Panégyrique de Ste Jeanne d'Arc

Publié le par Abbé Laffargue

Solennité de la fête de Sainte Jeanne d'Arc
Patronne secondaire de la France

église Saint Georges à Lyon-Vème
Homélie de M. l'abbé Laffargue
le 13 mai 1990.

Au Nom du Père…,

Nous fêtons aujourd'hui, mes frères, selon le calendrier liturgique qui nous est propre, la solennité de la fête de sainte Jeanne d'Arc, patronne secondaire de la France. La patronne principale de notre pays est la Vierge Marie en son Assomption, fêtée le 15 août. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus est également patronne secondaire de la France.
La fête de sainte Jeanne d'Arc est également une fête nationale de la République française, avec le 14 juillet, loi promulguée en 1920 et toujours en vigueur. Fête fixée au deuxième dimanche de mai.

Quelle est cette sainte habillée en homme, revêtue d'une armure, qui remet un roi sur son trône, se met à la tête de son armée, chasse l'occupant et meurt brûlée vive sur un bûcher, au XVème siècle, à Rouen ?
Cette sainte, écartée avec gêne par certains, politisée par d'autres, remarquablement évoquée à la télévision française en février de cette année, en trois épisodes, où Jeanne venait encore de toucher, de bouleverser un metteur en scène et une actrice incroyants mais honnêtes ? (Cf. le film de Jean Delanoy avec Sandrine Bonnaire)

Voici d'abord la chronologie des faits historiques, desquels nous tirerons quelques enseignements pour notre foi et la défense que nous devons en faire, à la suite des enseignements du Christ, de l'Eglise et des Saints…

Sainte Jeanne d'Arc a vécu à la fin de la guerre de Cent ans, alors que la France était, en grande partie, occupée par les Anglais.
En 1412, lorsque Jeanne naît à Domrémy, le roi de France, Charles VI, est tombé en démence depuis vingt ans. En 1415, la bataille d'Azincourt est remportée par Henri V, roi d'Angleterre, sur les Français commandés par le connétable d'Albret.
En 1420, le duc de Bourgogne et la reine Isabeau font signer à Charles VI le traité de Troyes. Par ce traité, le Dauphin (le futur Charles VII) est déshérité au profiot du roi d'Angleterre, Henri V, qui est déclaré régent et héritier de la couronne de France, à la condition d'épouser Catherine, fille de Charles VI.
En 1422, les rois de France et d'Angleterre, Charles VI et Henri V, meurent. Avènement du "roi de Bourges", Charles VII.
En 1423 et 1424, les Français perdent deux batailles contre les Anglais: Cravant-sur-Yonne et Verneuil.
De 1425 à 1428, Jeanne reçoit de saint Michel archange, de sainte Catherine et de sainte Marguerite, l'annonce de sa mission et la formation nécessaire pour l'accomplir.
En 1429, Jeanne fait lever le siège d'Orléans, défait les Anglais à Patay et conduit le roi à Reims où il est sacré en sa présence.
En 1430, Jeanne d'Arc est faite prisonnière à Compiègne, puis vendue aux Anglais.
En 1431, elle est jugée, condamnée et brûlée vive à Rouen.
En 1435, Charles VII et le duc de Bourgogne, qui se sépare des Anglais et se rallie à la cause du roi, signent le traité d'Arras.
En 1437, Charles VII entre triomphalement à Paris.
En 1450, les Français triomphent des Anglais qui sont chassés de Normandie, à la bataille de Formigny.
En 1453, les Français remportent la victoire de Castillon contre les Anglais, qui sont expulsés de France où ils ne possèdent plus que Calais.
En 1456, un procès instruit sur l'ordre du Pape et de Charles VII, conclut à la réhabilitation, de Jeanne d'Arc.
En 1909, le Pape Saint Pie X procède à sa béatification.
En 1920, le Pape Benoît XV la canonise.
En 1923, le Pape Pie XI la donne à la France comme patronne secondaire.
Voici celle qui rétablit l'indépendance de la France, assoit son unité autour du roi chrétien, lieutenant du Christ, au service de la foi et des valeurs spirituelles surnaturelles qui en découlent, protégeant par avance le pays de la révolte contre le Pape et contre Rome, lorsqu'un siècle plus tard, le roi Henri VIII consommera le schisme en Angleterre.
Voilà celle qui mourra par la trahison de ceux qu'elle avait défendus et servis; de ceux auxquels elle avait tout rendu; de la trahison d'hommes d'Eglise qui avaient désespéré de la puissance de Dieu, de l'efficacité du sacrifice, de la restauration de la Chrétienté autour du Chef chrétien.
Celle qui ne fut ni pleutre, ni lâche, ni pacifiste, qui allia la virilité de l'homme avec la finesse, la délicatesse, la sensibilité de la femme; qui pardonna à ceux qui l'abandonnèrent, à ceux qui furent ses bourreaux, qui mourut dans les flammes d'un bûcher en disant son amour à Jésus, et qui n'avait pas vingt ans…

Que nous enseigne Jeanne, mes frères, en ces temps d'espoir fou et de crainte, de satisfactions matérielles et de disette spirituelle, d'ignorance et de violence, d'oubli de ce que nous sommes, de quel sang nos veines ont été irriguées, de quel héritage nous sommes redevables, à quelle noblesse de cœur et d'âme nous appartenons ?

