"La liturgie de l'Esprit" (les deux formes du missel romain)

Publié le par Abbé Laffargue

La liturgie de l'Esprit (L'enrichissement mutuel des deux formes du missel romain)

(Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron)

Ed. Artège, Perpignan, 2012, 59 p., 6,90 €

Extraits.

"Il apparaît tellement urgent que la liturgie, source et sommet de la vie de l'Eglise, cesse d'être le lieu psychologique de la division et de l'exclusion, pour redevenir le lieu théologique et spirituel de la Communion. (pp. 12-13)

Le piège à éviter, c'est de croire que parce que le mystère est rendu présent et, en un sens, dévoilé, il cesse pour autant d'être mystère. Ce n'est pas parce que le prêtre va prononcer en français ou en italien les paroles sacrées par excellence, mystérieuses au plus haut point: Ceci est mon corps, que lui ou les fidèles comprendront ce qui s'est passé. (…) L'emploi du latin, que ce soit dans l'ancien ou dans le nouveau missel, peut être un moyen de mettre en relief ce caractère sacré et mystérieux, comme un voile léger qui fait qu'on ne touche pas à main nue le mystère. (pp. 22-23)

(Le sacrifice propitiatoire pour les vivants et pour les morts) Chez un nombre non négligeable de fidèles, les fins dernières sont souvent ignorées. Des notions comme la métempsycose* sont parfois acceptées sans difficulté, l'idée même d'un sacrifice offert pour la rédemption des péchés n'est plus acceptée. Cela découle sans doute, comme l'avait diagnostiqué le bienheureux Jean-Paul II, d'une perte du sens du péché (…). Comme il est urgent de redonner aux fidèles le sens des fins dernières, de la gravité de la vie humaine, qui est en dernière analyse un choix pour ou contre Dieu. (pp. 32-33)

(Le silence) La participation active recommandée par le Concile (…) ne se traduit pas nécessairement par des gestes ou par des paroles. La vraie participation active est celle du cœur, celle qui engage tout l'être de l'homme et qui se traduit par un intense recueillement intérieur qui n'a pas toujours besoin de s'extérioriser. L'ancien missel favorise sans doute une participation active plus intérieure que le nouveau. (ici, Mgr Aillet cite le cardinal Ratzinger dans son livre L'Esprit de la liturgie, IVème partie, chap. 2, § 6,. Ed. Ad Solem,Genève, 2001, p. 164. Ndlr).

L'ancien missel est beaucoup plus riche sous ce rapport. L'offertoire y est entièrement en silence, ainsi que le Canon (Prière eucharistique n°1 dans le nouveau missel. Ndlr). (…) Le cardinal Ratzinger avait déclaré en 1978, et il l'a redit dans L'Esprit de la liturgie, "qu'il n'y a rien d'obligatoire à réciter le Canon en entier à haute voix" (ibid. p. 169).

(La différence entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce hiérarchique des prêtres) L'ancien missel manifeste sans doute plus fortement que le nouveau cette différence entre les deux formes de sacerdoce (Mgr Aillet donne ici l'exemple des deux confessions des péchés, celle du célébrant et celle des fidèles; la communion distincte du prêtre et celle des fidèles, et met en cause certaines traductions liturgiques du nouveau missel comme il l'avait fait dans son livre Un événement liturgique ou le sens d'un Motu proprio, éd. Tempora, Perpignan, 2007, pp. 68-72. Ndlr)

(Le lectionnaire, le calendrier et les Préfaces) L'ancien missel pourrait accueillir avec fruit de nouvelles Préfaces (…). Il serait possible de substituer à la Préface commune, un peu pauvre, des Préfaces plus riches provenant du nouveau missel, ainsi que de prendre des Préfaces nouvelles pour des fêtes spécifiques comme l'Immaculée conception, l'Assomption, saint Jean-Baptiste, etc.

Le nouveau missel, lui, pourrait reprendre l'octave de la Pentecôte: c'est un peu dommage de devoir reprendre les ornements verts dès le lundi de la Pentecôte. (pp. 49-50

(La réception de la sainte communion) Il me semble de la plus haute importance de réintroduire l'usage, là où il a disparu, parfois sous la pression des clercs eux-mêmes, de la communion à genoux et dans la bouche. Cela correspond à la pensée et à la pratique du Saint-Père Benoît XVI. Le nouveau missel prévoit expressément que les fidèles doivent se mettre à genoux lors de la consécration ("Introduction général du Missel romain", n°43, avec les exceptions dues à la santé, etc.). L'instruction Memoriale Domini(Congrégation pour le Culte divin, 1969, AAS 61, 541-545) a réaffirmé que la norme générale pour la réception de la sainte communion demeure la réception dans la bouche, la réception dans la main n'étant qu'un indult, pour prévenir des abus qui s'étaient déjà introduits) (Cf Bulletins paroissiaux de Tossiat du 12 août 2007 et du 7 août 2011 avec toutes les références des textes du Magistère. Envoi sur demande. Ndlr) (…)

Mais il serait illusoire de penser inculquer la piété eucharistique aux fidèles si ceux-ci ne la trouvaient pas avant tout chez le prêtre. Les rubriques de l'ancien missel contiennent à cet égard de grandes richesses, dont le nouveau missel pourrait avantageusement s'inspirer. Ainsi, par exemple, le prêtre doit génuflecter avant et après à chaque fois qu'il touche l'hostie consacrée ou qu'il découvre le calice, il doit garder les extrémités du pouce et de l'index joints depuis la consécration jusqu'aux ablutions, le calice ne devant jamais sortir du corporal tant qu'il n'a pas été purifié, on accorde plus d'importance aux prières du prêtre avant la communion, etc. La multiplication, on pourrait dire le foisonnement, de ces marques de respect envers la sainte Eucharistie est une prédication silencieuse, mais très éloquente, de la foi de l'Eglise en la présence de son Seigneur sous les saintes espèces." (pp. 51-54)

Et dans le dernier chapitre (L'adoration en esprit et en vérité) Mgr Aillet écrit: "Qu'il me soit permis pour terminer de citer ces paroles de celui qui était alors la cardinal Joseph Ratzinger: Je crois que dans l'avenir l'Eglise romaine devra avoir à nouveau un seul rite; l'existence de deux rites officiels est dans la pratique difficilement "gérable" pour les évêques et les prêtres. Le rite romain de l'avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien (et il donne des exemples. Ndlr). (…)

Je souhaite que, selon les lignes tracées par le Saint Père et dans un climat de paix liturgique, les deux missels s'enrichissent mutuellement, afin que nos liturgies terrestres soient de dignes participations à la liturgie céleste." (pp. 55, 59)

Mgr Marc Aillet, 55 ans, est docteur en théologie, issu de la Communauté Saint Martin (qui utilise le nouveau missel selon les règles en vigueur, si peu observées ailleurs). Il a été aumônier de lycée, curé de paroisse et Vicaire général du diocèse de Fréjus-Toulon.

Ab. L.

* Métempsycose: Doctrine selon laquelle une même âme peut animer successivement plusieurs corps humains ou animaux, et même des végétaux (>réincarnation, transmigration). C'est un dogme fondamental du brahmanisme.

(Dictionnaire Le petit Robert). Ndlr.

Publié dans le Bulletin paroissial de Tossiat des 19 et 26 août 2012.

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