujourd'hui est pénétré par certaines cultures, dont le fond est religieux, qui n'engagent pas l'homme à la communion, mais l'isolent dans la recherche du bien-être individuel, se limitant à satisfaire ses attentes psychologiques. Une certaine prolifération d'itinéraires religieux suivis par de petits groupes ou même par des personnes individuelles, ainsi que le syncrétisme religieux peuvent être des facteurs de dispersion et de désengagement.
La liberté religieuse ne veut pas dire indifférence religieuse et elle n'implique pas que toutes les religions soient équivalentes (Cf. Dominus Jesus, 6 août 2000, n°22). (n°55)

L'exclusion de la religion du domaine public, comme, par ailleurs, le fondamentalisme religieux, empêchent la rencontre entre les personnes et leur collaboration en vue du progrès de l'humanité. La vie publique s'appauvrit et la politique devient opprimante et agressive.
Dans le laïcisme et dans le fondamentalisme, la possibilité d'un dialogue fécond et d'une collaboration efficace entre la raison et la foi religieuse s'évanouit. La raison a toujours besoin d'être purifiée par la foi, et ceci vaut également pour la raison politique, qui ne doit pas se croire toute-puissante.
A son tour, la religion a toujours besoin d'être purifiée par la raison afin qu'apparaisse son visage humain authentique. (n°56)

Pour les croyants, le monde n'est le fruit ni du hasard ni de la nécessité, mais celui d'un projet de Dieu.
La subsidiarité est l'antidote le plus efficace contre toute forme d'assistance paternaliste. (n°57)

La coopération au développement ne doit pas prendre en considération la seule dimension économique; elle doit devenir une grande occasion de rencontre culturelle et humaine. (n°59)

Le tourisme international peut se transformer en occasion d'exploitation et de déchéance morale."
Vécu dans un esprit de consommation et d'e manière hédoniste. Le tourisme dit sexuel. (n°61)

Les migrations. "Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toutes circonstances. (n°62)

La finance. Les spéculations. La microfinance. Le prêt usuraire. (n°65)




Chapitre VI: Le développement des peuples et la technique.

Non seulement nous ne pouvons pas disposer des autres, mais nous ne pouvons pas davantage disposer de nous-mêmes. Le développement de la personne s'étiole, si elle prétend en être l'unique auteur.
Analogiquement, le développement des peuples se dénature, si l'humanité croit pouvoir se recréer en s'appuyant sur les "prodiges" de la technologie. De même, le développement économique s'avère factice et nuisible, s'il s'en remet aux "prodiges" de la finance pour soutenir une croissance artificielle liée à une consommation excessive. (n°68)
La technique est une réalité profondément humaine liée à l'autonomie et à la liberté de l'homme. Elle exprime et affirme avec force la maîtrise de l'esprit sur la matière. L'esprit, rendu ainsi "moins esclave des choses, peut facilement s'élever jusqu'à l'adoration et à la contemplation du Créateur" (Paul VI-Vatican II, G.S.).
La technique est l'aspect objectif de l'agir humain (Jean-Paul II). La technique n'est jamais purement technique. (n°69)
Le développement technologique peut amener à penser que la technique se suffit à elle-même, elle prend (alors) des traits ambigus.
Le processus de mondialisation pourrait substituer la technologie aux idéologies (Paul VI) qui expose l'humanité au risque de se trouver enfermée dans un a priori d'où elle ne pourrait sortit pour rencontrer l'être et la vérité.
Dans un tel cas, tous nous connaîtrions, apprécierions et déterminerions toutes les situations de notre vie à l'intérieur d'un horizon culturel technocratique auquel nous appartiendrions structurellement, sans jamais pouvoir trouver un sens qui ne soit pas notre œuvre.
Cette vision donne aujourd'hui à la mentalité techniciste tant de force qu'elle fait coïncider le vrai avec le faisable. Mais lorsque les seuls critères de vérité sont l'efficacité et l'utilité, le développement est automatiquement nié.
La liberté humaine n'est vraiment elle-même que lorsqu'elle répond à la fascination de la technique par des décisions qui sont le fruit de la responsabilité morale. Il en résulte qu'il est urgent de se former à la responsabilité éthique dans l'usage de la technique. (n°70)

Quand l'absolutisation de la technique prévaut, il y a confusion entre les fins et les moyens: pour l'homme d'affaires, le seul critère d'action sera le profit maximal de la production; pour l'homme politique, le renforcement du pouvoir; pour le scientifique, le résultat, de ses découvertes. (n°71)

La paix, elle aussi, risque parfois d'être considérée comme un produit technique, fruit des seuls accords entre les gouvernements ou d'initiatives destinées à procurer des aides économiques efficaces." (n°72)