Elle nous enseigne et nous rappelle d'abord la vocation spéciale et divine de la France.
Nous n'avons pas à nous enorgueillir de cette mission. D'abord parce qu'elle nous crée plus de devoirs que de droits, ensuite parce que nous y avons été infidèles d'une manière ou d'une autre, par ignorance, lâcheté ou impiété. Mais elle est claire:
- La France chrétienne est née le jour de Noël 496, lorsque le roi Clovis, converti par l'exemple et les prières de sa femme, la reine Clotilde, fut baptisé par l'évêque Rémi. Très exactement, lorsque, évoquant "le Dieu de Clotilde", il remporta la victoire contre les Alamans. Clovis finit de vaincre la domination romaine, réunit tous les Francs sous sa loi et opposa une barrière aux invasions.
Dans son "Eloge de Jeanne d'Arc", en sa cathédrale d'Orléans, le 8 mai 1844, le Cardinal Pie disait: C'est la justice qui élève les nations, c'est le péché qui les fait descendre dans l'abîme (Pr 14,34). Il est une Providence pour les peuples, et, en particulier, il est une Providence pour la France. Providence qui ne lui a jamais manqué, et qui n'est jamais plus près de se manifester avec éclat, que lorsque tout semble perdu et désespéré.
Le plus riche patrimoine de notre nation, la première de nos nécessités sociales, c'est notre sainte religion catholique. Un Français ne peut abdiquer sa foi sans répudier tout le passé, sans sacrifier tout l'avenir de son pays.
- La mission propre de Jeanne est toute divine.
Elle reconnaît le Roi entre tous, le 10 mars 1429, alors qu'il se cachait parmi ses courtisans et elle invoque ainsi sa mission: Gentil dauphin, j'ai nom Jehanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims, et serez lieutenant du Roi des cieux qui est Roi de France!
Elle est donc envoyée de Dieu pour faire couronner et sacrer le Roi qui sera le lieutenant du Roi des cieux – du Christ-Roi – qui, de ce fait, est roi de France.
Elle confirme et insiste: Très illustre Seigneur, je suis venue et suis envoyée de par Dieu, pour donner secours au royaume et à vous. Et vous mande le Roi des cieux par moi, que vous serez son lieutenant à Lui, qui est roi de France.
Elle révèle au roi Charles trois secrets connus de lui seul. Elle prophétise que les anglais seront battus, que le siège d'Orléans sera levé, que le roi sera sacré à Reims et couronné durant l'été, que Paris rentrera dans l'obéissance au souverain, que le duc d'Orléans sera libéré et rentrera d'Angleterre.
La bergère fit merveille en tant que chef de guerre. Elle montait à l'assaut la première, avec son épée, découverte sur ses indications, derrière l'autel de la chapelle de Sainte Catherine de Fierbois, avec son étendard semé de fleurs de lys, où elle avait fait inscrire les mots: Jhesus Maria.
Elle ne mit qu'une semaine à délivrer Orléans en faisant tomber une à une "les bastilles" anglaises qui l'assiégeaient. Elle fut blessée à l'épaule en attaquant le fort des Tourelles, au sud de la Loire, mais elle courut quand même à l'attaque: En avant! Ne quittez pas des yeux mon étendard! Quand vous le verrez toucher la bastille, elle sera vôtre!
En délivrant Paris, le 8 septembre 1429, elle reçut un trait d'arbalète à la cuisse devant la porte Saint Honoré. Mais elle continua de lancer ses troupes à l'attaque: Aux murs! La ville est à nous!

Sa passion fut celle du Christ… Elle fut vendue par les Bourguignons à l'occupant anglais. Ses trente deniers à elle, furent dix mille francs. Traînée de ville en ville, elle arriva à Rouen vers Noël 1430. Cinq soldats anglais, préposés à sa garde, l'insultaient jour et nuit. Dans son lit, elle était attachée avec une chaîne. Elle était soumise à la torture. On l'avait enfermée dans une cage de fer où elle ne pouvait se tenir debout. Elle ne pouvait recevoir aucune visite. Il lui était interdit d'assister à la messe et de communier.
Ce martyr devait durer cinq mois.
Abandonnée de la terre, elle ne l'était pas du ciel. Ses voix, souvent, la réconfortaient. Saint Michel, sainte Catherine, sainte Marguerite la soutenaient par des paroles d'espérance: Prends tout en gré. Ne t'inquiète pas de ton martyre. Tu viendras finalement au royaume du Paradis.
Plus tard, les voix se tairont, comme Dieu le Père se taira à l'appel du Christ, en son humanité, lorsque celui-ci Le priera, par trois fois, au jardin des oliviers (Mt 26) ou sur la croix: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? (Mt 27,46).
Le procès fut terrible. Comme le Christ, elle fut trahie et jugée par ceux qui auraient dû la comprendre et la défendre. L'évêque Pierre Cauchon fut le Caïphe de Jeanne, entouré de neuf juges, au lieu de trois, tous aussi acharnés que lui, et jusqu'à soixante assesseurs!
Les pharisiens avaient accusé Jésus d'être possédé du démon. Jeanne le fut aussi. Sur sa tête, on inscrira: "Hérétique, relapse, apostate, idolâtre".
Notre-Seigneur avait dit que ses disciples, ses fidèles, seraient traînés devant les tribunaux à cause de son Nom, mais qu'il ne faudrait pas s'inquiéter, le Saint-Esprit leur dicterait Lui-même ce qu'il faudrait répondre aux pièges du diable (Lc 21, 12-19).
Les minutes du procès de Jeanne d'Arc sont admirables; elle ne pouvait qu'être inspirée de Dieu!
On se souvient de la réponse qu'elle fit à la question insidieuse: Etes-vous en état de grâce ? – Si j'y suis, Dieu m'y garde; si je n'y suis pas, Dieu m'y mette !
Elle disait souvent: N'ayez doute ! Et: Il plaît à Dieu. Et encore: N'étant la grâce de Dieu, je ne saurais rien faire !

Le 30 mai 1431, le bûcher est prêt. Jeanne la Pucelle, la toute pure, la sainte, l'aimée de Dieu, celle qui vient de délivrer le Royaume, de faire sacrer le Roi, de rendre à la France sa mission, va être brûlée vive…
Rouen, Rouen ! Mourrai-je ci ? Seras-tu mon heure dernière ?
Elle est revêtue d'une longue robe blanche, comme le Christ renvoyé par Hérode à Pilate, le vendredi-saint (Lc 23, 7-12). Hostie pure et sans tâche, victime expiatrice des péchés des hommes, elle monte au bûcher comme elle montait aux échelles d'assaut, parce que telle était la volonté de Dieu.
A sa demande, frère Ysambart ira chercher la croix de procession de l'église voisine et la tiendra élevée devant ses yeux jusqu'au bout. Elle aura la force de redire: Je vous le déclare, mes voix étaient de Dieu. Non, elles ne m'ont pas trompée; elles venaient vraiment du Ciel !
Elle appelle: Saint Michel ! Saint Michel !
Ses derniers mots seront pour son Christ: JESUS! JESUS! JESUS!

Elle avait dix neuf ans et mourait pour son Dieu et pour la France.
Du corps de la vierge le bourreau viendra en recueillir les cendres, mais le cœur, vermeil encore de sang, est intact. Mais les ordres sont formels et tout sera jeté à la Seine.
Elle avait quitté la terre pour entrer dans le ciel, pour retrouver le regard de là-haut, le regard souverain dont parle Péguy dans l'acte III du "Mystère de Jeanne d'Arc":
Mais à présent, je sais la voix des immortels,
Et j'ai vu le regard des yeux inoubliables (…)
Et je ne savais pas que vous étiez si près (…)
A présent que je sais le regard
de vos yeux…

Voilà la pucelle, la bergère, le chef de guerre et le soldat, la martyr et la sainte. Voilà Jeanne !
Notre patronne, notre étendard. Nous la revendiquons, nous l'aimons, nous la reconnaissons, nous en sommes fiers. Nous la voulons sortir de l'oubli, du mépris, de la défiguration, de la condescendance et du doute où les lâches des temps modernes la mettent.
Nous n'avons pas honte de Jeanne la guerrière, parce que du haut du ciel, aujourd'hui, avec Notre-Seigneur, Notre-Dame, l'archange saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, avec le roi Saint Louis, saint Rémi et tous les saints de France, elle vient à notre secours pour ranimer et animer nos combats !
Nous ne sommes pas plus riches, ni plus habiles, ni plus puissants, ni mieux armés qu'elle ne l'était, que ne l'étaient tous les combattants de notre longue et belle histoire, que nos ancêtres les chouans avec leurs pioches et leurs faux, mais riches du feu de leur foi, de l'amour de Dieu, de l'Eglise, du roi qui en était le protecteur et le garant !
Nous ne sommes pas plus nombreux, ni moins divisés, ni moins persécutés, ni moins lâches, au fond, devant l'adversité, la solitude, l'épreuve; mais nous avons la foi et nous suivons la croix.
Nous avons la bannière de JESUS et de MARIE, comme celle de Jeanne.
Nous avons le drapeau avec le Sacré-Cœur. Nous avons Chartres et Fatima. Nous avons l'amitié et la joie, celle des frères de combat qui chantent en marchant, qui chantent en tombant et en mourant, qui chantent les cantiques et les hymnes de la reconquête, avec les prêtres qui marchent devant et qui ouvrent les voies et les chemins du Ciel…

Verrons-nous le triomphe et la gloire de nos combats ?
Verrons-nous les ennemis de Dieu, de la sainte Eglise, de la France, vaincus et défaits ?
Qu'importe ! Nous aurons combattu, nous aurons aimé et nous aurons, nous aussi, pardonné.

Vive JEANNE, vive JESUS, vive MARIE !

Ainsi soit-il.

Au Nom du Père…

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