Les moyens de communication sociale: "Il semble vraiment absurde, comme certains le font, de prétendre qu'ils seraient neutres, et de revendiquer leur autonomie à l'égard de la morale relative aux personnes. De telles perspectives, qui soulignent à l'excès la nature strictement technique des médias, favorisent en réalité leur subordination au calcul économique, dans le but de dominer les marchés et au désir d'imposer des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et politiques.
Le sens et la finalité des médias doivent être recherchés sur une base anthropologique.
Les médias peuvent constituer une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille humaine et l'ethos des sociétés, quand ils deviennent des instruments de promotion de la participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste. (n°73)

La bioéthique est un domaine primordial et crucial de l'affrontement culturel entre la technique considérée comme un absolu et la responsabilité morale de l'homme.
Il s'agit d'un domaine particulièrement délicat et décisif, où émerge avec une force dramatique la question fondamentale de savoir si l'homme s'est produit lui-même ou s'il dépend de Dieu.
Les découvertes scientifiques (…) imposent de choisir entre deux types de rationalité, celle de la raison ouverte à la transcendance et celle d'une raison close dans l'immanence technologique.
Face à ces problèmes dramatiques, la raison et la foi s'aident réciproquement. Ce n'est qu'ensemble qu'elles sauveront l'homme. Attirée par l'agir technique pur, la raison sans la foi est destinée à se perdre dans l'illusion de sa toute-puissance. La foi sans la raison risque de devenir étrangère à la vie concrète des personnes. (n°74)

La fécondation in vitro, la recherche sur les embryons, la possibilité du clonage et de l'hybridation humaine apparaissent et sont promues dans la culture contemporaine du désenchantement total qui croit avoir dissipé tous les mystères, parce qu'on est désormais parvenu à la racine de la vie. C'est ici que l'absolutisme de la technique trouve son expression la plus grande.
A la plaie tragique et profonde de l'avortement, pourrait s'ajouter à l'avenir, et c'est déjà en germe, une planification eugénique systématique des naissances." L'euthanasie. La sélection arbitraire de ce qui est proposé comme digne de respect.
"Prompts à se scandaliser pour des questions marginales, beaucoup semblent tolérer des injustices inouïes.
Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l'opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l'humain. (n°75)

Le problème du développement est strictement lié aussi à notre conception de l'âme humaine dès lors que notre moi est souvent réduit à la psyché et que la santé de l'âme se confond avec le bien-être émotionnel.
Ces réductions se fondent sur une profonde incompréhension de la vie spirituelle.
Loin de Dieu, l'homme est inquiet et fragile. Une société du bien-être, matériellement développée, mais oppressive pour l'âme, n'est pas de soi orientée vers un développement authentique.
Les nouvelles formes d'esclavage de la drogue et le désespoir dans lequel tombent de nombreuses personnes ont une explication non seulement sociologique et psychologique, mais essentiellement spirituelle.
Il n'y a pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien spirituel et moral des personnes, considérées dans l'intégrité de leur âme et de leur corps. (n°76)

Conclusion:

Sans Dieu, l'homme ne sait pas où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est.
"Sans moi, vous ne pouvez rien faire" (Jean 15,5). La parole du Seigneur Jésus Christ nous encourage: "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Matthieu 28,20)
L'homme n'est pas à même de gérer à lui seul son progrès, parce qu'il ne peut fonder par lui-même un véritable humanisme (Paul VI, Populorum progressio).
Nous ne serons capables d'un véritable humanisme intégral que si nous nous reconnaissons, en tant que personnes et en tant que communautés, appelés à faire partie de la famille de Dieu en tant que fils.
La plus grande force qui soit au service du développement, c'est donc un humanisme chrétien, qui ravive la charité et se laisse guider par la vérité, en accueillant l'une et l'autre comme des dons permanents de Dieu.
Inversement, la fermeture idéologique à l'égard de Dieu et l'athéisme de l'indifférence, qui oublient le Créateur et risquent d'oublier aussi les valeurs humaines, se présentent aujourd'hui parmi les plus grands obstacles au développement.
L'humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain.
Dieu nous donne la force de lutter et de souffrir par amour du bien commun, parce qu'Il est notre Tout, notre plus grande espérance. (n°78)

Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l'affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres (Saint Paul aux Romains 12, 9-10).
Que la Vierge Marie…

Donné à Rome, près de Saint Pierre, le 29 juin 2009, en la cinquième année de mon pontificat.

Benedictus PP XVI "




(Extraits choisis par M. l'abbé Laffargue pour les paroissiens de Tossiat et Certines, du diocèse de Belley-Ars, et pour les lecteurs du Bulletin paroissial, août et septembre 2009.
Les textes en italique sont tirés de l'édition de Téqui et Saint Paul, Paris. Les textes en gras sont de notre fait)

Publié dans Foi

Commenter cet article